‹ Poésies posthumesChapitre 116 sur 125 · LA FOULI · texte numérisé non relu

LA FOULI

Noëll

m POÉSIES POSTHCHES.

DOn RIKALDO.

Ames simples et fortes I Voua les aiez gardés profonds dans votre airain. Le nom, le souvenir de votre suzerain!

Boçnes gens de labour, et bravea gens d'épée, Tant de religion ne sera pas trompée I Mes réaux, mes amis, mes frères, mes enfants. Nous vous ferons des jours sereins et triomphants!

UN TIBlLLABn.

Longue vie au seigneur que le Ciel nous renvoie I

LA FOnLBi

Vire don Rtnaldol

DON BtHALDO.

Tenez, j'ai tant de Joie Que Je sens ma parole Incertaine en son cours... Mon frère bien-almé, plus sûr de son discours, Ta suppléer au mien. Qu'il vous dise & ma place Kos bonheurs, nos transports, nos actions de grflcet Bon frère 1 11 a le cœur et l'esprit si contents Que d'Ater son grand deuil il n'a pas pris le temps.

non BKEHHnS, plU h t\olHa.

Cesses, cessez vos cris de fête et d'allégresse. Ramenez sur vos fronts l'ombre de la tristesse. Enlevez ces drapeaux, ces ornements, ces fleurs, Ces velours, ces satins aux profanes couleurs. Remettez à ces murs des tentures funèbres. Et refaites partout de pieuses ténèbres.

SnaDce it ilopélaotlro in» b (oola.

ORCO, * pin.

Que veut-Il, ce Judasl

DON aiHÀLDO.

' Devient-Il fooT

HIRANDA. 383

OOHl MIRÀSDA.

J'ai peur.»

DON BHEIinUS.

Ce langage ImpréTU vous frappe de stupeur. Prêtez, prêtez l'oreille; et Toiu allez comprendre. —Le marquis n'est point li.— Dieu n'a pas voulu rendre La vie à Hlnaldo. — Non. — Le maître est bien mort, Aqjourd'hui— comme hier— dans son cercueil il dort.

ORCO, à fiU

Sjcophantel

SODA KIRAnnAt 1 P«t. h la'ut la va ilife.

Assassin 1...

non RIHALDOt M Kniil 4a méa*.

Pour te coup, c'eat démencel

La nntiltada, d'abord ilnrM**. ••> damma Iniiiiiti* it aombra.

D'iadéûnbubtoa abBaboianaiiia la puwiitaii.

non BRBHICDS.

On vous leurre an profit d'un crime étrange, immense.

Qui prétend dévorer notre illustre maison.

Hais à nu devant vous je mets la trahison.

Déchirez vos habits, et couvrez-TOua de cendre...

L'uige exterminateur parmi vous va descendre.

Entendez, recueillez ses trop juatea arrêts.

A les exécuter — vieux chrétiens — soyez prêtai

PoB Bluldo al doua Blranda aval inaaim d> l'aatrida. —

DOn RIHALSO, aain la rira at la eolèr*.

Hais si don IVlnaldo — selon toi, sire comte,

Dans la bière est couché— moi, que suis-Je, à ton compte.

DOn BRESnnS, ■» l'atraaaiBl unioBra qa'l l'aailitaiia*.

L'homme— en l'honneur duquel on vous a tous requis. Celui que vous prenez pour le noble marquis, Tant il est, J'en conviens, fait k sa ressemblance.

SftTez-TOiu bien qui c'estl... Tous ave> souveaance D'an Jeune aventorier, que notre mort chéri Homm&lt son frère Alvar, traitait en favori. Parce que de tous deux la ressemblance extrême Faisait prendre souvent cet Alvar pour lul-mâme. Eli bien I c'est ce~b&tard, ce routier, ce dupeur. Qui se présente k vous comme maître et seigneur, Et qui roua remercie, étincetant de gloire. D'avoir dévotement conservé sa mémoire I Mais de vos yeux trompés J'arrache le bandeau, Et je vous crie : — A moil sus au faux Rinaldol...

L'IrrJiAlioa di la fonlfl, qui a «UTé aonrdamam pendant

la couplât da Bnnaai, éclata aoBn.

LA rODLB.

& bas le faux marquis I

— Que Satan l'engloutisse. — — Vengeons le vrai seigneur 1

A mort I

— Falsonsjusticet

Qugiqaea aibni uni Urét. QaelitaH bttoBi loal branAIi. Uranda

Arrfitez, malheureux I...

Atm aulaiilé it aant-froid.

Du calme, compagnons...

Çà, Je croîs être au rang des loyaux et des bons. Puis, mon habileté ne passe pas pour neuve. Or pouvet-vous admettre incontinent— sans preuve — Que Je sols ou complice ou dupe d'un larron I Non, je ne suis encor ni brute ni félon I Et c*est — possédant bien toute ma clairvoyance. En toute sûreté d'&me et de conscience. Que J'ai foit du'marqub publier le retour.

HIRANDA. SU

Et que — pour lui présent — j'adjure ïotre amouri Prenez garde. L'enfer a d'énormes prestiges. Dq de ses fils est U qui vous pousse aux vertiges. RetrouTez le premier élan de votre cœur! Vos yeux n'ont pas meutl. Voilà le vrai seigneur!

thaï lu DU), ■•H^anu ob» 1« lumi, filalM ds pHpIaiiit DOHA HIRAKDA, qni i tseouiré u priten» l'eiprit.

Quoil TOUS ne tombes pasàgenoux7 Qu'est-ce à dire? Vous persistez encor dans cet aoyeui délire? Quoi doncl pour vous remettre en pleine vérité, La voix du sage Orco manque d'autorité? Voyons si vous pourrez rester sourds à la mienne I Cest moi — Adèle épouse et fervente cbrétlenne — Qui vous parle — et déclare à vous tous aujourd'hui Que voilà mon époux 1 Oui, bonnes gens, c'est lui! J'atteste que c'est Inil Lui— monseigneur— le vOtret J'ai toute ma raison — tout mon amouri... Un autre, Fût~il sa vraie image, essayerait vainement D'abuser, de troubler mon cœur uo seul moment. Alvarl Je l'ai connu. Certes, sa ressemblance Avec don Riualdo — passait toute croyance. Eh bleui elle n'a pu, même le premier jour. Causer le moindre douta à l'œil de mon amour. Mon chevalier et moi possédons le mystère D'une entente sans mots, qui n'a rien de la terre. Dont nos deux cœurs ont senls créé les traits de feu. Et que nul ne connait, hors la Madone et Dieu l Cest lui, c'est Riualdo prouvant sa bienvenue, Qui tantôt m'a parlé cette langue inconnus!

AUanl t aiDildo M loi pnBinl 11 main.

* Au nom des saintetés de notre auguste hymen,

3ga POÉSIES POSTHUMES.

Par sa loyale main dans ma royale main. Amis, je voua réclame I Enfants, je vous exliortel Allons, de vos esprits que tout faotAme sorte I Car, c'est luil... Ma parole et vos yeux en font foi. Plus d'hésitation t C'est lui comme c'est mol ! — rai dit. -

QUELQUES TOII. ««M BM «moUon IrliW.

Vive laaenoral

DORA HIRAKDA.

Bien : J'aime qu'on m'bonore.

Hais après le marquis. — He l'Iionorei-YOUs pasï H'est-il plus votre pèreî...

lonl la moud» mI •IIcdcIiiu. hn Tlnf« Mimt moniu,

Oh I mon Dleul ieslngralsl Sortilège barbarel Illusion cruelle I

Ella nsnls el •* MtoiinM, Inlliséc «i démiintia. nOH BREIinDS, ITM U pi» (nnla tartotarlt.

HélasI dignes vassaux, priez, priez poureilel

Prions tous; et là-haut, puisse notre oraison

Obtenir que Jésus lui rende la raison t

Pauvresœurt ellea tant souffert I... Ses douleurs sombres,

Ses longs regrets d'amour, sa rie au sein des ombres,

Ont accablé, brisé son être tellement

Qu'un grand trouble s'est mis dans son entendement.

Et soudain, ce désordre est devenu folle,

Quand, dans les profondeurs de sa mélancolie.

Ont retenti ces mots : — t Rinaldo n'est pas mort.

« Il vit. Il nous revient. » Jugez de son transportl

Le moyen d'échapper aux excès de la joiel

Du mensonge, comment ne pas être la proiel

La fable eût-elle été sans rien de spécieux.

HIRAKDA. 387

Comment en repousser l'attrait fallacieux I — L'aveugle passion se prend sans maléfice. — Or, l'apparence est forte, et puissant l'artifice; Et (IranclieniBnt, l'on peut— crédule en leur endroit— S'r tromper tout d'abord, même étant de aang-froid. Voyei donc ; notre fourbe, en toute sa personne. Figure au mieux celui pour lequel il se donne. Le faux marquis paraît le vrai; — le rll bâtard Semble le légitime; — Il en a le regard. Les traits, la voix, le port, le geste, la stature. Tout — jusques â la grice et la déslnt olture. Admirez ce grand airl II ne lui manque rien. Quelle similitude I — Et quel bon comédien I

CeptddtDt Bliuldo A fpU i-BMAOlr VlraDdA, BU tAiéÊ dt UqatUa il ■« Ueni deboat. Ono Ht loul prfti d'«ai, an tiM ât Vntndtt. ■l lu oopTfl dfll'vH flomne hd do^« Adtle.

»Uo, a-un t\i ilfiilMUr.

non niHALDO.

Non, pas de violence.

OOAA UIRANOA, k Rinallo.

Tu nous perds.

non RIHALDO.

Nous aurons notre tour. Patience.

DON BRENNCS.

Quant au parler secret — sétam de nos époux — Indice qu'on proclame Infaillible entre tons. Qui salt7 la Miranda délire assez, peut-être. Pour en Imaginer les signes chez ce traître! On bien (vous aller voir pourquoi j'ai ce soupçon). Dieu lui-même peut-être a permis au démon D'en révéler le sens et l'usage — ii ce drôle, Qui paracbève alors le succès de son rOle! Dans son profone amour, ma sœur — du Dieu jaloux

388 POeSIES POSTHDHES.

Craignant peu d'attirer sur elle le courroux — A l'ombre de son deuil, ost^t — païenne occulte — Rendre aux mftnes du mattre un véritable culte... Qui dit que l'Étemel. Justement irrité, Ne Teut pas cbfltier sa folle Impiété?

— Seigneur I Seigneur ! Seigneur ! Oh I la peine est trop dure 1 Est-ce que vous pouvez permettre qu'elle dureT

Faites miséricorde, bêlas! ayez pitlét

Triste sœurl... que je souQi-e en ma sainte amitiét

Abl priez avec mol, tous tousl

DOnA HIRAHDl) ba* à miBBlda. itm nprecha.

Comme 11 m'outrage!

DOH aintLDO, tsujinn G*laH.

Sols tranquille. L'&btme est au bout de sa rage.

non BREHUDS, Bontnnt du dDfgt, anienbl* >t inecHatTinBal.

Hais, pour ces Barabbas — pour ce Tranc bateleur,

— Pour cet inf&me Orco, vit snppAt d'un volear — Non, noD,ce n'est pas trop— pour ces hommes funestes, De tous les châtiments terrestres et célestes. Jamais, en attendant leur Infernale Su,

Jamais vos bras mortels, mus par le bras divin. Ne leur Infligeront d'assez rudes supplices, N'accompliront sur eux d'asseï hautes justlcesl — Ces bandits I... N'ont-ils pas voulu faire de moi Lear dupeT... Je l'avoue ; un Ineffable émoi M'a pénétré, lorsque l'histrion téméraire S'est jeté sur mon cœur en s'écriant: — Mon frère!... Hais on fascine mal un œil tel que te mien. Je démêlai bien vite Alvar le bohémien. Alors, SEUis avoir l'air gênés de leur mécompte, Bt l'Alvar et l'Orco me dirent : — « Noble comte, • Le nouveau Blnaldo doit remplacer l'ancien. « La marquiae déjik l'i reçu comme sien :

■ Accepte-le de même; et Tals-le reconnaître

m De tous les gens du flef comme seigneur et maître. a Cède- Ne tente pas de nous désobéir. a Sols complice. Autrement, s'il te platt nous trahir, « Tremble : pour nous tirer de ce danger suprSme,

■ Pardieu, nous oserons f accuser! oui, toi-mâmel...

■ Et nous dirons : — Brenntu ett un lâche asiOêtin. t Son [rère, il Va frappé. Cela, dans le dessein

« D'épouser Miranda, que son âme adultère, 0 Dès longtemps convoilait, tous un dehors austère. • Mainlerumt, furieux de voir surgir vivant « Ce frère — le voilà qui, plus noir que devant,

0 Songe à le replonger, couvert d'ignominie,

■ Dans la tombe. — Voilà ce Catn qui renie

a Cet autre Abel — jurant que c'est un imposteur,

t Et qu'il faut immoler l'indigne usurpateur.

« Oui, noua dirons cela de Brennus — pour qu'en somma

1 11 soit décapité comme bon gentilhomme. » . — A ce couple insolent, tout chargé de forfaits. Calme, je répondis i — i Vous serez satisfaits.

a Le nouveau Hinaldo me devra sa fortune. > Cette promesse, amis, me semblait opportune. Il s'agissait d'attendre avec sécurité L'heure de faire Ici tonner la vérité.

J'ai promis, cependant... Par la Croix, par la Messe, ICallez-Tous pas m'alder à tenir ma promesseT Oui, puisque voss voulez venger l'Illustre mort. Le prétendu marquis va me devoir son sort.

DûD BrtnBiu ■ rttDaqgli p«t à paa l'Adh^Ian it U foolB. On IV

murmnTH ippnbatnn, prMqne tympathiqott.

rOtX NOMBREUSES.

Onl, veageance t

DOD BBEnnns.

A propos, d'oA rient qne, snr m« tôte,

Leur accusation, paresseuse tempête, ira paa encore grondé? Quoîl m'épargner ainsi! Ah I c'est que ce n'est point un vulgaire souci Que de calomnier Brennusl On y prend garde... Et le plus téméraire à deux fois y regarde. Certe, il est mal aisé de faire croire aux gens Que J'ai dans mon honneur des côtés indigents. Dites ; par quel endroit peut-elle Stre enUmée Mon armure de bonne et sage renommée? On le sait : je vis pur. Je hante le saint lieu. Hon zèle chaque jonr me rapproche de Dieu. SI bien que — défiant tout reptile d'y mordre, — Dans peu Je recevrai le sacrement de l'Ordre.

Déilinnt lonr i loar dm KImUo, qai sa M itfut pu d* u pDluanla Iranqiiitlilf — tt OrcD, qnl, d'un troM léMln, UDlkla

Vainement, celui-ci feint un calme profond, Et celui-là, l'orgueil d'un matamore..'. Au fond, Ils ont peur... et personne enfin ne se décide A me dire adultère, impie et fratricide.

dsluiig* d'na t>'» liit«ro(*il[ <t d'nn ([fui EffaUt nin Orm

— Toutefois, voua devez me plaindre, et compfttlr

Aux maux affreux qui font de moi comme un marÇr.

Ainsi, ce n'était pas aaseï que mon cœur morne

Fât perdu dans la nuit d'un désespoir sans borne;

Ca n'était pas assez qu'un lamentable lieull

Me courbât tout entier sur mon frère «u cercueil;

U me fallait subir l'immonde parodie

Qu'on vous joue et la voir un moment applaudie!

Et me trouver réduit à la nécessité

D'être le médecin de votre cëcitél

Ces maux —je les bénis pourtant —Je m'en console ;

Car, de plus de puissance ils dotent ma parole.

HIRANDA. 391

Du hftut de m& rertu, du sein de mes douleurs. Plus sdrement Je frappe et J'enaainnieTOsGCBnrsl Mais., xeu'est pas mol seulqulparle— et tous suscite... Non... Un autre avec mol d'en haut vous sollicite... QulT Hon frère lul-mâme... Oui, le mort, cette fols. Vous parle... Cest sa voix qu'on entend dans ma volxl D vous dit: — c Mes enfants, neaoullïez pas qu'un fourtx f On mécréant, sorti de la plus basse tourbe, « Par magie usurpant ma personne A vos yeux, « S'attrlbuant mon nom, le nom de mes a!eus, ' Se faisant saluer chef de mes seigneuries,

• Puisse longtemps voler, souiller mes armoiries! « Ne souffrez pas surtout que l'afiïonteur Impur

< Affecte d'un mari le contentement sûr « Auprès de MIranda, mon épouse sacréel

< De ce charme exécrable empêchez la durée. « Elle prise A l'appftt de cette vlsionl

* Pour ma mémoire, hélasl quelle dérlsloul « La honte que Je vois, celle que Je devine,

« Me font gémir Jusque dans la gloire divine! I Ne lui fidtes pas grAce, à ce brigand!... ■

LA FODLE, Mmu BB Hul mmiM.

NonI Non!

non BREHKas, Au secours, mes amis I Sauvez, sauvez mon nom. A l'aide! soutenez mon honneur qui s'abîme. Écrasez le serpent. Frappez un coup sublime!

L& FODI.B.

Frappons t...

DON BRBIfnOS.

51 j'ai toujours vos serments, votre fol, Des triomphes du traître, ohl puriflei-molt...

11 POOLB, MnM

A mortt A mort! A morti

DOS BRinnOSi slfrm d« ]oM.

Oui! qu'il meure, t'inr&mel Exterminez son corps. Dieu damnera son àme.

Orco ( itstlni n boDitluml rrn !■ tonla.

pbe* d'iunu Tsiiln ta trAiiB.

Quiml t RlBiIdo. Il ( UDlit Hi bru, tODJoun triDiiDlIla tt ■Dpcrba. Brduhj tII.

ORCO, la libre an poiag, hirolius al Eormldabla.

Qui de vous le premlerî...

LA FOULE, rlDIarrarapanl.

Tous!...

ORCO

Misérables fousl Arrière! je suis !&. Malheur, malheur à vousl J'ai mon bras, j'ai mon sabre, et je me sens terrible. Ahl j'aurai dans vos rangs fait un carnage horrible — Entendez-vous — avant que personne ait touché Mon cher seigneur — avant qu'on i'alt même approché! Si je meurs, si le nombre accable mon couraget Mon sang — mieux que ma voix — portera témoignage. Mon dévoûment fera douter votre fureur... Et vous soupçonnerez votre effroyable erreur!...

DOflA MIRAnnl, l'ipM ) ta naJi. da l'ab de l'Anhaat» qai Ti tédnlr* le dragon.

Bien, généreux soldat ramiller des alarmes! Défendons notre père ensemble — en frères d'armi Combattons. Cette épée est vivante en mes mains.

Elle triomphera de tous ces lotiuniE^ns.

Oui. méchants! voua touchez à l'heure expiatoire...

Car, mol, je suis certaine, Orco, de la victoire.

Le Dieu vengeur m'octrofe un don surnaturel. .

Comme les champlona de l'antique Israël,

Je sens que J'ai dans l'air une armée invisible,

Que l'esprit me revêt de sa force Invincible,

Que je aème partout le remords et l'effroi.

Et que nul ne pourra subsister devant moi!...

DOH RIKALnO, dMnTOlM «I gnsd, •n^nite M itolTl*. ■t patflili t'éoUtnnt d'un aiHirire (nra.

Calme-toi, brave Orcol Modëre-tol, ma saintel Trfive à toute colère ainsi qu'à toute crainte. Bas les armes, mes preuxl — Quoll vous voulez vraiment Punir de nos vassaux le noble égarement?.. Si leur culte pour moi — contre moi les anime. Est-ce qu'il Taut traiter cette erreur comme un crimeT Mais dans nue autre erreur voua tombez tous les deux. Ils se trompent sur moi— vous vous trompez sur eux! En honneur, je ne puis qu'admirer leur furie. J'en suis tout glorieux. J'en ai l'âme attendrie. Leur zèle pour mon nom, qu'il est beau, qu'il est fort I Que d'amour— dans leurs cris d'anathëme et de mortl Mol qui dans tout combat me jette avec ivresse, D'autant plus exalté que l'ennemi me pressel Uol que le nombre attire ainsi qu'un tourbillon. Et qui m'élancerais seul contre un batt^llon; — Eh bien ! ces bras levés, ces clameurs, ces audaces. Cette foule aux ft^)ntsdur3, aux ^eux pleins de menaces, Ces prémices de lutte & l'attrait souverain,

SOI POÉSIES POSTHDHES.

Me liUssent [mmobllfl — et tranquille — et Eereln.

DtDB mon sang, rien ne bout. Mon bras, Tienne l'éveille.

Et mon épée Inerte A mon cdté sommeille.

Bn mol — je vous le dis — s'il reste un sentiment,

Cest nn doux orgueil, c'est de l'attendrlssement..-

He dérendre?... Cela me serait impossible.

Combattre mes enfantsT Non, victime paisible,

Courrant ces pauvres fous d'un absolu pardon.

Je ferais de ma vie un complet abandon. —

Biais, sérieusement, quel péril court ma rie?

D'abattre un Imposteur la légitime envie

Ha saurait égarer les esprits & ce point

Qu'avant d'exécuter, on n'examln&t point.

Déji, dans les regards, Je vois. Je lis le doute.

On songe. On fait silence. On hésite... On m'écoute.

Et plus d'un cœur loyal, en secret palpitant.

Doit se dire: — Rst-ce lull SI c'était lui pourtant 1...

Ten suis sûr — i cetteheure — Ici— toutes les âmes,

Comme on ferait devant les étemelles flammes,

Reculent de terreur devant ce noir danger.

D'immoler -- celul-lï mâme — qu'on veut vengerl

Mieux vaudrait mille fols risquer de laisser vivre

^Dd larron— dut pour tous quelque honte s'ensuivre.

Autrement, quel révelll Aux mânes d'un ami,

Croire sacrifier son plus lâche ennemi.

Et trouver, à la An de l'acte sanguinaire,

Dans la victime... liorreuri cet ami qu'on vénërel...

Se tairalt-il Jamais le remords inouï

Qui crierait dans les cœurs :—CétaIt tuil c'était lui!—

Donc, ayei moins de zèle. Armez-vous de prudence. Attendez, pour agir, la suprême évidence.

Voua pourr» l'acquérir bientôt — avant demaJa — Avant ce soir. CommeiitT Par un sage examen.' — On avait bien raison d'affirmer à voix liante, Qae je présente en moi— sans iacune et sans faute- Tous les traits du marquis; que j'ai son fier fflainUen, Son front de chevalier, son air de vieux chrétien; Que mon œii, mon regard, c'est son œil qui rayonne; Enfin, que ma personne — est toute sa personnel.,. N'est-ce pas que c'est vraiî Convenez, conresses Qu'en disant tout cela, l'on n'a pas dit assez. Avoir ^nsi ia forme — être à ce point l'image Du seigneur qui cent fols a reçu votre hommage — Oui, le paraître avec cette réalité. Sans l'être, est-ce que c'est possible, en vérité?... Hais peut-être avez-vous tout bas l'Idée étrange. Que c'est un maléfice, un jeu de mauvais ange. Faites vite une épreuve, alors. Tous avez tous Des croix, des chapelets, des reliques, sur vous. £ti bien! touchez, prenez, montrez ces saintes armes. Contre elles, de l'enfer ne tiennent pas tes charmes. Invoquez, h part vous, tous vos patrons divins : Ils sont là pour confondre et diables et devins. Pensez des mots sacrés. Signez-vous tous ensemble.

Bien.— Voyez maintenant.- Dites : que vous en semble î Suis-je moins le marquis? Non! Par ia flamme et l'or Des talismans du ciel — je le suis plus encorl... Ma personnalité de plus en plus éolatel' Elle TOUS trouble & fond : mon cœur ému s'en flatte Allons, c'est trop douter. — Le voilà, vétérans. Le capitaine heureux qu'applaudissaient vos rangs Quand il les devançait au choc de ia bataille. Quand le premier — d'un fort il foulait la muraille — Vous le reconnaissez, veneurs et forestiers,

3M POÉSIES POSTHDKES.

L'ardent chasseur, aidé par tous ai volontiers, Lorsqu'à travers tes bols, les monts de ses domaines, A courir daims et cerfs il passait des semaines]

— Paysans, métayers, vignerons et pasteurs, Le Tolcl parmi tous, l'ami de vos labeurs.

Le maître qui, Jaloux d'augmenter vos chevances. Bien souvent dans vos mains laissa les redevances; Et qui, de tous ses fiefs, où le pauvre a son pain, Pour jamais sut bannir le démon de la faim!

Hinanl «ni cliapaiiil *t slUnl te rumlr Hu la daii. -

Il se couTre et s'assied deTant vous — le grand juge.

Qui du faible opprimé fut toujours le refuge;

Qui maintenait serment, justice, honneur et foi,

Au-dasBus du vouloir et du pouvoir du roi,

Que le félon n'osait regarder face k face ;

Mais près de qui le simple aisément trouvait grâce l

non BRENflus, > pin.

Ces brutes vont fléchir...

DOfl niHALDO.

Or, ce n'est nullement Le grand juge — qui siège et parle en ce moment ,- NI l'effréné chasseur, ni ie foudre de guerre- Cest le bon ch&telain, qui ne vous gênait guère. Quand 11 venait, le soir, sous les chênes ombreux. Mêlant sa promenade à vos groupes nombreux, Écouter des vieillards les discours méritoires, Et des gais ménestrels, les chants et les histoires.

— Ahl si — monstre d'enfer— un mensonge Insensé, Lâche — entre vous et moi ne s'était pas dressé. J'aurais pu -— renouant l'entente familière

De nos cœurs — vous conter l'histoire singulière Du sombre assassinat qui crut m'anéantir; De ma fuite en la mer qui parut m'engloutlr; Puis, des faits merveilleux, des fortunes diverses

UIRANDA. 3

Qui firent mon salut; des hasarda, des traverses. Que J'ai dû surmonter, avant que de pouvoir Atteindre consolé le bien de vous revoir. — Ce récit, je l'ai fait hier soir au monastère De Saint-Paul. J'ai charmé mon auditoire austère. Chacun se récriait, ne cessait de bénir La MadQjie et les saints... .

ORCb, bu i HinAdn. arto loi*.

Madame, Ils vont venir.

nen BnennOS, sTesung vlalen» iintmiliiiK.

■"ulsque les jeux habiles D'un jongleur — ont raison de vos âmes débiles ; Puisque l'appât d'un conte hébëte vos esprits ; Puisque vous vous rendez; puisque vous voilà pris; Je fais appel à Dieu lui-même — au vrai grand juge l Qu'il Intervienne ici! Qu'il proaoncel qu'il jugel Et ne prétendez pas qu'il a parlé. Non. non. Vos péchés sont trop graods pour que— sur le démon— Vos reliques aient pu prévaloir tout i. l'iieure, HoD. L'épreuve a manqué. L'enchantement demeure.

1 don RUuUd.

— Ualtre Alvar, Il s'agit de mener jusqu'au bout Ton personnage... Il Taut singer mon [rère eo tout. Çà, ton épée auvent!...

U ■ tlrâ II tiauBt.

Voyons donc, fils d'esclave Si tu joueras le preux jusqu'à te montrer brave I

Vleos! BsttODs-DouB à mort— tout de sult«— en ce lieu! Soumettons la querelle au jugement de Dleul En garde). .. Fais-nous voir ta valeur usurpéel

son nlHALDO, dcboDl. sth dd trampati oluralemqDs, aprèg jTolr Aéialai.

Bien, frère I c'est cela. L'oracle dal'épée! La sentence de Dieu 1 Je m'; voue avec tof ... Hais de nous deux le plus hardi — ce n'est pas moi. Tu provoques t'arrât du Très-Haut 7.. «Sans louange. L'audace est d'un Titan. C'est révolte d'archange. J'aime mieux, je l'avoue, être le serviteur De la Divinité — que son fier coutemptéur. ' Faire en bon chevalier, sous les yeux de ma dame. SulBt à mon orgueil.. J'y suis de cœur et d'ûme! Comme on respire à l'aise et comme on fait état De soi-même — lorsque — pour un «oble combat — On quitte un vain proposl... Comme l'Âme savoure La volupté cachée au fond de la bravourel Si l'on n'était chrétien — quand on croise le fer. Comme on oublierait tout, Dieu, terre, ciel, enfert... Allons 1 .

DOUA MIRANDA

Ta Miranda ne veut pas qu'on l'oublie.

— Oh! ne crois pas sortir de ce bras qui te lie. — Ce duel... Une autre fois. J'ai peur... 'don ainaldo.

Mais c'est douter Do Juste cielt...

DOHA HIRANDA.

Et toi, n'est-ce pas le tenter?

non BinALDO, cluntaul i H dilata.

Lalsse-mol.

HIRANDA. 399

DOni UlflANDl, la uninl umlsun.

Noa. Plus tard.

DON BREHNUS, BTee ma uUn ralll>u«.

Messer, deviens-tu remmeT Ed garde I...

DON RIHALDO, t Ilrindi qnl d< la liaba fu>

Tu l'entends î

DONA uirakda.

Méprise donc l'inrAme I

Au nom de moif amour, au nom de mon bonheur...

LA tOULE, comma dd pibUa ipil l'inpiilaiil*.

Le Jugement de Dieu!...

SON RINALDO, aéiir* •( ohagrln.

Veux-tu mOD déshonneur?

Orco, délifre-moi!

D'DMA UIKARDA, ruterrant isn «ireinla.

Mon cher Orco, main-forte !

Tiens-le I Dêsarm&-lel

OnCO, iTsa reproeba at anlhonilum».

Mais, madame, il importe QuemonseigneurcombatteI...KIiI comment votre cœur Peut-il craindre un instant qu'il ne soit pas vainqueur I

DONA HIRANSA, dauloareuie, na reimaDl plia «[naUo.

Tous les deux me trahlrl...

lias UD lambra «Bbrt.

Si j'essayais de l'autreT...

Vous êtes chevalier?...

DOK BRBNnOS, IniaCammeni coirloU.

Que De suls-Je le vOtreï

SONA UIRAHDA, dltilmulaiil nal ion dégoAt.

Don Riaaido... blessé naguère... est mal guéri... Faible.,. Or, un cheTali,er devrait...

,;:a..ïGo»île

qgle

DD!f BREHNUS, trèt-m«eh>iriiigDl.

J'en suis marri.

Mol, ménager ud homme à vos ordres rebelle? Jamais.

DOHA HIRAKDA, » pniunl ta tnnchrse.

Ta n'es qu'un l&chel...

DON BRENNDS, btpc IroDrs aUninn-.

Ob! que vous êtes belle! ..

DON RIITALDO, b-n ImpérBirr, l Ulronda qat ti(ih

Femme, placeàl'épéel...

DOUA HlRANDl, btïh ana ■nppUsntlon nsirante.

Attends encore un peu...

S'oJrMInnt h !■ roui*, lei malcn joiolei.

N'est-ce pas. mes amis?

LA PODLE, enrigé». comme ao an eirqur romain.

Le Jugement de Dieu!

DORA MIRANDA, dmi la dcniitn délragsi.

Oh! grâce, bons vassauxl Songez donc : votre maître. De leurs coups depoignardsouffre encore peut-être! Ohl ne consentez p^^ à cet horrible jeu î Gr&cel Empêchez cela!...

LA FOULE, aneomblt lu foiiailiiM.

Le jugement de Dieu !

Le jugement de Dieu!...

DOHA HIRANUA, recDlant, et se radreiianl dam le plus

Mon père!,,. A moi, mon père!...

Le jugement de Dieu, le voilà!!...

Slupeur EénfroU. — BraTmui loiobe, li

MIRANDà. 401

Le tonnerre Dormait... Mon père en mol soudain s'eat éveillé.... (Test lui — qui par mon bras docile — a foudroyé!

DOn BRENHUS, iIODiwiit.

Ils m'ont tué.'— Vengeaucel

non RINALnO, plaU d* mnible.

Est-ce gloire? Est-ce honteî

OnCO, ar«e TirJIHf.

Cest justice.

DON BUBIIKCS, rtlaoï.

Ah ! je meurst Aiil qu'on me vengeT

QUELQUES VOIX, ■ombiaiiwBl.

Oui, comte I

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