CI .lus
Au centre du conseil plantons le glaive nu.
LE DRL'iDE , Il Hermonu.
Tout s'est passé dans l'ordre? Il n'est rien advenu?
HERMASN.
Non.
(Aux guerriers.) Veillez aux sentiers, de crainte de surprise. (.1 Civilis.) Et vous, chef qui guidez cette grande entreprise, Vous, Civilis, parlez!
DE VELLEDA, lo7
CIVILIS
Bataves et Germains !
Vos ancêtres tenaient l'univers dans leurs mains; Confiants dans leur force et dans leur libre audace, Du colosse romain ils souffletaient la face, Se ruaient, en passant, sur l'Empire eiTrayé, Et suivaient leur chemin, parle destin frayé, S'arrètant pour combattre et pour planter leurs tentes ; Des Alpes, en chantant, ils descendaient les pentes, Intrépides, assis sur leurs grands boucliers, Avalanche vivante ébranlant les glaciers; Libres comme le vent impétueux qui passe, Ils allaient au hasard, interrogeant l'espace ; La gloire les guidait plus que l'astre des cieux. Fils des Germains, voilà quels étaient vos aïeux! Et vous tous, vous, issus du pur sang de ces braves, Qu'êtes-vous devenus maintenant? — Des esclaves Honteusement courbés sous un maître vainqueur, La chaîne au cou, le deuil au front, la honte au cœur! Dans l'abrutissement votre âme est endormie. Et vos aïeux ont vu, pour comble d'infamie, La louve qui nourrit vos rivaux abhorrés Creuser en paix son antre au fond des bois sacrés! Or, que pensent de vous ces ombres désolées Qui voient nos dieux proscrits, nos forêts violées, Nos frères et nos fds quittant le sol natal, Pour servir aux projets d'un oppresseur brutal? Ils pensent maintenant que votre âme est flétrie, Que le courage ardent de leur race aguerrie, Ne pouvant inspirer un magnanime effort, S'éteint comme la sève au flanc d'un arbre mort.
Eux qui vous bénissaient sont prêts à vous maudire, Car le barde n'a plus de haut fait qui l'inspire, Car la patrie en deuil, pâlissant sous l'affront, Déchirant sa poitrine et meurtrissant son front, Se meurt, sans que sa honte et son ignominie Réveillent dans vos cœurs la vengeance endormie ! C'en est trop, ô guerriers! non, vous ne voudrez pas Suivre dans son chemin la honte pas à pas ! Or, levez-vous! Je dis qu'il est temps qu'on s'éveille; Je dis que dans les bois où la Liberté veille. Quand je passais, saisi d'un salutaire effroi. Écoutant les pensors qui s'agitaient en moi. J'ai vu, sans que le vent élevât ses murmures. Se pencher les rameaux où pendent les armures Des guerriers qui sont morts en combattant. Je dis Que l'instant est venu des prodiges hardis : Redevenez enfin les enfants de vos pères ; En face dos Romains tentez le sort des guerres ; De l'aire où l'aigle plane indiquons le chemin Aux peuples enchaînés ; apprenez aux Romains Ce qu'on ose accomplir quand on veut être libre. La guerre entre eux et nous rétaljlit l'équilibre : Nous sommes leurs sujets; grandissons notre sort: Devenons leurs égaux en face de la mort. Rome, dans les succès et dans l'orgueil nourrie, Combattra pour la gloire, et nous pour la patrie. Notre rôle est plus beau : suivons notre chemin. Et l'esclave d'hier sera maître demain !
{Les assistants applaudissent en frappant de leurs glaives sur leurs boucliers.)
DE VELLEDA. 159
TOUS
Aux armes!
Des Gaulois vers vous les bras se tendent; Pour se lever en masse et frapper, ils n'attendent Qu'un signal.
LE DRUIDE
C'est à nous de commencer d'abord; Portons le premier coup, braves enfants du Nord !