LE CHENE ET LE ROSEAU
A niCHARD WAGNER.
Le vent redouble ses efforts
Et lait si bien qu'il déracine Celui de qui la lête aux cieux était voisine Et dont les pieds touchaient è rempire des morts'. (J. DE La FoNiAmE.l
L'Autan a renversé le roi des solitudes :
Le grand chêne est tombé de toute sa hauteur;
Le grand chêne est tombé, comme tombe un lutteur
Qui, frappé, garde encor de fières attitudes.
JI
L'Orage impétueux s'apaise. — Le Roseau Se redresse ci moitié, s'affermit, se rassure; Il voit l'arbre géant, à la noble stature, Déraciné, plongeant ses bras au fond de l'eau.
Mais les nids dispersés, les femelles tremblantes Ne sauraient l'émouvoir. — Il reprend ses ébats , Se balance en disant; «Je plie et ne romps pas ! » — « Lâche! cesse du moins ces clameurs insolentes!
» Ton sort est d'être vil et de t'humilier, » Roseau; grandis en paix dans ton ignominie; » Mais pour le chêne altier, comme pour le génie » Il vaut mieux rompre que plier. »
Sous les grands tilleuls est un banc de pierre, Baigné d'ombre fraîche, où deux amants seuls Peuvent en rêvant fermer la paupière, Sous les grands tilleuls.
La main dans la main, que de charmants rêves On peut échanger sur le lendemain , Au parfum des fleurs, aux senteurs des sèves , La main dans la main !
Quand la nuit descend, lente et langoureuse, Que le vent du soir passe en frémissant, Viens sous les tilleuls, ù mon amoureuse, Quand la nuit descend !