‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 26 sur 76 · A MON JEUNE AMI MARCEL ARMINGAUD · texte numérisé non relu

A MON JEUNE AMI MARCEL ARMINGAUD

Sylphides, gnùmes et lutins, Blottis sous d'antiques trophées , Seuls restes des âges lointains, Blondes Willis et douces fées .

Coiffées De verveine et de fleurs des champs Vous qui cueillez dans vos retraites.

Pour parer vos fronts souriants.

Marguerites et violettes.

Discrètes Protectrices des temps passés, Que l'enfance candide honore,

Lorsqu'en ses rêves vous passez, A ma prière apparaissez

Encore !

En vain l'on essaya parfoi De vous ravir votre auréole; Pour moi vous êtes un symbole, En vous, puissances d'autrefois,

J'ai foi !

De vos légendes merveilleuses Quand j'ai sondé la profondeur, J'ai vu sous des formes rieuses, Se révéler les lois pieuses

Du cœur !

Je vais raconter une histoire Afin de bien prouver ceci ; Votre pouvoir s'y montre. — Aussi En votre nom je dis ici :

Merci !

Oh! ne traitons jamais les contes de chimères. Enfants, croyons toujours aux récits de nos mères.

Marie, enfant blanche à l'œil noir L'hiver, pour passer la veillée,

Auprès du l'eu venait s'asseoir, Et s'endormait émerveillée,

Le soir, En pensant aux belles légendes, Que, pour céder à ses demandes, Ba mère lui contait, — D'ailleurs , Quoiqu'elle eût parfois des frayeurs

Bien grandes , En songeant aux sorciers affreux.

Formulant un noir maléfice , De suite elle invoquait contr'eux La bonne fée au malheureux

Propice !

Sa mère lui disait toujours Qu'une fée, en de certains jours.

Se transforme. — Pouvoir étrange !

Alors, visage, attraits, atours,

Tout change.

Quittant ses ornements chéris , Par sa puissance secondée , IClle apparaît pauvre et ridée ; Souvent plus d'un s'y trouve i)ris.

Surpris 1 Si quelqu'un rit de sa détresse, Et se raille de sa douleur, Lnplacable elle se redresse, Criant d'une voix vengeresse :

« Malheur ! »

Mais aussi lorsqu'il j)eut venir Un cœur sensible à sa misère ,

i:t ruH.MKs s?

Elle s;iif liicii s'en sdinciiir.

El lui |ii'riinro un iivcnii

Prospère !

A !^a voix fuit, le miiiivfiiiî sort , Et la leliciti' tlocilc (liiidc vors le inorlcl ti"tn(jiiill(> Des juins i'iivis à ïùse d'or

L'essor !

l'iK^ tciiilrcsso sîias paiville Vient s'épanouir dans son cœur:

Ji]t qu'il s'endorme ou qu'il s'éveille : Une voix dit à son oreille :

« Bonheur ! »

Oh! ne traitons jamais les contes de chimères , Enfants, croyons toujours aux récits de nos mères.

l';ir iiu beau soleil printanier .

Marie, un jour, d'un pas alerte , Snr le gazon d'un vert sentier, (lourait en cueillant l'églantier,

Et certe On aurait dit en la voyant Qu'elle étuit reine du bocage;

Elle écoutait on souriant Des petits oiseaux le ramage

Charmant !

Elle avait, maîtresse fidèle, Du pain blanc pour leur émietter.

Et tous venaient à tire d'aile, En sautillant, le bec(jueter

Près d'elle !

Tout à coup, auprès des sillons (^)ui divisent la plaine verte, Elle voit épuisée, inerte, Une femme de vieux haillons

Couverte ; Mendiante des grands chemins , Hélas ! elle tient dans ses mains , Par les souffrances amaigries, Un bouquet de fleurs des prairies

Flétries !

Près d'elle, un fagot de bois mort, Fardeau trop lourd pour sa vieillesse.

Est sur la terre. — En sa détresse.

Elle gémit et se plaint fort

Du sort !

iAIarie, en la voyant si proche, A d'abord un peu de frayeur ; Mais une voix parle à son cœur, Et gentiment elle s'approche

Sans peur !

liOrs, elle offre à la mendiante , Qui levait des veux étonnés,

ET POEMES, 91

Le bon pain de ses (h'jcunés , Lui disant d'une voix charmante :

<i Prenez. »

— Elle accepte — et brave et légère, Marie alors, sans dire nn mot ,

— Dire n'est rien, mieux est de faire — Va prendre aussitôt le fagot

Par terre !

« Chère enfant, dit d'un ton fort doux « La vieille pauvresse Gertrudc, « Je vois votre sollicitude, « Mais ce fardean serait trop rude

« Pour vous ! »

— « Non, n'ayez pas pour, bonne mère, « Je veux le prendre — je le veux —

« Et pour aller plus vite et mieux, « Portons-le vers votre chaumière

« A deux ! »

On vit l'enfant belle de grâce Suivre la femme sans aveu.

Et, quand celle-ci semblait lasse.

Dire: « Arrêtons à cette place

« Lin peu ! »

Lors, arrivés à la chaumière, Triste réduit ouvert au vent, L'enfant dit à la pauvre hère :

« Je viendrai vous voir, bonne mère.

« Souvent ! »

D'un air grave, la mendiante Répond : « Enfant, reviens vers moi,

0 Je suis pniivro ot [lourt.ant [Hiissante . " El je serai reconnaissante

« l'onr Un !

« Si jamais un nialljeur t'arrête, 0 Va, mon cœur le devinera .

« Et, malgré la nuit , la tempête, 0 (Tcrlrude pour sauver ta tête

« Viendra ! »

Uhl ne traitons januiis les contes do chimères , Enfants, croyons toujours aux récits de nos mères.

Or, quelque temps après cela.

Voulant aller en promenade , Marie eut la fièvre — et voilà , Pauvre enfant, qu'elle reste-là

Malade I A'ite on va chercher le docteur; Il dit que le cas est fort grave, Et malgré l'art réparateur, D'instant en instant la douleur

S'aggrave.

Chaque jour on la voit souiïrir Davantage — en vain on écoute

ET POÈMES '.C

Le docteur: — « Je ne puis guérir,

« Dit-il — l'enfant va sans doute « Mourir! >>

En effet un brûlant délire

De l'enfant vient troubler l'esjirii ,

Elle cliante, pleure, soupire,

Dit que sa douleur se guérit Et rit,

Puis bientôt retombe accablée,

Balbutiant des mots confus ,

Des phrases qu'on ne comprends plus!

Sa pauvre mère désolée. Troublée ,

La veille et l'entoure à la fois, D'amour et de sollicitude.

— Tout à coup , élevant la voix.

L'enfant appelle plusieurs fois :

« Gertrude! »

Par la porte des pavillons, tju'on avait laissée entrouverte, On voit venir d'un pas alerte Une femme de vieux haillons

Couverte!

Mendiante des grands chemins.

Elle tient encor dans ses mains, i-'ar les souffrances amaigries, Un bouquet de fleurs des prairies

Flétries !

A sa vue on s'étonne fort ; Elle porte sur son épaule

Un pesant fagot de bois mort:

" Ma puissance du mauvais sort

u Console , « Dit-elle en élevant la voix , « Cette enfant, bonne autant que belle, (( Me fut secourable autrefois , « Ma vieille mémoire est pai'fois

« Fidèle ! »

— C'est à qui l'interrogera :

— Elle raconte l'aventure,

Et dit : « Dieu me secondera ; << (3ui, cette enfant , je vous le jure , « Vivra, »

— Chacun se réjouit, espère; Gertrude alors, sans dire un mot,

— Dire n'est rien, mieux est de faire — Se courbe et jette le fagot

Par terre I Elle s'en va le délier , Alors, s'approchant du foyer, Elle y jette les branches sèches ; Aussitôt on voit les flammèches

Briller !

Elle emplit un vase d'eau pure.

Y met les calices flétris Des fleurs poussant à l'aventure , Et doucement eUe murmure :

« Guéris 1 »

— L'eau qui bout est Ijientût verdie Du suc calmant des fleurs des bois;

ET POEMES 95

Oertrude va dire à Mario :

« Prends ceci, ma lillo cliéno.

« Et bois ! »

Alors, malgré sa lassitude,

L'enfant s'écrie à cette voix :

« Tu te rappelles autrefois,

« Vraiment c'est bien toi rjue je vois, « Gertrude !

« Je ne t'appelais pas en vain ;

" De moi tu t'es donc souvenue ?

« Oh merci ! donne-moi ta main ;

« Merci ! te voilà donc venue « Enfin ! »

— Gertrude excite son courage ,

Et l'enfant, sans pénible effort,

Avale d'un trait le breuvage,

Puis, comme une fdle bien sage,

S'endort !

Pendant que son sommeil s'achève, "Voilà qu'un rideau se soulève Et lui dévoile son destin A travers l'horizon lointain

Du rêve ; Au milieu des champs elle voit La vieille Gertrude penchée; Chaque fleur, par elle arrachée.

Lui dit d'une timide voix

Cachée :

<f Pitié pour la corolle d'or « Où l'insecte revêt son aile

Li;UKNDES

" D'une beauté toujours nouvelle « Ne m'arrache pas mon trésor

« Eucor ! »

Vt Gertrude répond : « Ma fille.

Tu sais cette charmante enfani Si secourable , si gentille, Que tu voyais dans la charmille

« Souvent; Elle est bien malade. Sa mèi'c « Du mal ne peut la préserve)'; '< Donne-moi ton suc salutaire, K En son pouvoir pour la snuvor

« J'espère ! »

— " Alors, je consens à mourir, Dit la fleur. — « Adieu la pi'aii'ic « Sans regret je vais me flétrir , '( Si par ma mort je puis guérir « Marie! »

Or donc, le lendemain matin On vit se réveiller Marie Sans souffrance — son joli teini Etait frais. Elle était enfin tluérie.

ET POÈMES

Elle embrassa tout à la fois, iXins une douce quiétude.

Son père, sa mère, Gertrude, Qui lui dit d"une douce voi.v :

« Tu vois , « A tes parents , à ta famille « Le bonheur est enfin rendu; « Ton cœiu- du mien fut entendu « Un bienfait n'est jamais perdu ,

« Ma lille ! »

(îhers enfants, libres de souci.

Vous dont j'aime le franc sourire , Vous saurez me comprendre — aussi Toujours vous saurez vous conduire

Ainsi. — Laissez la douce bienfaisance.

Guider votre bon petit cœur; Du pauvre ayez compatissance, Moi , je vous prédis le bonheur

D'avance.

Quand vous entendrez un récit.

Où quelqu'enfant timide honore

Une ])auvresse qui l'implore, (li'oyez, — et dites vous encore Ceci :

Oh ! ne traitons jamais les contes de chimères , Enfants, croyons toujours aux récits de nos mères.

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