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SECONDE VISION

Ou'est-ce doncî En sa bière, une sourde espérance A-t-elle chuchote le mot de délivrance?

I! a plus que Jamais le masque d'un vivant. Son œil luit sous un front moins pâle que devant. D'où vient? ■

— Cest que le songe, & cette heure, le mène Parmi les réglons du merveilleux domaine. Où le despote Amour, au pied de ses autels. Fait tomber péle-méle immortels et mortels. Bien, Prenez-le, splendeurs, téiièbres et féeries! Ouvrez-lui votre drame aux divines furies. Faites passer sur lui ces effluves de feu *Par qui ron est démoi., satyre, homme, ange et dieu

Sa fantaisie explore en courant la contrée Où, sur des bords fleuris, les bergers de rAslrèe Ceux du Poitor fido, à^Aminle, ~ ceux encor

La montagne en palpite, et, dans leurs chevelures.

Les hois sacrés sont pleins d'effervescents murmures.

L'&trmâme est comme un philtre, et sa suavité

Par moments fait partirun cri de volupté.

Comme ton sein se gonfle ample et riche, 0 Cf bêle, -

Toi) l'antique et la neuve, à Jamais jeune et bellel

Princesses de fa mer, Byzance, Tyr, Sldon,

Et leur puissante «Bur la ville de Didon,

Se p&mentdanslapourpre, aux accords douxetrauques

Auxmordantessenteurs que jettent les Ho ts glauques.

Babjlone, leur astre, en guise de rayons.

Sur elles fait pleuvoir des gerbes d'aiguillons.

En tous lieux, — c'est l'ardeur du tigre, — c'est la gr&ce,

La foroe du serpent qui noue, enroule, enlace.

C'est l'ftrfie qui bondit, se rue, au gré des sens.

Comme un char attelé de lions rugissants.

Dans les temples, le prêtre, au fond du sanctuaire.

Se lasse d'adorer l'œuvre d'un statuaire;

De n'embrasser qu'en marbre, en symbole passif,

La déesse couchée en un lit d'ormassir.

Pour son sang altéré d'apaisement suprême,

Ilveut entre ses bras la déesse elle-même;

La femme, au lieu du bloc; une incarnation,

Une personne : vie et palpitation.

Par les airs, çà et là, vaguent, désordonnées. Dans leurs actes de feu, les reines eiTrénées ; Hélène embrasant tout aux murs de Dardanus ; Sémiramis donnant cent rivaux & Ninus; Apre au sang, Tomyris, la louve massagète; PasIpITaé l'étrange, émerveillant la Crète; Myrrha l'incestueuse, enfantant Adonis; Isis aux pleurs ardents, veuve et sœur d'Osiris; Gorge au veni, Putiphar splendide et balsamique, Éblouissant en valirrHippoly te biblique;

ai POÉSIES POSTHDHtS.

Phèdre dans s& foreur doublaat la trablsoD ; Médée et sa magie enlevant ta toison ; Toute au pUe GfgËs, la relae de Lydie, De l'ère et de l'amour savourant l'incendie ; Ariane éplorée, expirée en Maxosi Ressuscitant aux bras du beau Dionysios ; Tbalestris la superbe — humble au camp d'Alexandre, Pour qu'à la rendre mère- il daigne condescendre; Fine et flëre, Balkis réduisant Salomon; Omphale et Dalila contre Hercule et Samson ; Artémise buvant les cendres de Mausole ; Pftle au bûcher, Didon qu'un parjure désole; Stratonlce au cbevet du jeune Antiocbus; aéopâtre en Circé voguant aur le Cydnus; Et l'épouse qui brûle en tes strophes plastiqiies. Belle ode d'israél, Cantique des cantiques! Et plus haut, dans le bleu d'un éternel été, . Leur sultane au char d'or, l'éternelle Astarté, Qui charme et séduit tout, à qui tout s'abandonne. Et que du panthéisme on dirait la Madone I

Son divin lîls, Éros, règne 'dans le beau ciel Des Grecs harmonieux; dans leur air tout de miel ; Sur leurs côtes au galbe enchanteur; sur leurs îles; Sur leurs monts tout couverts de temples et d'asiles; Sur leurs Uois, leurs vallons et leurs escarpements; Sur leurs clt6s où l'art sème ses monuments; t Sur leurs mers dont les eaux, pleines de résoonance. De cap en cap — de golfe en golfe — d'anse eu anse, Embrassant contlnenl, péninsule, archipel. Les dotent d'un éclat al vif — d'un clianne tel —

Qu'il semble qu'Astarté, dans sa désiovolture, Y trempe incessamment le bout de sa ceinture. Ëros aime parfois à se tenir couché Aux limbes de la nue où rêve sa Psyché. Leur adofable hymen dit que Tamour antique Enfia compte avec l'fLme et la beauté mystique. Vous le témoignez haut, vous, couples radieux Dont la passion sainte est en exemple aux dieuxl Vous, mânes éplorés d'Orphée et d'Eurydice 1 .Toi, généreuse Alceste au vaillant sacriflcel Toi, Héro, toi, Léandre, aimés du grand Byron, Qui traversa, pieux nageur, votre Hellespont! . Toi, Sapho dont les feux^ le trépas et la lyre Ont, dans son oratoire, ému l'amant d'Elvirel Toi, Pénélope, assise en ta.fldélité.

Et d'une sainte fraude armant ta loyauté! Toi, toi, belle Hypermnestre, à des complots atroces Arrachant ton époux dans vos sanglantes noces! Vous, Pyrame, Tliisbé, qu'un spectre de lion Poussa dans le Ténare, et toi, Pygmalioni Seul, avec ta statue, éblouissant ton âme Des deux virginités du marbre et delà femmel Vous, Philémon, Baucls, qui, narguant le linceul. Devenez sous l'effort des ans chtioe et tilleul 1 Le rayon s'est glissé même en des cœurs profanes. Plus d'une &me reluit parmi les courtisanes. Se peut-il que ta Muse ait négligé le nom • De celle-là qui meurt pour Aristogiton Et pourBarmodius, quand ces tyraunicides. N'ayant tué qu'un seul des deuxPisistratides, Vaincus, sont retombés aux mains du survivant? Dans les tortures, si l'hétaïre, bratant Des juges tourmenteurs la cruelle harangue. Pour mieux se taire -~ «vec ses denta coupe sa langue

436 POÉSIES POSTBDHES.

Et la crache k leurs pieds, c'est qu*eD un sourd repU Son sein vénal recèle un amour accompli. Pour verser à la Temme une aussi sainte rage, Il n*est que l'amour vrai. Démesuré courage! Martyre que plus tard sculpte l'art souvenfin, En Spre allégorie, en lionne d'airain Sans langue. — Monument chaste et bardi qui di^e Tant que de tyrannie Athènes reste pure.

Comment raltPériclès pour suffire à l'eiTort De ses labeurs d'État, pour braver toujours Tort, , Entre l'amour du peuple et son iDgratitude,- L'Aréopage hier, demain la multitude; Pour mener, capitaine heureux, grand orateur. Inspirateur puissant, ferme modérateur^ Demi-dieu calme à qui toute lutte est légère. Et la guerre civile et ia guerre étrangère ; Pour charmer toujours, — même au vif des altercats, Toute une nation d'extrêmes délicats?

n a son Ame, Il a son génie. Oui, sans doute, liais sa riche vigueur de 1& ne vient pas toute. On le verrait faiblir sans la dive beauté [Nous dirions l'dnge, noua) qui veille i son cOlé. C'est toi, c'est ton amour, belle Milésienne, Qui, mieux que l'éllxir d'une magicienne. Lui donne la vertu de ne pas chanceler, De conserver les dons, de tes renouveler. Gloire, illustre Aspasie, au premier de tes charmes, A ton subtiioe esprit qu'il a pour frère d'armes. Qui, bouclier divin, prodigue Incessamment, Pour le sauvegarder, tout son rayonnement 1 Une part te revient dans le beau témoignage Qu'il se donne à lui-même au funèbre passage, Quand il dit: — «Mon poruvolr, pur de haineux orgueil. A nul Athéolen n'a fait preadre le deuil. ■>

Phryné même, oui, Phryné, mérite qu'on la nomme, NOD,parcequ'elleveut,melUeurequ'uD grand borame, Donner tous ses tr'êsors pour que soient reconstruits Les toits, les murs thébalns qu'Alexandre a détruits; Noa encor, non surtout parce qu'elle tolère Que de son défenseur l'éloquente colère En plein Aréopage ouvre avec Impudeur La tunique où sa gorge abrite sa splendeur; Mais parce qu'à son choix le sculpteur Praxitèle Offrant, parmi les fils de aa muse immortelle. L'un des deux plus parfaits qui soient venus au jour, L'Amour ou le Salyre... elle choisit VAmoar. Éros est pour les Grecs le dieu par excellence; Plus qu'uD dieu : l'infini, l'unlvertelle essence, L'&me de tout, que Tart se fiatterait en vain D'enfermer ec des murs, fût-ce un retrait divin, Quel'ceil seul d» l'esprit voit, connait et contemple. Cest pourquolidans laGrëce, Éros n'a point de temple. -

Halntenant, c'est uo long défilé de mirages. Qui, dans leurs plis dorés, leurs cadres de nuages, Dans leurs déroulements et leurs enroulements, Vont exhibant la fleur des modernes amants. Là, comme en un bouquet, passent de groupe en groupe, ^ l'amour, de la mort, le calice et là coupe. Mariant terre et deux, tout ce monde spectral S'abreuve de réel, s'enivre d'Idéal.

En bas, dans la pénombre, at-tistes et poëtes necaeillent les éclurs de ces àmes-tempéles.

Hélolse, écollère, en an docte réduit,

Avec maftre Abélard, séducteur et séduit,

Fait alterner, et puis, mêle — ' délice immeDsel —

Ta flamme, A volupté! ta lumière, A scieucel

« Toi, maPhœbé ! —Toi, mou Phébusl Toi, divin cœurl

— Toi, beau ParacletI —Toi, reine!— Toi, cher vaioqaeur.'

— Toi, mesyeux !— Toi, mon sangl— Toi, ma nymphe Égérie

— Toi, mon Numa, mon Christ! — Toi.ina vierge Mirit!

— Toi, mon ciel!— Toi, mon tout:— Toi, mon ardeur sans Sn:

— Toi, mon Eve! — Toi, toi, m»n brûlant séraphinl

— Toi, ma sibyllel — Toi, mon mage, mon prophètel —Toi, ma muse et mouDieuI ■

* Mais, autour de leur fUe,

Une haine épaissit sa nocturne vapeur.

Là, r6dc un "homme noir, un spectre qui fait peur. Enfin! c'est le chanoinel... Exécrable aventure!-.. . Quandunheurestsigrand.Dieune yeutpasqu'iidurel AJil tuez-le plutAtl... Outt Qu'est-ce que la mort Auprès de cet immonde et misérable sortT... Qui dit ch&noine, clerc, moine, prêtre, archiprétre, DU méchant, scélérat, tourmenteur, lache, traître!

Fermons les yeux. Ne les rouvrons plus qu'au moment

Où, calme enfin, réponse arrive au monument

Et s'y place atix côtés de l'époux cénobite.

A cette chère approche, 11 s'éveille... il palpitel... ,

11 surmonte le Troid de son double trépas.., |

Et, pour la recevoir, Il a tendu les bras. i

La dame de Fayel est à table. Elle mange, DIstrAlte, comme absente, trn net» biiirre, étrange-

— Savez-vous ce que c'est? lulditsonselgneur. — Non.

— C'est le cœur de Raoul. Trouvez-vous cela bon7 La pauvre àme, qui ploi^ et tremble, ainsi frappée. Veut douter. Il lui montre une tête coupée...

Elle la reconaait, et, d'un r&le amoureux ;

— Ouîl je trouve ce cœur si bon, si savoureux, Que nul autre régat désormais de ma bouche N'en ôtera legoût. — Sur ce, tendre et Tarouche, Bile saisît la tête où des gouttes de sang

Pendent encor. . . l'embrasse., et meurt en l'embrassant

Or, dans la basilique, on apporle à don Pèdre La froide Inez couchée en un cercueil de cèdre. Il l'en sort. Il l'assied sur le trône. 11 lui ceint Le front d'un diadème. Aux parvis du lieu saint. Le peuple est entassé. Les seigneurs, sous le dOme, S'avanceut en bon ordre, et la rei ne-fan tOme, De chacun d'eux reçoit l'hommage et le serment. On lui baise, avec pleurs, le sinistre ossement Qui fut sa main si blanche et belle — si parfaite. Puis, du peuple et des grands la foule stupéfaite S'écoule à pas muets. Le roi, demeuré seul. Adore sa moitié, la remet au linceul.

■ Vous serez bien vengée, 0 ma reine, 6 ma dame l 1 J'arracherai le cceur à qui nous a pris l'âme! »

t'rafiçoise! Paul!.,, perdus ensemble!.,, assassinés Ensemble, en le)|r délire I... Ensemble ils sont damnés. Mats leur damnation, — puisqu'elle les rassemble A tout jamais — n'est point damnation, ce semble.

4W POÉSIES POSTHDHBS.

Abl qa*its seraient bien plus maudits, — damnés bien mlnXi

S'ils trônaient séparés aa royaume des cieuxl

En vain te tourbillon, le simoun des ténèbres,

Les emporte et les roule aux espaces Tunëbres.

Dans ces cruels assauts, rien ne les désunit.

Comme s'ils s'efforçaient d'atteindre quelque nid.

Leur ïol passionné de fidèles colombes

Traverse incessamment les rafales, les trombes.

Qu'ils voudraient pouvoir faire un temps de haltel... mais,

Ils n'arrêtent jamais, Ils ne ppsent jamais.

Foulés et refoulés, sans merci ni relâche.

Par l'ouragan d'enfer Impitoyable et l&che.

Qu'importe? lis sont ensemble.» et leur durable amour

N'est pas moins éternel que toi, dolent séjour I

Et j'ose dire ici que Dante, leur pogte^

Traduit mal leurs pensers, quand à Françoise il prête

Ce funeste propos : « La plus grande douleur,

« C'est de se rappeler l'heur au sein du malheur I »

Lis de vertu sans tache, 0 madame de Clèves, N'avez-vous point remords, sur les célestes grèves. De n'avoir pas voulu couronner les amours Du second Amadis, de monsieur de Nemours?

Nuitamment, dans le parc, il s'est glissé,— de aorte Qu'il parvient, non visible, à ta fenétre-porte D'une chambre éclairée. Il regarde... Ébloui, Cest & peine s'il peut rester mallre de lui. Elle est là, seule, et grftce au chaud qu'il fait,sa tête, Ses bras, sa gorge, sont en liberté complète. ' * Que fait-elle T des nœuds, l'œil plein ^'un tendre émoi. Dieuxl ce sont les couleurs qu'il portait au tournoil Aux cheveux, souriante, elle se les attache.

LES Visions DTJN MORT VIVAMT. 431

Li^ssant paraître ainsi l'amour qu'elle lui cache. puis, sur une crédence elle prend un flambeau, Et s'en va vers le mur contempler un tableau. C'est le siège de Metz où les preui de l'armée Sont peints très-ressemblants. L'héroïne charmée, De monsieur de Nemours n'y voit que le portrait, El, dans la fière image, avec Isngue.ur, s'abstrait. Le duc veut s'élancer... Au bruit, le charme cesse... Et, sans se retourner, disparaît la princesse.

La nonne portugaise, oublieuse de Dieu, Dans sa cellule, écrit ses épltrea de feu : u Votre calme de cœur ne me fait pas enïle. Non. J'en ai grand pitié. Tenez, je vous défie De m'oublier jamais. Mon amour, mes transports, Ont éclaté pour vous si vrais, si purs, si forts, Que vous n'aurez pas même un instant l'espérance D'en trouverdes semblants chez vos damesde France. Plus que moi, je vous plains. Certes, mieux vaut soufiïir Ce que je souffre ici, sans pouvoir en mourir, Que de goûter ià-baa les vulgaires ivresses. Les plaisirs languissants que donnent vos maltresses. 8ependant, je vous aime encor trop — pour vouloir Que votre cœur aussi s'abîme au désespoir; Que tout soleil pour vous soit pale —et toutciel sombre; Que vos jours ne soient plusquedeuil et pleurs sansnombre... Quand je. ne puis suffire à mes douleurs, — comment Pourrais-je supporter le surcroît de tourment Doitt viendrait m'accabler llmpression des vôtres? Que mes mauxrestentmlens. Qu'ils ne soient jamais uOtres.

Aurais-je repentir d'ayoir à ton bonheur

43S POÉSIES POSTHCHES.

Tout livré, moD salut, mon orgueil, mou honneurT Non. Ce qu'amèrement dans le cœur Je déplore, Cest de c'avoir plus rien à t'immoler encore. Si, poiirtantl J'ai ma vie. Eh bien donc, mande-inoi Qu'il te plaît, que tu veux que je meure pour toi!...

Ne plus te voir I ^u moins, si tu m'avais laissée Uërel ..Oh! honte enivrante, angélique — insensée!...

La lune brille eu paii. Tout est calme sur l'eau. Julie, avec Saint-Preux, regagne le bateau. Saint-Preui, en y montant, tient la main de Iulie; Et, quand 11 s'est assis auprès d'elle, — il oublie De quitter cette main. Triste jusques au fond De l'âme — 11 rêve, il garde un silence profond. Bien, ni le ciel pur, ni la cadence des rames. Ni les rayons d'argent, ni les clémentes lames. Kl sa présence, — rien ne le peut délivrer Du secret désespoir âpre à le dévorer.

Dieux ! la chérir d'un cœur obstinément fidèle. L'admirer, la toucher, se sentir aimé d'elle. Presque la posséder encore... et la savoir Perdue à tout jamais pour lui! — Cruel devoir! , Un horrible désir de son être s'empare... La tentation folie, odieuse, barbare.

De la précipiter avec lui dans les flots, D'y trC'iver dans ses bras le terme de leurs maui... Pour fuir ce noir accès, — que rien d'ailleurs ne marque. Il se lève et se porte à l'avant de la barque.

Virginie est fiévreuse, et n'a plus de sommeil. A l'ombre, elle est de flamme, et frissonne au soleil.

Or, voici que sa marche alanguie, Incertaine,

L'acbemiae, aux clartés du soir, vers sa fontaine.

Bile s'y plonge, — et voit, dans l'eau du clair bassin,

Sur ses bras délicats et sur son jeune sein,

Flotter les doux reflets et ies ombres légères

Des deux palmiers plantés jadis par les deux mères,

Quand leurs enfants sont nés. Sous ces arbres jumeaux,

Lesquels étroitement ont noue leurs rameaux,

Elle pense à l'amour de Paul, — plus fort, plus tendre.

Que ces nœuds qu'on dirait ne pouvoir se déprendre.

Elle se ressouvient du temps déjà lointain

Où sa mère avec Paul la mettait dans ce bain ;

Et des jours plus récents où Paul, dans un beau zèle,

Déclarant réserver cette source pour elle,

— Pour elle toute seule 1 — en avait de sa main

Creusé le lit, couvert le fond d'un sable fin,

Et paré le contour de plantes balsamiques.

Elle soupire... elle a des rougeurs angéliques.

Elle songe au désert, au silence, à la nuit,

Tout soudain elle sort de cette onde... et s'enfuit...

Trouvant plus dangereux ce calme et ces ombrages.

Que sur des rochers nus les plus brûlants orages.

Atala, dans la grotte où grésille un flambeau De mélèze, est>en proie aux affres du tombeau. Son cœur, longtemps fermé, s'ouvre à la suprême heure. Le prêtre qui bénit, avec l'amant qui pleure. L'entendent exhaler, sur sa virginité.

Des plaintes et des cris de fille de Jephté : Il Ami, l'esclave noir qui, sous des cieux torrides. Baigne de ses sueurs les sables des Florides, n'a pas des maux si grands que ceux par moi soufferts.

Être avec toi sans cesse au fond des bols déserts. Et toujours mon serment, le salut de ma mère, KTécartant de tes brasi Quel voeu, quelle cbimëre. Quel rêve n'ai-je pas poursuivi 1 quel dessein Tumultueux n'a pas boulcrersé mon seinl Tant6l, j'aurais voulu que nulle créature — Hors nous seuls — n'existât dans l'immeDse nature. Tantôt, heurtant le mur que la divine loi Dressait entre l'élan de mon amour et toi. J'aurais souhaité voir, de toi seul altérée, Cboirmoodeet ciel, pourvu que, dans tes bras serrée, J'eusse roulé d'abîme en abime — au milieu

Des ruines de tout, des grands débris de Dieu

Mourante, mais en toi foudroyée et ravie

Perdue et bienheureuse aux flammes de la viel... »

— a Orages, levez-vous l BrIJIe, éclair effréné I Entëve-moi, tempètel emporte au loin Hené!» Sur le marbre du chœur s'est couchée Amélie. On apporte un drap blanc que sur elle on déplie. Quatre cierges de deuli sont mis aux quatre coins. Que cette mort au monde a de pâles témoins] Les vierges, en prière autour du sacrifice. Et le prêtre à l'autel, ont commencé l'office Des, trépassés. René, tout proche, est à genoux. Son oreille soudain recueille, par-dessous '

Le voile sépulcral, une plainte il écoute...

l'épouvantable aveirl C'est vainement qu'il doute. Que personne, hors lui, que pas même les morts En puissent rien ouïr! —n Dieu,qui vois mes remords. Fais que ce drap me soit un linceul véritable; Et comble de tes biens, providence équitable.

Un frère dont le cœur saintement rratemel Jamais n'a partagé mon amour criminel. »

Elle résout d'aller à la cérémonie ; Maudite, elle veut voir cette union bénie. Rëve-t-elle un scandale? Ohl ce n'est pas cela. Elle sa dit plutôt : Je pourrai mourir là I D'un long vêtement blanc couverte, enveloppée. Sa sortie à ses gens demeure dérobée.

Espère-t-elle avoir chance de moins soufTrir En courant au malheur tout entière s'offrir! Elle marche rapide, elle a hâte, elle semble Un fantôme, un esprit; qui la voit passer tremble.

Elle entre dans l'église oi!i la fraîcheur du lieu Imprègne son délire et le modère un peu. Échappant aux regards de deux ou trois personnes, Elle glisse et se cache à Tombre des colonnes. Des instruments de fête au dehors font éclat. L'orgue joue. 0 Delphine, Ils viennent, les voilà. A force de bonheur, Mathilde est presque belle. Mais le front de Léonce à la joie est rebelle. Est-ce un doute, un remords! La perfide Vemon A peur. S'il devinait, s'il allait dire non! Vers l'ombre où meurt le cœur de Delphine il regarde. Hais c'est bien vainement. Rien ne lui dit : Prends garde ! Il soupire en baissant la tête; c'en est fait! Les oui sont échangés. Le malheur est parfait, Et la pjlie Delphine au pied d'une colonne Tombe, s'aiTaisse et croît que l'&me l'abandonne.

i36 POÉSIES POSTHUMES.

0 Manon, vierge folle, Alfred a bien raison, Comme II faut que l'on t'&ime, angélique démon I Egt~ce du bon Prévost l'accent vrai, simple et sobre, Qui fait que ton image apparaît sans opprobre?

Pétrarque, & qui sa Laure aux multiples rayons Ouvrit de l'idéal toutes les régions ; Le graod, le colossal, l'Immeose Michel-Auge Consolaat Vlttorla par un culte d'archange; Et Tasse, le martyr. Taisant de son tombeau Pour Léonore d'Esté un piédestal si beau.

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