‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 5 sur 76 · A EDOUARD LALO · texte numérisé non relu

A EDOUARD LALO

Sur un Stradivarius, quatre cordes nouvelles

Gémissaient de leur triste sort :

« Nous souffrons, ô mes sœurs, des tortures cruelles <f Sur ce dur chevalet, sombre instrument de mort; <( Ces chevilles d'ébène en leurs trous enfoncées

« Nous tiennent enlacées; « Mais ce qui vient encore augmenter nos chagrins, « C'est de voir cet archet flexible, dont les crins

« Enduits d'impure colophane, « Vont mordre sans pitié notre corps diaphane. » Ainsi s'exprime une d'elles.

Soudain, L'archet qu'elle maudit est saisi par la main D'un virtuose habile; Guidé par son l^ras agile.

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Majestueux, grave, tendre, emporti', Il s'élance, il bondit avec légèreté,

Et fait jaillir des cordes qu'il oppresse La mélodie enchanteresse.

» Ohl dit la dédaigneuse, en son ravissement, 0 Au gré de tes transports prolonge mon tourment.

(c De mon destin je suis ravie :

Que me fait la douleur? Tu m'as donné la vie ! »

Quand la fatalité semble vous terrasser, Penseurs, levez le front. — C'est Dieu qui fait passer, Pour que l'idée en vous se ranime et s'entlamme. L'archet de la douleur sur les cordes de l'àme.

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