‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 15 sur 76 · LE FEU FOLLET · texte numérisé non relu

LE FEU FOLLET

(ballade

Lueur indécise Que courbe la l)rise Toi qui symbolise

L'espoir, Follet dont s'agite La flamme subite , Où cours-tu si vite

Ce soir?

Vois : le miroir du lac se ride sous l'haleine Du vent qui fait flotter au-dessus de la plaine Un nuage léger d'impalpables vapeurs; Dans l'air silencieux la nuit étend ses voiles , Et le ciel se pare d'étoiles Comme un champ se pare de fleurs.

Gl LECtENDES

Après avoir cueilli la rose épanouie, Les sylphes de la prairie Glissent dans l'air Comme l'éclair; Mais, malgz'é leur prière, Ta lumière Comme un trait Disparaît.

Les roseaux du lac (jui se plient Te supplient, Et pour mieux te voir S'inclinent à demi vers leur vaste miroir; Mais le furtif sillon de ta course s'efface; Ilscroicntlaflamme éteinte auseindesflolsmouvanti: Et l'on entend gémir tristement dans l'espace Leur plainte qui se mêle aux murmures des vents.

La rose, qui t'invite à son doux hymenée

Avec l'insecte aux ailes d'or, Te dit en vain : « Demain je vais être fermée ; « Sur ma dernière nuit viens rayonner encor ! »

A travei's les taillis le ver luisant qui brille Pour suivre ta clarté s'épuise en vains ell'orts, Et, courant dans les prés, tu vas franchir la grille De l'asile paisible où reposent les morts.

KT POEMKS 05

Minuit sonne au clocher du village. — C'est l'heure Où les spectres sans bruit sortent de leur demeure,

En se drapant de leurs linceuls flottants; Le feu follet parcourt le sombre cimetière. Il vole, et va bientôt s'arrêter sur la pierre

Où sont eravés les noms de deux amants.

« Dcsertez, leur dit-il, le lit des funcrailles !

« C'est l'heure des amours, l'heure des fiançailles,

« L'heure des tendres rendez-vous; « Le rossignol soupire et l'étoile étincelle, <( L'air est plein de parfums, lanuit est calme et belle;

« Je vous attends : réveillez-vous I »

Les voilà, les voilà, les ombres fiancées! Elles glissent dans l'air, doucement enlacées; Le suaire les couvre, ainsi qu'un long manteau; Et toutes deux alors , dans leur course amoureuse , Suivent la lueur hasardeuse Du feu follet qui gravit le coteau.

Et l'amant dit : « Vois-Ui , là bas, sous le feuillage, " Notre place chérie, et cet épais ctmbrage <' Qui jetait sur nos fronts son mobile rideau, ■' Et le vieux chêne, avec sa guirlande de lierre, « Et le saule pensif, au bord de la rivière, « Baignant ses longs cheveux dans l'eau?

« Viens! l'étoile au ciel bienfait scintiller sa flamme,

« La fleur frémit d'amour, la nature se pâme ,

« Et le chant du bonheur, hymne de volupté ,

« De ses accents divins remplit l'immensité !

« Viens! mêlons notre amour à cet amour sublime;

« De l'avenir lointain ne sondons pas l'abîme;

« Dans cet ardent transport des vastes éléments

« Enivrons de plaisir nos jeunes cœurs aimants ,

« Jusqu'à ce que la vie en nous soit épuisée;

« Tarissons les désirs de notre âme embrasée!.... »

Mais tout à coup l'aurore éclaire l'horizon ; Les larmes de la nuit tombent sur le gazon , Et devant l'aube ptde , aux clartés renaissantes , On voit s'enfuir, hélas! les ombres frémissantes; Elles versent des pleurs de regret etd'efl'roi; Mais la bonté de Dieu rend ces larmes fécondes : Chacune d'elles fait éclore au bord des ondes La sainte fleur qui dit : « Souvenez-vous de moi I

Et du follet leur guide L'auréole timide.

Aux lueurs du matin, Sur le front de la femme, DernicM' r.iyon de l'âme , S'éteint

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