SCÈNE VIII
DON BRBNNUS.
non, non. Je n'en snls pas & ma suprême chute. Je suis encor debout, encor bon pour la lutte.
308 POÉSIES POSTHDHBS.
Ce coup prodigieux ne m'abat Dullement.
J'ai de quoi susciter un affreux déDoûmeut.
Tigre et serpentî dil-on. Soit. De replis sans nombre
Déjà je circonviens le beau couple dans l'ombre...
Lorsqu'en ses mille nœuds le serpent les tiendra,
Le tigre à belles dents les exterminerai
— Démons, soyez bénisi c'est vous, dieu de l'abîme. Qui d'un plan triomphal de revanche sublime M'avez soudain pourvu, pendant que Uiranda ITImposait d'orateur l'Ironique maadatl
Belle infante, l'honneur que ta haine m'assigne, Je l'accepte et l'embrasse, et d'une joie insigne. Va, nous nons montrerons merveilleux harangneur. Notre discours sera d'une étrange vigueur. Comme Je te verrai pSilIssante, éperdue. Alors qu'éclatera ma thèse Inattendael Alors que ma parole aux magiques assauts, Du plus expert mensonge abusant tes vassanx, Les aveuglant Jusqu'à leur faire méconnaître La personne, les traits et ta voix de leur mattre. Changera tout d coup leur tendresse en fureur. Leurs transportsd'allégresse en mouvementsd'horreur, Et leur fera crier d'un accent d'anathëme :
— « A bas l'aventurier 1 le larron! le bohème! > — Oh 1 d'un bonheur d'enfer voluptueux rayon I Quelle fâtel Elle est proche... irritant aiguillon I Et ce n'est rien encor. Cette foule écumante
Où d'instants en Instants la folle rage augmente Par de simples clameurs ne pourra s'assouvir : Avec le bras, le fer, Il lui faudra sévir... Oui, oui, l'on frapperai Je le veuxl —je l'espèrel... Cette foute... oui, l'orgueil des héros i'exaspârel Et la voilft qui monte — et roule — et fond sur lui t Ab I cette fois Je règne 1 Enfin mon Jour a lui.
HIRAHDA. 360
Un acte énorme éclbt de ce tumulte Immeose... La mort de Rlnaldo pour durer recommence. Mille bras forceoês l'ont saisi. Mille efforts Le mettent en lambeaux, dë&gurent son corps. n est pris dans la meule... Elle tourne rapide. Son sang a rejailli sur Mirwda stuplde; Et bientôt, & nos pieds, la Toule aux rouges mains Laisse un informe amas d'affreux débris humains! Ainsi, par fol amour pour l'ombre et la mémoire De leur seigneur — par zèle exalté pour sa gloire- Ces manants font périr ce seigneur méconnu! Enfer, ne ils-tu pas de ce meurtre ingénuî Ce marquis fortuné qu'on vénère et qu'on aime. On l'offre en holocauste... A qui donc} à lui-mémel
Oui... Mais certainement, ta marquise en mourra...
Et de la sorte — encore elle m'échappera.
Eh bieni puisque toujours 11 faut qu'elle m'échappci
PuisqueenSniesortïeut qu'un si grand coup me frappet
Bfieui vaut ta voir tomber, me fuyant sans retour.
Dans les bras de la mort que dans ceux de i'amour.
Mieux vaut la contempler, pâle, inerte et glacée.
De l'aile du trépas chastement caressée.
Que de l'envisager riante, l'œil en feu.
Aux cétés de l'époux qu'elle aime plus que Dieu.
— Honte et rage 1 — Depuis qu'elle s'était cloîtrée.
Et que de tout soleil elle vivait sevrée,
Je sentais moins l'ardeur de mes troubles jaloux;
Ils éteient de moitié moins flpres et moins fous;
Car elle respirait un air exempt de sève.
Un air dormeur, hosUle aux flammes de son rêve.
Sans nul doute, son cœur battait encor bien fort...
Haisc'étaitpourunmort,—quel'on croyait bien mort!
Elle De m'aimait pas... Non. IMais — chose bénie —
Nul peoser de vivant n'avait son insomnie.
Ici, nul chevalier, nul ëcuyer, hormis
Son majordome et moi — n'étaient près d'elle admis.
Nnl regard que le mien n'étlncelait sur elle
Et n'efOeuralt brûlant tout ce qui la fait belle.
Si bien que — rêve étrange — k force de la voir
Empreinte des rigueurs de cet horizon noir,
De tout aimant rival & ce point isolée.
De plus en plus farouche, austère, Immaculée,
J'osais me figurer, dans de charmants émois.
Que Dieu la créait vierge une seconde foisl
— Et j'ai pu tout & l'heure endurer l'entrevue De ces amants ! j'ai pu souffrir l'horrible vue
De leur bonheur d'époux ! Comme II la regardaltl Et comme & son regard elle se suspendait I Comme il l'enveloppait de son bras — de son Ame 1 Il me foulait mon lis... il le souillait, l'Inr&mel Que me fait de leurs feui la légitimité T Je n'y vols rien qu'audace et qu'lmpudlclté I
— Ensemble ils sont partis. — L'ivresse fuit la gène 1 Partis ensemble... et seuls maintenant I... Oh I ma haine, Cest trop de frénésie et de déchirements.
Un juif sur le bûcher subit moins de tourments!
— Laisse-moi, lalsse-moI, vision de supplices. — Reviens, — toi — vision de sanglantes délices I Reprends-moi tout entier, Donne-moi te ressort Qu'il me faut pour dompter et pour changer le sort. Retentis dans mes sens comme un concert magique. Mêle au jour qui m'éclaire une pourpre énergique. Enlvre-mol d'éclat!...
Ou enlend ma finftr* da «m.
Hais le cor sur la tour Sonne de Rlnaldo la vie et le retour.
Écoutons la fanfare — en attendant le psaume...
Car bientôt dans la nuit va rentrer le fantdmel
Car ce palais fatal — au deuil reste voué.
Ce drap noir sur ces murs pour longtempa est cloué.