‹ Poésies posthumesChapitre 122 sur 125 · AUGUSTE-MARIE DONDEY DE SAWTEKY · texte numérisé non relu

AUGUSTE-MARIE DONDEY DE SAWTEKY

An cas où l'un de vous, messieurs du sanctuaire, M'interpellant d'un ton caustique et débonnaire. Daignerait se montrer curieux de savoir

SI je suis athée Olil ma foi, sans m'émonvoir,

Sans le moindre embarras, sans esprit de querelle, Avec le sic et non du joyeux Sganarelle Et du triste Abélard, je dirab carrément : Si je suis athée? — Oui, théologîquement. Philosophiquement, non; l'extrême athéisme N'est que l'absurde envers de votre dogmatisme.

Philosophes, d'accord : saluez le connu; Que le chiffre pour voua reste le bienvenu. Mais, après le certain, pressentez !e possible; Et du visible enfin concluez l'invisible. Artistes, pour votre œuvre, usez d'un mode.égal. Exprimez le réel en cherchant l'idéal.

A ce prix seulement du sage et du poète Le génie est complet, la raison est parfaite. Sentir, penser, savoir, parler, chanter, rêver. Cette réunion les peut seule achever.

Sans tout cela, je dis, je maintiens qu'il n'existe Ni philosophe entier, ni souverain artiste.

us POÉSIES POSTHUMES.

Non, non, l'esprit humain n'abdiquera jamais Sa tendance k hanter l'abîme et les sommets. Sa curiosité, son grand souci des causes. Son rêve d'embrasser tout l'ensemble des choses; Jamais le positif, le chiffre ne pourra Le sevrer d'infini. Jamais il ne croira Que sa flamme inquiète et de mystère émue Ne lui révèle rien d'une vie absolue. " Il n'est et ne sera qu'à moitié satisfait Du chemin merveilleux que la science a fait. Qu'elle peut faire encor; de toute découverte Accomplie en la voie h l'analyse ouverte. Toujours [1 lui faudra, malgré l'enivrement Que lui cause k bon droit le riche accroissement Des fortes vérités d'ordre scientifique, n lui faudra toujours, d'un vol philosophique, S'élançant au delà de l'observation.

Chercher le grand accord, l'uniflcation; Ne pas se contenter même de la synthèse. Et redire, agité de divine hypothèse.

Du comment, du pourquoi prêtre àjam&ls fervent : « Le grand tout pense-t-ilî Le monde est-il vivant? •

Je pente, donc je suis. — Verbe de l'évidence ! Fiai lux de la raison prouvant sa transcendance! SI je suis, quelque chose a donc toujours été. Ex nifttto nihil. C'est vieille vérité.

De l'être la pensée étant preuve absolue. Une autre certitude en demeure conclue : C'est que, si quelque chose a toujours existé, Quelque chose a pensé de toute étwnité.

VELLËITËS PHILOSOPHIQUES. W

Le théologien dit, dans sa nuée auguste :

— aPécheur, llestunDleujdonc, 11 faut être juste.» — Le philosophe dit, dans un plus clair milieu :

— « Homme, il faut être juste ; et cela marque un Dieu, n

Religions, bcAux-arts, codes, phllosophies. Poèmes glorieux, nobles biographies.

Autant d'efforts puissants faits par l'humanité Pour asseoir, pour munir, pour armer l'équité, Babel sainte augmentant sans repos aa spirale Pour toi. Palladium, qu'on nomme la morale!

Deacartes reste encor sublime. C'est en vain Que le temps a pill sa splendeur d'écrivain; Que ses témSrités de vue hypothétique Ont subi les arrêts d'une altière critique. Raison, il reste grand parmi les confesseurs! Qu'il soit dit le premier, le plus lîn des penseurs Pour avoir fait tomber le doute en servitude. Pour l'avoir forcé d'être alpha de certitude ; Pour avoir su tirer de sa mobilité Un point fondamental d'entière fixité :

Je doute, donc je pense.

Entre nous, j'ai grand'peine A croire qu'une chose absolume?il certaine. Dont l'évidence éclate en absolus rayons Me soit pas abiolue elle-même. — Voyons :

La négative ici peut-elle être sensée?

Nous tenons l'absolu, frères I c'est la pensée!

Ul POÉSIES POSTHDHES.

QuBud, à l'un des extrêmes bords

Du coDtiDent scientifique.

On s'embarque en plein jour, quelques voiles dehors, Pour aller explorer la mer ontologique, Oa peut, k la rigueur, en quittant le réel, Se trouver coagrûment porté sur le probable.

Le spécieux, le vraisemblable, Même sur l'évident, sur le rationnel. • Mats, quand c'est du haut des rives spéculatives Que l'on prétend passer aux terres effectives,

La nuit se fait incontinent.

On se volt enserré d'horizons chimériques. Sur les flots lents, muets, sourds, fantasmagoriques, On ne discerne pas l'ombre d'un continent; Pas même une tle morne, Infertile, déserte 1 Pas un spectre d'oiseau morbide, i. l'aile Inertel

liB plein naufrage est imminent; Et, sur quelque vieux dogme, on trouve enfin sa perte.

Hors de Lui, qui pourrait trouver un attribut? Lui-même est à soi-même et sa cause et son but. Visible eu toute chose, en tous lieux invisible. Partout distribué, partout indivisible.

Son jour contient nos jours —hier— demain — aujourd'tii Répandu dans l'espace, il a l'espace en lui. Relatif, absolu, personne Impersonnelle, H est l'auteur d'une œuvre à lui coéteroelle, 11 pense sans oubli comme sans souvenir. Il dure sans passé comme sans avenir, immuable, fatal, il se meut, toujours libre. Il est plein sans mesure, égal sans équilibre. Il est vaste sans borne, ample sans quantité.

11 est jttste sans règle, et bon sans qualité.

Il est l'inabordable et rinefTable cime,

Le fond toujours fuyant de l'insondable abiroe.

Le songeur permanent, l'incessant travailleur;

Le neutre dans le mal; dans le bien, ie meilleur;

11 est tout; la raison dernière, et la première;

Le fini, l'inSnl ; l'ombre avec la lumière;

Le plus ancien, le plus nouveau; l'enfant, l'aïeul;

Le grand, le fort, l'entier, I'mh, le même, le Seul!

Le théisme parfois, même le panthéisme.

Traitant du virtuel et commentant l'abstrait, Se servent d'un langage effectif et concret... Et tout soudain l'on crie à l'anthropomorphisme 1... O censeurs malaisés, pas tant de rigorisme! On pourrait vous surprendre en un cas tout pareil. Est-ce que vous croyez forfaire à la science. Quand, avec la vulgaire et vieille sapience, Dans une langue née avant l'expérience, Vous dites : le lever, le coucher du soleil?

Je ne sais quel démon me pousse ù mettre en rimes Deux phrases de Voltaire, éloquentes, sublimes... Dans sa prose s'entend; car, dans mes vers infimes,

Est-il sûr qu'il en reste rien?

C'est ce qu'on va voir.

Donc, au fort d'un entretien.

Plein de bonnes raisons et de belles maximes, Que ne moleste pas le rire voltairien, 11 fait ainsi parler un philosophe ancien:

us POÉSIES POSTHUMES.

■ Rappelez-vous qu'un jour, jetés par un naufrage Sur une Ile inconnue et d'un aspect sauvage, Des savantâ, sans nul guide, au gré des noirs destins, Erraient... qu^nd à leurs yeux le sable du rivage Étale des traces, des lignes, des dessins De géomètre... alors, il^se disent : Couragel Voici des pas humains.

( Eh bien I moi, quand mon àme hésite au bord du doute. Ce labyrinthe obscur où chacun perd sa route, Je n'ai qu*& regarder la sidérale voûte. Et l'homme, ce mystère aux Indicibles fins. Et devant l'homme intime et les globes de flamme. Ébloui du grand ordre et de ce qu'il proclame. Je dis, rempli d'espoir : B affermis-toi, mon âmel Voici des pas divlnsl »

Toutes les fois qu'au sein des recherches suprêmes Touchant l'ontologie et ses rudes problèmes. Nous venons à tomber sur deux solutions Divergentes en tout, deux contradictions; SI de forte évidence aucune n'est dotée, La sagesse d'abord, à notre âme agitée. Conseille un doute calme, austère, impartial... Mais elle prend très-vite un verbe martial. Pour nous faire adopter, saisir, embrasser celle Qui, tout examiné, tout mesuré, recèle Le moins d'Invraisemblance et d'invalidité, Ou, si l'on veut, le plus de spéciosité. Pour peu que la morale et sa sœur l'esthétique Aient à gagner au choix dans ce conflit sceptique.

VELLÉITÉS PHILOSOPHlOl^ES. 447

Quel est le penseur... non, quel est rhomme qui peut

Ne pas agiter dans sa tête Ce problème : à savoir si la force secrète

Par qui cet univers se meut Possède, en même temps que la toute-puissance,

La pleine connaissance, Ou bien, ne se sait pas, ne pense ni ue veut? ~

Si cette force, 6 négateurs, mes maîtres. Manque d'intelligence et n'a point de vouloir, Comment donc se fait-il qu'elle forme des êtres

Munis de ce double pouvoir?

Comment sans conscience, inapte à rien connaître, A-t-elle pu chez nous créer le sens moral, Mettre la notion du bien, celle du mal, Le concept du parfait, du pur, de. l'idéal 7

Comment même a-t-elle fait naître

L'obscur Instinct de l'animal ?

L'énorme Spinosa, que sans un divin trouble Ne peuvent translater les vaillants qui l'ont lu.

Logiquement, dans son livre, dédouble Le grand tout, dénommant l'être en sol, l'absolu , Ifalure natiiranle, et la part engendrée, Les êtres relatifs, nature natarée.

Ma raison gronde et rit, lorsqu'un moment j'admets Que l'immense nature, abîme où tout se crée, N'a point à'&me InUnle en sa force sacrée. Et que de conscience elle n'est pénétrée. Que hors du fond causal, et dans certains effets; Uniquement, quand elle est nalurée; ■ Uals, quand elle est natui ante, jamais I

J'aime mieux m'en tenir & la parole antique,

A l'hypothèse du Portique,

J'aime mieux dire avec Zenon :

L'inanimé, le mort, l'irraisonnable,

448 POÉSIES POSTHDHES.

N'ont pQ créer la vie, et l'âme et la raison. Donc il est au moins vraisemblable Que l'univers ec qui, par qui l'homme est formé,

L'bomme animé, vivant et raisonnable.

Est lui-même vivant, raisonnable, animé.

Dieu, le monde unité. Dieu, qui contient le monde. L'anime comme Une âme et l'emplit comme une onde. Toute force, tout grand pouvoir, tout élément; L'équilibre, l'accord, l'arrêt, le mouvement; La nature, raison présente dans les choses; L'Impersonnel destin, cause mère des causes; La Providence, artiste aux miracles divers. Qui transforme, restaure, achève l'univers; L'esprit qui soufDe, inspire, éclaire, à son envie, Qui donne, qui conserve et qui reprend la vie; L'amour, l'éther, le jour, la pensée et le feu. Le voilà. Lui, l'unique et le multiple Dieu!...

Un Dieu spirituel, incorporel, sans forme. Du Dieu matériel, splendide. Immense, énorme. L'être en soi, tirant lout de soi. Delta divin. Idée, œuvre, instrument, milieu, principe et fin. Sphère incommensurable, Ineffable, saint orbe. Par lequel tout s'épanche et dans qui tout s'absorbe.

Écoutez un propos d'athéisme ingénu Lequel fui, de nos jours, publiquement tenu

Par un sultan de secte, immense philosophe.

Grand pontife et savant d'Indestructible étoffe.

Un dimanclie d'hiver, donc il faisait son cours

Au Palais-Cardinal. Dans un ample discours,

Où se développait sa doctrine, mélange

De profonde sagesse et de folie étrange,

II dit : « Je ne crains pas d'affirmer que Kewton

Abaissait !a science et blessait la raison.

Lorsque, se fascinant lui-même au grand spectacle

De l'ordre sidérai, voyant là du miracle,

Il osait s'écrier, d'après le psaume hébreu :

Les deux parlent bien haut de la gloire de Dieu.

Nous qui sommes enfln purs de théologie,

Et même dégagés de toute ontologie',

Nous disons simplement : Les deux proclament haut

La gloire de Newton, leur plus docte héraut! »

Arrêt mirobolant, qui revenait à dire :

Puisqu'elle a rencontré, cette œuvre qu'on admire,

Un insigne interprète, un puissant traducteur.

Il est bien évident qu'elle n'a pas d'auteur!

Diable d'homme I il a lu dans un merveilleux livre Où notre Diderot d'esthétique s'enivre, Ce trait original, charmantf que l'on connaît : ■ Les deux vont racontant la gloire de Vernetl " Là-dessus il transforme, 6 fâcheuse Incartade, En un gauche axiome une exquise boutade. N'est-ce pas oublier l'apologue excdient Qui nous dit de ne point forcer notre talent 7

Vous allez rire encore. A ce maître des maîtres, Qui de Dieu lestement se passe, il faut des prêtres 1 Oui, des prêtres, des clercs, voire des sacrements. Des rites; une église et tous ses condiments.

Et lui, bl6n eatendu, pape trAnant au faîte. lUorlels, Dieu n'est pas Dieu, mais je suis sonprophile! Il se croit, de l'absurde exagénmt le sceau, Bieo plus émancipé que Voltaire et Bousseaa, Et veut Taire primer, sourd au bon sens qui raille, Sa prétrallle sans Dieu sur leur Dieu sans prëtrallte.

Dieu? dlt-ll, hypothèse 1... Eh! oui, peut-être bien. Hais hypothèse au moins qui ne nous gène en rien, Tandis qu'un clergé, lui réalité fort grave. Prétend nous mettre à tous le licol et l'entrave.

Dire, taia-tol, cet homme est un géant; son front Vous dépasse tous deux, d'Alembert et Bacon 1 Auteur, ainsi que vous, d'un arbre de science. D'avoir fait meilleure œuvre, il a la conscieuce. Un arbreî ah! combien plusl c'est un domaine entier: Titaoique villa, bSbéUen moûtier, Où les combinaisons des pierres et des terres Semblent de l'infaillible avoir les caractères; Où fout, de loin en loin, du simple au composé, Se déroule et s'enroule, assis, hiérarchisé; Oii la complicité, de spirale en spirale, S'accroissant, redoublant, devient loi générale; Où de toute matière et de tout mouvement L'ordre spirituel n'est rien que l'incrément; - Où, dans un grand rayon de synthèse harmonique, La niasse inorganique et le monde organique Ne forment qu'un ensemble avec l'humanité; Trinité subjective, objective unité; Où le penseur subit, d'étages en étages. Une succession d'Indéclinables stages, Cest-à-dire où l'esprit ne parvient à bien voir Qu'en s'emparant de tous les ilambeaux du savoir.

VELLËITËS PHILOSOPHIQUES. «51

Exigence normale, oui, mais vraiment extrême I

Faiblesse tout autant que force du système;

Ahl qu'il eût réussi mieux, s'il se fût douté

Que pour faire entrevoir toa ombre, 6 vérité!

Un système superbe, immuable en son mode,

Vaut moins qu'une modeste et flexible méthode!

Mais, que dis-jeî ton ombre entrevue?..: 11 croit bien

Dans son tempérament de théologien

Qu'il possède en entier ta personna réelle,

Et que son grand cerveau te sert de citadelle.

U a, pour sa Babel, entassé de tels rocs.

Des carrières du chiffre extrait si puissants blocs;

Ëdiflé des monts dressant si larges croupes;

De donjons et de tours bâti si vastes groupes;

Planté tant de forêts, de dédales, de parcs ;

Construit tant de canaux, de ponts, d'arches et d'arcs;

Enfin superposé des remparts si multiples.

Que spécieusement, l'orgueil de ses disciples

A pu dire, adorant cette création.

Qu'elle brave à jamais toute destruction.

Si c'est trop présumer d'elle; s'il en doit être

Ce qu'il en est de tout ; si le temps est le maître ;

Une part en sera sauve, il en restera

Des débris que la gloire émue adoptera,

Et, dans leur labyrinthe aux massifs grandioses,

Qui tiendra sous ces plis des merveilles encloses.

Comme autrefois les preux, aidés des nécromans,

Osaient, pour conquérir d'uniques talismans.

Pénétrer, se risquer dans les forêts magiques;

Des sages, des savants, des penseurs énergiques,

Ne craindront pas d'entrer et de s'aventurer.

El s'il leur faut d'abord, non sans fatigue errer.

Leur raison les guidant comme un fil d'Ariane,

Leur foi les-inspirant ainsi qu'une oriane.

U3 POÉSIES POSTUUHR3.

Après mille détours, de fourrés eo fourrés, Ils trouveront enfin, sous quelques dais sacrés. Des urnes d'équité, des coupes d'esthétique, Primant le Saint-Graal, ce calice mystique Qui, dit-OD, recelait des gouttes du pur sang Que le Galiléen laissa fuir de son danc. Ces trouvailles, par eux dans le siècle apportées, Y seront tout d'abord des francs esprits fêtées. Les poètes surtout, leur dressant un autel. Voudront les Installer dans un régne immortel; Car, elles sembleront résoudre le problème De faire puissamment exister par soi-même, Sans la foudre des dieux, sans le glaive des rois, Vertu, justice, honneur, amour, devoirs et droits.

Entre nous, me sied-il, pour l'Augusto-Comlisme, D'éprouver, d'exprimer ce vif dilettantisme! Mon. La science en mol ne tient pas un élu; Pas même un appelé. Rien ne m'est dévolu Delà pleine lumière. Aux hasards de ma route, Qu'ai-je pour me guider? Le clair-obscur du doute. Je ne suis qu'un rêveur, un paresseux. Mon iot, Cest d'être un ignorant complet, — sinon un sot. Eh bien! j'ose "pourtant, l'âme d'orgueil leurrée. Dire mon ignorance, avertie, éclairée, De là, Je ne crains pas d'émettre vis-à-vis Du plus docte système un libre, un leste avis. ■ Je m'érige en voyant, j'exalte et désavoue En estliéticien ; je juge, blâme et loue En Jean Fabricius; d'un aplomb sans pareil. Je ne reconnais pas d'immaculé soleil.

Ctaers frères. Il n'est pas du tout philosophique De dire aux visions que l'œil métaphysique

Contemple à l'Idéal sommet :

« Vains spectres, allez choir au ramas scolastique

Des absurdités que commet

Le Bicétre thëologiquel > Les méditations s'efforçant d'apporter La lumière et l'accord dans les choses réelles; Les cogitations voulant interpréter

Le sens des forces naturelles;

Les spéculations nouvelles

Parlant d'élargir, d'augmenter; Qu'ont-elles de commun avec les vains oracles Avec les décevants mystères et miracles; Avec les dogmes fous, dits articles de foi, i Prétendant se prouver par mille -faux prodiges; Avec mainte légende où le mensonge es't roi ; Avec un attirail d'audacieux prestiges Démontant la nature et semant les vertiges? Lorsqu'on poursuit d'un même hors la loi, Lorsqu'on atteint, d'une même risée. L'hypothèse suhlime et la billevesée, On pose en ergoteur du plus infime aloi.. Où la vei^ogne alors, et le respect de soi f C'est envers la raison se déclarer rebelle, C'est mériter son dédaigneux courroux.

Que d'oser mettre en parallèle Les songes d'or planant au-dessus d'elle, Les contes bleus qui rampent au-dessousl

Nature nous aurait, en formant notre essence, Donné sensation, sentiment, connaissance.

Et le fond de son être, et sa propre entité. Serait indifférence, Insensibilité, Inconscience?... Nous ses enfants, nous les hommes, Sentirions notre vie, et saurions que nous sommes. Et la mère nature, elle, s'ignorerait.

Ne se sentirait pas, ne saurait par qu'elle esti

— •Non.£iien'cn*atinfl«.'ndit Montaite. — 0 génie I Tu douterais au moins sans ta sainte manie.

Quoi donc T à la substance aurait toujours manqué Le plus merveilleux lot qu'elle ait communiqué? D'un bien, qu'ellen'apas,seralent pourvus ses modesl Des atomes, perdus aux basses périodes De l'être, — en ses degrés les plus inférieurs, Au grand tout à ce point seraient supérieurs? Le principe aurait donc, — elle aurait donc, la cause — Quelque chose de moins (et vraiment, quelle cbosei) Lui, que sa conséquence, elle, que son effet? Ainsi, le microcosme, en un sens plus parfait Que l'immense cosmos, — aurait une puissance De plus que celui-ci; laquelle en excellence Effacerait, vaincrait toutes celles qu'il a?

Le fini primerait l'infini jusque-là?

Toutes conclusions bravement affrontées Par nos dogmatiseurs négatifs, — les athées. Ma raison volontiers crierait poussée à bout;

— La partie est alors plus grande que le tout!...

L'Infini! notion positive, — ineffablel C'est incompréhensible — et pourtant concevable.

L'Idée autre a cela de symétrique en sol Que rien ne s'en comprend et rleo ne s'en conçoit. Oh! nier l'inflail c'est presque entrer en lice Contre le raisouDeur le plus dru, La Palisse I Quoil vous admettriez, gausseurs exorbltani?, Uo temps au bout duquel il ne soit pas du t«mps. Vous imagineriez cette autre chose ardue. Une étendue, et puis, autour, point d'étendue? Le moDde en équilibre au milieu du néantî Pas même dans le vldeT Ohl quel astre béant Te pourrait supporter, chimère saugrenue! Dans quel cerveau détruit serais-tu bienvenue? Heinl comment adhérer & cela! Le moyen De concevoir un loul environné de rient

Temps! espacel... Toujours, lorsque notre pensée. Sur ce double courant s'embarque, — elle est lancée. Emportée hors distance, et ne voit nulle part Un seul point d'arrivée, un seul point de départ. Ici, là-haut, là-bas, toujours pauni l'immense Sa course. Incessamment la même, recommence. Descend, monte, va droit, sans jamais aboutir. ... — Phénomène absolu, qu'on ne peut subvenir, L'inânll vision qui nous met en extase! Béallté qui nous attire et nous écrase ! Si Christophe Colomb, navigateur géant.

Découvre un monde au sein du terrestre océan. Dans l'océan des cieux Galilée en dénombre Des quantités sans fin, des essaims hors de nombre. C'est le sable des mers; qui rouie à grains vermeils Dans l'étber et s'y change en autant de soleils.

Or le triple infini du créé, de l'immense, Et du temps— est-ce un être? uneame? une substance? Un principe? Mais non. Cette triplklté

450 POÉSIBS POSTHUMES.

West rien qu'un attribut, une propriété... Propriété normale, attribut harmonique De l'Être univei'sel, de la substance unique. C'est pourquoi Dieu paraît congrilmeut déâuj Eo étant appelé le moi de f tn/înt.

Tout penseur, familier des mondes et des astres.

Bit légitimement, quand nos théologistres

Profèrent, avec faste et domination.

Leur grand mot : l'homme, roi de la création !

Hais le droit de siffler cette mystique bourde,

Est-ce qu'il appartient t l'engeance balourde

Dca cbifreurs néantins, lesquels ne veulent pas

Que la pensée existe autre part qu'ici-bas,

Autre part que cbez t'homme, et qui, des phénomènes,

Refusent &prement de monter aux noumënes?

Si le théâtre vaste, ample, immense, profond.

Qu'on nomme l'univers, n'a pour toile de fond

Que le vide et la nuit, que l'éternelle absence;

S'il ne se connaît pas sous sa magnificence;

Si des êtres d'élite, esprits ou demi-dieux.

Ne peuplent pas les champs de l'éther radieux:

Si les orbes lointains, les sphères — vain spectacle —

D'autres humanités ne sont pas l'habitacle;

Dans le cosmos entier si 16 roseau pensant.

L'homme, est le seul pensant et le seul connaissant;

Si vous croyez cela, tenants dHnihilisme,

Ne raillez plus le mot du vieux théologisme.

Au^i haut que la foi, votre négation

Proclame l'homme roi de la créaiioit!

VELLÉITÉS PUILOSOPaïQUES. 457

Les vrais pré très, les vrais docteurs, les vrais prophètes,

Cestvous, grands écrivains, vouspenseurs, vous poëtesl

H Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer!» Dit Ferney. Noble vers, qu'on ne peut trop vanter. Qui sonne et resplendit en oracle superbe. Et qui très-justement est devenu proverbe. Pourtant, si beau qu'il soit, il faut bien avouer Que Dieu complètement ne saurait s'en louer. Car en6n, cet hommage, en sa ferme insistance. Tout en glorifiant la diviue existence.

Semble subordonner au point d'utilité La question de fait et de réalité.

Dieu n'est pas attesté directement — mais comme Principe indispensable aux mœurs, aux fins del'homme; Comme la sanction du vrai, du beau, du bien; Gomme le démenti du hasard et du rien. Aussi, lorsque de près on regarde, on écoute Ce pompeux témoignage... on y démôle un doute. Déclarer qu'au besoin il faudrait l'inventer. C'est le soumettre au cas de ne point exister.

Pour pendant à ce vers d'Arouet, — j'en découvre Un autre quelque part, non moinsfier, — lequel ouvre . Un jour plus droit sur DIeÛ. C'est chez un écrivain Jadis l'aller ego d'un roi, — de Villemain. Donc, cet habile auteur (l'a-t-il su?) dans sa prose, A presque entièrement fait un vers grandiose, Oue de cette manière, on pourrait ajuster : Si Dieu n'eM pas, qui donc aurait pu l'inventer? Certes, voiiù deux vers jumeaux — quant à la forme, Mais,quantau sens— vraiment, le contrasteest énorme- 3Q

458 POÉSIES POSTBDHES.

Dans le second, plus rien qui soit dubitatif; Son témoignage plein, direct et positif. Mariant les clartés du sage et du proptiète, Prouve Dieu par iul-niême — et l'àme est satisfùte.

Le divin: l'absolul Dieul nous le cherchons tous. Hais nous allons trop loin. Nouscherchons hors de nous Quand il n'est pasailleurs. Hommes, il n'est qu'ea vous. La conscience humaine est d'autant plus divine Qu'elle pénètre Dieu, le pressent, le devine. Le perçoit, le grandit, l'achève, l'illumine... Le créer? l'enserrer? le tenir? le finir? Comme un maître fameux, c'est l'oser définir Non VÉtre Étemel, mais V Éternel Detienir.

L'être est l'être. Il est tout. Tout est lui. Le oéant N'interrompt nulle part le cosmos-océan.

Tout est pleia. Tout se meut. L'esprit et la matière He font qu'un, et cet un, c'est la nature entière- La matière, l'esprit, deux moitiés d'unité; Le passif et l'actif d'une même entité. Il n'est qu'une substance. Elle est Dieu. I.a substaac^ Est virtuelle, et n'a d'eS'ective existence Que dans ses attributs, ses modes réunis. Force infinie écluse en actes infinis 1 Elle est le fond de l'être — et, sous les phénomènes, Elle entretient l'amas des causes, des noumënes. Permanent substratum de l'univers changeant. Elle est le nécessaire, et Jul le contingent. Elle est source de tout, principe des principes,

VELLÉITÉS PHILOSOPHIQCES. 469

Archétype încréé d'où sortent tous les types.

De son seia', deux courants, deux grands fleuves sans bords

D'esprits et de peDsers, de formes et de corps ;

Deux légions sans ftn, deux immenses séries

De faits — de sentiments — d'œuvres — de théories,

Vont s'écoulant, miroirs du verbe originel,

Dans un parallélisme Immutable, éternel.

Panthéisme est venu clore l'antagonisme ■ Des deui rois du mystère : atltéisme et théisme. Thèse, antithèse, et puis synthèse. Du faisceau Esthétique est en trjiln de fabriquer le sceau.

Par ta sensation. Ton connaît le sensible. Grâce à l'intelligence, on a l'intelligible. On va, par la raison, droit au rationnel. L'esprit rend évident l'ordre spirituel.

L'imagination prouve l'imaginable.

Le semblable est conçu, trouvé par le semblable. Enfin, t'est par son moi, son Intime unité. Que l'homme perçoit Dieu, l'un de l'infinité.

Si tu n'absorbais pas, suprême Intelligence,

Toute réalité dans ta pensée Immense;

Si, ne pénétrant pas jusqu'au fond, jusqu'au bout.

Tu ne savais pas tout, tu ne pensais pas tout ;

Si, de l'être une part, échappée h. ta prise,

De toi-même restait inconnue, Incomprise,

Est ce que ce fragment,— sphère,angle, ligne, OU point.

Existerait, serailï Hon, fl ne serait polatî

Hors ridée, on n'est rien. L'existence à l'idée

Est nécessairement, fatalement soudée.

Penser, être pensé, sainte dualité,

Mettant, asseyant l'€tre en pleine vérité!

D'un réel non pensé, d'un idéal qu'on pense.

L'idéal seul possède une vraie existence.

De mondes, de soleils le plus énorme amas

Est, s'il n'est point pensé, comme s'il n'était pas.

Écartons un moment symbole et parabole ^ HUsel prétons l'oreille à Voltaire qui rit. 0 Lorsqu'un docteur, en fièvre de parole, — Fait-Il, — ne sait pas ce qu'il dit; Et que l'auditeur bénévole, Tout ébaubi, tout démonté, ne sait Ce qu'on lui dit, savez-Tous ce que c'est? De la métaphysique, » — Amusante hyperbole! D'une gatté terrible, heureux, vigoureux trait 1 Ce qui n'empêche pas que Voltaire lui-même . Ne visite parfois, dans le domaine abstrait, Le chapitre muet des sphinx du grand problème.

Si Von veut que je prenne un diplôme d'athée. Si l'on veut imposer & mon âme domptée Le dogme négatif du vide et de la nuit. Il faut à ma raison prouver tout ce qui suit.

Donc, le consentement des simples et des sages. Fleuve sans cesse accru qui vient du fond des fkges ;

VELLÉITÉS PHILOSOPHIQUES. Ul

Les voix de la légende et tes pressentiments;

Les systèmes, foyers de puissanU arguments;

Tant de religions, tant de philosophies;

Le témoignage ardent de mille illustres vies ;

DoDC, cette universelle e[ pleine adhésion,

N'est rien que tromperie, erreur, illusion.

Les praires, les docteurs, les temples, les écoles.

Les savantes leçons, les mystiques symboles.

Sous leur grandeur, leur force et leur autorité,

N'ont pas un germe, une ombre, un point de vérité.

L'ignorance, la peur, la folie et les songes.

Seuls ont fait le succès de leurs divins mensonges.

L'ordre de l'univers, qui semble harmonieux;

Le magnifique aspect des mondes et des deux ;

Les trois règnes vivants qu'étale notre glotie;

I,e grand arcHne igné que son centre dérobe;

Ce que le géologue a trouvé sous le sol.

Et ce que l'astronome a perçu dans son vol.

Ne parlent nullement d'un principe suprême.

Tout provient du liasard, qui s'ignore lui-même.

Tout se crée à l'aveugle. Il n'est rien de causal.

Tout est matériel, fini, phénoménal.

La notion des faits, la loi du variable,

N'Implique pas du tout celle de l'immuable.

Le relatif en rien n'atteste l'absolu.

L'inSni du fini ne peut être conclu.

De ce que l'examen, l'analyse chimique,

Décomposant ces blocs de matière cosmique

Échappés aux hauteurs des firmaments profonds

Et tombés à nos yeux dans nos champs, sur nos monts,

A paru démontrer que les autres planètes

Des mêmes éléments que la nôtre sont faites;

De ce qu'au télescope, avisant les rapports

De notre orbe terrestre et des célestes corps.

Ki POÉSIES POSTHDHES.

Mous avoDS découvert, sur les sphères prochaines.

Des mers, des contioents, des montagnes, des plaines,

Il est fou d'inférer que des êtres pensants,

Analogues de l'homme, ou plus ou moins puissants, .

Surchaquemonde,ou bien sur quelques-uns desmoades, \

Existent, répandus en peuplades fécondes. |

Une autre idée encor plus digne de mépris j

Est celle qui voudrait peupler l'éther d'esprits ; |

Tandis que l'étendue est sans ime, — et qu'en somme

Dans l'univers entier rien ne pen^e que l'homme.

La morale avec l'homme est née,- — elle n'est pas

Hors de l'humanité; ni là-haut, qi là-bas.

Elle ne sera plus après l'espèce humaine.

Droit, devoir, équité, n'ont point d'autre domaine

Que notre conscience et notre entendement.

Ils ne sauraient ailleurs être réellement.

Ces vocables fameux de justice étemelle.

De principe absolu, de vie unioerseile.

De grand tout, d'infini, d'incréé, d'idéal.

Ne sont que Jargon creux, patois transceodantal.

Partage extravagant d'ermites en délire ;

HystiGcatioD des jongleurs de la lyre;

« Des mots, des mots, des mots ! » — comme dit monseigneur

Le prince Hamlet, raillant un cockney d'Elseneur,

Ballons frêles, gonflés d'absurde enthousiasme,

Que crève en les frisant l'épingle du sarcasme...

Non prévaut à jamais sur oui. Tout marque bien

Que l'exergue qui sied à l'inconnu, c'est ri>n.

Je le répète ; si l'on veut que l'athéisme A mol s'impose en dogme, en foi de catéchisme. Chacune — tout autapt — de ce^ négations. Il faut me la couvrir de démonstrfttions.

Ici, des néantins la digne confrérie.

Assez pertinemment, je l'avouerai, me crie :

VSLLËITËS PHILOSOPHIQUES. 463

■ Les affirmations contraires, pouvez-vous Nous les justifier, nous les prouver à nousï > Mes maîtres, en effet, la chose est diOldle I A moins d'être doué d'une raison docile, .On risque de trouver Talbles, peu convaincants, Les arguments divers, d'ailleurs très-éloquents. Dont Clarke, Fénelon, Rousseau, même Voltaire, S'efforcent d'étayer le oui du grand mystère. Veuillez à rotre tour confesser que le no», Dans messer Lamettrie et d'Holbach et Natgeon Et le berger Sylvain, grands hommes qui sont vAtres, N'a pas précisément d'infaillibles apCitres. Le Que sais-jef ^de mieux ses docteurs :11 appert Que Bayle, Helvélius, Diderot, d'Alembert, Ont doublé leur puissance en devenant ses prêtres. Visitons son église. 1] y fait bon, mes maitresl Contre et pour l'absolu, cessons de nous armer, Gardons de trop nier et de trop affirmer... Et ne prétendons pas faire d'une bypothëse Un dogme au pied duquel il faille qu'on se taise. L'hypothèse du oui, l'hypothèse du noît, Voyons- les dos à dos par-devant la Raison.

SONNET

Quand on marche égaré sous nne nuit profonde, A travers bois et monts, sans pouvoir en sortir; Dans la nuit de l'esprit, quand l'àn.e vagabonde De dédale en dédale erre sans aboutir;

On souhaite ardemment que, d'un ciel lourd qui gronde Descende un large éclair qui, daignant s'alentlr,

Permette que ootre œil, qui partout plonge et sonde, D'un bout d'itinéraire ait l'heur de se nantir.

' L'éclair flamboie immense, et la contrée entière Vous assaille la vue, arbres, plaine, onde et cieui. On veut regarder. Mais la fugace lumière

Meurt. On n'a rien pu voinayanttoutdanslesyeui- Et le choc aveuglant de ces rayons funèbres Tous rend encor plus noir le reflux des ténèbres.

Or, le doute, sultan de la libre pensée, Rfive, — et trace à rebours une cosmodicée. — Des phénomènes? — C'est ce qu'il semble, et je croîs Voir entre eux des rapports formant comme des lois. .— Et la loi de ces lois, leur raison, leur principe?

— Çâ, montez i la tour des chercheurs d'archétype.

— L'immensité, le temps sans bornes, l'infiniî

— Les raisonneurs corrects disent l'Indéfini.

— Le mouvement, la force 7 — Agents que l'on Ignore.

— Esprit, matière, qu'est-ce?— On ne le sait encore.— Quelque chose de l'homme, au delà du tombeau, Surgit-Il ?— Dans cette ombre, on manque de flambeau. — Des causes et des fins, en est-il7— Qu'on en trouve.— Hais rame universelle? — Allons, qu'elle se prouve!

— Ah! j'entends. Point de Dieu. —Je ne dis pas cela. Seulement, la plus grave antinomie est là. —

Vive alors l'athéisme ! ~ Eh ! non, son dogmatisme M'est bon que quand il faut rabrouer le théisme. Hais, en fait de néant, tous deux se valent bien. Rien pour prouver le loul : rien pour prouver le rien.

Au fond d'une officine, ua scalpel à la malo, Deux hommes sont penchés sur un cadavre humain. C'est le crâne surtout, le cervpau qu'ils explorent, Cherchant ce qu'à jamais les plus doctes ignorent. L'un, plein d'enthousiasme, a des clartés au front. Il est vAtre, A Jean-Jacque, A Lelbnitz, A Platon!... Sur la bouche de l'autre, un pli nous fait connaître Que monsieur le baron d'Holbach est son grand maître. Or, Il se dresse et dit à son confrère : ■ Eh bieni Nousavons tout scruté. Qu'avons-nous trouvé? Ilien. h Mais celui-ci, très-loin d'abdiquer la partie : aSiDousne trouvonsrien, c'est que l'àme est partie...» L'autre à plaisir ricane, et rétorquant cela : Il Si nous ne trouvons rien, c'est que rien n'était lu. n

Le premier est quasi burlesque dans sa glose : a Je ne trouve rien : donc, H y a quelque chose! » C'est au vrai ce qu'il dit. Soit. Hais chez le second , Se montre une fureur dernier qui confond, u Je ne trouve rien : donc, il n'y a rien. » J'estime Cette âpre conséquence assez peu légitime. Rien n'est trouvé,., fort bien. Mais il reste à prouver Que rien ne se soustrait, que rien n'est à trouver. Un troisième docteur qu'on nomme le sceptique, Du hautain nihiliste et de l'ardent mystique Interrompt le conteste, et dit, tranchant le mot : <c Le mystique est un fou, le nihiliste est sotl >

Tout vol versl'Inconnu, quoll vous le réprouvez? Pour vous, rien au delà des faits constants, prouvésî Arrogants négateurs, bornez-vous donc à dire Que notre entendement ne saurait, sans délire, Admettre une hypothèse où l'on verrait d'abord

4M l'OÉSIES POSIHUMES.

La moindre hostilité, l'ombre d'un désaccord Avec les grandes lois dûment déterminées Par la science, — avec le cbilTre et ses données! Nul penseur là-dessus ne contestera. Mais Prétendre que l'esprit de i'bomme désormais Doit repousser, bannir toute hypotbëse, — même Celles qui s'ofTrlraient ayaot le don suprême D'extraire du réel un logique idéal Et du matériel un plausible moral; D'être, dans les éthers et dans les empirêes. Gomme un prolongement des choses démontrées; En un mot, présentant pour triple caution. L'accord, Tanalogie avec l'induction!

Cest Imiter l'a! lier despotisme des prêtres. Oui vont nous répétant :— «Sur l'être et sur les êtres; Sur la lumière et les ténèbres; sur le plein ■ Et sur le vide; sur hier et sur demain; Sur le désordre et sur l'ordçe ; sur l'apparence Et la réalité; sur la forme et l'essence ; Sur l'infininient bas, sur l'inAniment haut; Sur le bien qui Taiblit et le mal qui prévaut; Sur ce qui tour à tour condamne et justifie; Sur le tout et le rien; sur la mort et la via; Dieu ne nous permet pas d'autres solutions Que celie de la foi, que nos traditlonsi n Oui, vous faites comme eux, quand sur tous ces problëines Vous n'accordez le droit de parler qu'à vous-mêmes. Quand vous nous Intimez d'embrasser comme vous Les dogmes du néant, cet autre dieu jaïouitl... rroh! pudor! la science à la théologie Se joindre pour le dam de la philosophie 1 Et messieurs les chifTreurs disputer aux prélats L'ignoble et sot métier de faire des castratsi D'un aphorisme plat votre orgueil nous assomme:

. VELLËITËS PHILOSOPHIQUES. WT

Ce fju'it ne peut connailre vtl inulile à l'homme. Vous ajoutez, sifflant l'infini, l'absolu: « Rien que le nécessaire, et Toin du superflu I a Souffrez que l'on s'en tieunë à l'avis de Voltaire; « Le superflu, dit-il, chose trës~nécessalre ! '

Il serait inutile à l'iiomnie, là, vraiment, D'ëpeler un verset du pourquoi, du comment? De se sentir venir assez d'ailes à l'âme Pour aller dans les hauts dérober quelque flamme? Inutile de voir Yinvisible f d'avoir Commerce avec les dieux, s'il en estî de savoir SI le bien, si le beau lie sont rien que parcelle.'. Ou doivent être dits forces universelles ?...

J'entends., Vous déclarez, bouISs d'autorité, Que chercher l'introuvable est pure insanité ; Qu'à marcher sur les pas des spectres du mystère, Le pied le plus vaillant risque de perdre terre ; Que, lorsque notre esprit se livre à l'idéal, Kotre sens du réel se déTalt, tourne à mal ; Que le plus fort penseur ne peut pas longtemps vivra Dans la peau d'un songeur qui d'opium s'enivre; Que prétendre embarquer folie avec raison. C'est vouloir un nauTrage au plus proche horizon... Parbleu, vous qui frappez l'absolu d'anathème, Vous en tenez ! témoin l'outrance de ce thème. Vous touchez un point vrai; mais vous l'enflez si fort Que le vrai son contraire est supprimé d'abord. Vous flattant, dépourvus de toute prud'homie. De dérégler le sphinx des sphinx, l'autinomiel

Ils cherchaient cependant l'introuvable, lesforU Qui nous ont, nonobstant leurs transcendants écarts, Menés par l'alchlmle aux vérités chimiques. Et par l'astrologie aux lois astrunomiques.

Dans ses enseignements, le maitre de Platon,

Ouaad il se croit l'écho d'un sublime démOD,

Profcsse-t-il moios bten7 Parlez, engeaDce iogratel

Socrate chimérique en est-il moins Socrate?

Et le Nazaréen, rêveur si spacieux,

SI grand, qu'il s'imagine avoir un père aux cieux.

Contre l'iniquité s'en trouve-t-il moins brave,

Et moins sensible aux maux du faible et de l'esclaveT

Et sainte Jeanne d'Arc, laquelle mémement

Prend les voix de son cœur pour voix du llrmameDt,

Guérit-elle à demi la publique souffranceî

Est-ce en rêve, ô docteurs, qu'elle sauve la France?

Et lorsque s'enivrait notre Convention

D'un immense idéal de rénovatiDu,

Lorsqu'elle élaborait pour toutes les patries

Sur le souverain bien ses grandes théories.

Lorsqu'elle se flattait de pouvoir — orgueil fou —

Régénérer la terre entière d'un seul coup.

Manquait-elle de joindre à l'audace utopique

L'audace du r^l, et d'un réel épique î

Et ses Titans vaincus, sus demi-dieux défaits.

Sous ont-ils pas légué d'indestructibles faits?

Hier, quand l'Amérique, avec itne furie Chez le Nord trois fols sainte et chez le Sud impie, Dans sa guerre civile aux monstrueux combats Traitait la question d'être ou de n'être pas; Quand l'auguste Union, république modèle. Semblait être à son dogme, & son titre infidèle; SI, de par un déisme exact, oSIciel, Le Nord Instituait des prières au ciel. Est-ce qu'en réclamant l'aide d'un Dieu suprême Il était oublieux de l'aide de soi-même? Est-ce que l'action mollissait dans ses malnsî Négligeait-il un seul des errements humains? Ceesait-il un memeat, l'&me débilitée,

VELLËITËS PHILOSOPHIQUES. 469

De toucher, de fouler la terre en fils d'Antée?

Certe, Il eût mieux valu que son drapeau portât.

Au lieu du p&le sceau d'un déisme d'État,

Cet exergue de feu : Morale indépendante;

Progrès que demain garde à sa sagesse ardente!

Mais, s'il faut qu'il adapte. à son œuvre profond

Ce complément de forme, il tient tout quant au fond ;

Maia — l'esclavage mort — nul virus despotique

Ne peut plus tourmenter son sang démocratique;

Mais nous venons de voir ses plus lieureux soldats -

Remplir, en chevaliers, leurs civiques mandats ;

Mais voilà qu'une grande expérience est faite!

A la confusion de plus d'un faux prophète.

Une démocratie, où le pouvoir central

Ne se meut qu'à travers un réseau fédéral,

Vient de sortir — plus stable encore,— exemple au monde.

D'une Immense tempête, horrible', sans seconde.

Laquelle eût fait sombrer, dans l'infernal pourpris,

La monarchique Europe éclatée en dôfcris !

Idéal ! Idéal 1 lorsque de te poursuivre, Vinci, Michel, Sanzio, revenaient le cœur ivre, — Et Giorgione et Corrège, — est-ce que, de ton ciel. Ils nous redescendaient Impuissants au réel? Et mille autres encor, peintres et statuaires. Se sont-ils énervés dans tes hauts sanctuaires? Quand à notre niveau nous les avons revus. De ta flamme qui crée étaient-ils moins pourvus? Ne rapportaient-ils paa, dea zones impossibles. Le don de pouvoir plus, d'être plus Invincibles? Ne dégageaient- Ils pas, de leur humanité. Plus d'âme, plus de feu, plus de divinité 7

Poètes d'outre-Hhin, bardes de Gormanie, Borniez-vous votre gloire aux assauts d'harmonie. Quand votre luth de bronze allait de rang en rang

«:i> POÉSIES POSTUOHES.

Vouer aui dieux d'en bas notre commun tyran î Non. Vrais preux, noo.L'épée à vos flancs était ceinte; Sa lame étincelait dans votre dextre sainte; A la mêlée immense on vous voyait courir. Vous saviez triompher, délivrer et mourir. L'Europe, suscitant l'archange Représaille, Par vous des nations gagnait l'ample bataille. Ni vainqueurs, ni vaincus. Le carnage était pur. Ouvrant l'accord final et le progrès futur.

Vraiment, c'est parler d'or, braves idéalistes. Bons platoniciens, chers spiritualistes, Que de vous constater agisseurs, créateurs! Oui, voyants, oui, rêveurs, songeurs, contemplateurs! Quand vous avez brisé l'enveloppe du rêve. Lorsque dans l'action votre destin s'achève. Vous devenez les chefs des meilleurs, des plus grands. Vous vous manifestez par des bienfaits flagrants. Vous êtes les ^rtus, vous êtes les génies. Vous illuminez tout, 6 sagesses bénies 1 Vous êtes les élans, les inspirations, A qui doit l'Équité ses résurrections.

0 régénérateurs, qu'importe si ces flammes Viennent directement du foyer de vos âmes. Ou, comme le prétend votre modeste orgueil. Partent de l'Infini, votre éternel écueJl ? Nul n'en peut rien savoir, ni sophiste, ni prêtre. C'est de Vincognoscible, — à tout jamais peut-être. Qu'importe si la Muse est là, — vous tenant lieu D'Olympe, de divin, de miracle, de Dieu ï Qu'elle réside en vous, hors de vous, qu'on suppose . Tantôt qu'elle est effet et tantôt qu'elle esC cause f Le point c'est qu'elle daigne armer de grands flambeaux La main des purs, flambeaux toujours plus clairs, plus iieiiO,

Signalant du parfait l'iaénarrable rive.

Dont chaque siècle approche, où pas uq seul n'arrive . .

« 11 importe avant tout, — dit le camp néantln. Dit le monde chiffreur d'un ton rogue et hautain, Ainsi que le gaster, d'avoir le cerveau libre. De chercher, de trouver, de garder l'équilibre, Et de ne pas tomber en admiration Devant des falta, des cas d'hallucination. >

Bien. Je vois. Il est clair, trop clair que tout lyrisme* Que tout enthousiasme et que tout héroïsme Vous gène. On peut jurer que, personnellement, Vous vous sentez blessés de tout grand sentiment; Qu'un vaste cœur vous est l'injure la plus forte... Holàl TOUS ricanez? Ma fol, l'ire m'emporte !■ . . Je prends, j'ouvre Molière, et ce vers dévorant: Un sot iavant est sot plus qu'un sol ignorant! Je le lâche sur vous, prêtres-renards sans queuel Savantasses, fleurant le neutre d'une lieue I

Un auteur de nos jours, à bon droit fort loué, Penseur et prosateur excellemment doué, A la fin d'un article où sa brillante plume Nous entretient du grand Spinosa, — se résume Dans la comparaison qui suit, — belle à tel point Que mes vers imparfaits ne la terniront point : « Or, la Philosophie est un parc admirable, Dédallen, qu'entoure un mur infranchissable. Des sentiers très-divers sont tracés là. Les uns, Bigides, sans détours et sans retours aucuns. S'en vont tout droit au mur. D'autres, moins Indexlbles, Serpentent quelque peu sous des chênes paisibles. Mais au bout, que voit-on 7 Le mur. D'autres enfin. Prodiguant plis, replis, courbes, circuits sans fin, En des sites nombreux nous mènent, nous ramènent.

Longtemps par monts, psr vaui, par forêts, nous prontènait,

Si bien que l'on se leurre et que l'oa se croit sûr

D'éviter le mur... oui, l'InéfitAble mur.

Certe on va le tourner. Tout à coup, — ô détresse:

A l'angle d'un chemin, le voilà qui se dresse! •

Ce symbole me duit. Je veux en arguer; Et ce dessein m'oblige à le continuer.

Donc, c'est partout le mur. Toute voie entreprise Pour le faire esquiver, te rencontre, — et s'y brise, Qu'arrive-t-il alors ? On nous dit, n'est-ce pas. Que le chercheur déçu, voyant qu'il perd ses pas. N'a plus qu'à renoncer, et que, s'il est lucide, A déserter le mur il fuut qu'il se décide 7 Le fait-ilT non, Il reste au pied, — s'asseoit devant, — S'obstine là, — songeant, imaginant, rêvant; Contemplant, fasciné, l'ampleur horizontale. L'excessive hauteur de la paroi fatale ; Toujours la regardant, comme si son regard I

La pouvait à la un trouer de part en part; |

Subjugué, possédé par le charme Indicible Et de t'inlranchissable et de l'inaccessible ; Conjecturant d'après le connu, len-deçà.

Comment peut être fait l'inconnu, l'au-delà; I

Et, l'àme invulnérable au rire, à l'anathëme. Produisant, défaisant, refaisant maint système.. . Lesquelsmisbout à bout ne sauraient,— c'est piliél— '

De la hauteur du mur atteindre la moitié.

Parfois, quelque savant vient lui dire à l'oreille: I Mais tu tournes le dos à plu^ d'une merveille. Pendant que ton esprit, dans le vague et l'obscur. Cherche à se figurer les choses d'outre-mur. Dans la réalité, d'opulents sillons s'ouvrent; Des forces, des splendeurs, des trésors s'y découvrent. Ce pays vert, ces bois, ces prés, ces monts, ces vaut,

VELLÉITÉS PHILOSOPUIQUES. 473

Ces pampres et ces blés que tu trouvais si beaux, Ils le sont plus eacor. Va les revoir. Oublie Aux moissons du Réel, ta stérile folie, s

Il écoute, ei se lève. . . et rentre volontiers En plein parc, se rengage aux plantureux sentiers; Frise, étudie un temps tes trouvailles fécondes, Les transformations splendides et profondes : Arbres, plaats nouveaux , fleurs nouvelles, nouveaux fruits; Mais, du monde effectif ces dons et ces produits, Ce n'est pas pour l'amour du réel qu'il les fête. Non. C'est pour mieux servir son idéale enquête. 11 croit puiser en eux de divins rudiments. Des inspirations, des renouvellements.

Il revient se rasseoir au pied de la muraille, Peu troublé d'y fouler, tant son feu le travaille, unie songes éteints, détritus à la Job... Et, de plus belle, il rêve échelles de Jacob, Chars éthéréens, nefs de pourpre et d'étincelles, Ailes d'esprit surtout.,. «Oui, des ailes, des ailes!... » Dit notre historien-poëte avec transport : Des ailes pour plonger outre vie, outre mort I...

Eh bien, si tu pouvais, par fortune imprévue, Monter jusques au haut de ce mur, — si ta vue, De là, fouillant partout, tu ne découvrais rien. Bien qu'une immense mer de ténèbres, — eh bien. S'il te poussait alors des ailes, -~ ta vaillance, La retrouverais-tu vierge de défaillance ? Ton vol prémédité naltrait-il seulement?

Oui I mon vol dans cette ombre irait ëperddmentl... Il en dévorerait les milieux, les espaces, Les hautes profondeurs et les profondeurs basses I Les orbes décevants, les pans démesurés, Les spirales mêlant, confondant leurs degrés;

La masse tour & tour opaque et diaphane; Les tourbillons marias et la houle océane I Tout vibrant du souci fougueux, vertigineux De rencontrer enAn quelque éden lumineux. Qui laisse pendre et luire aux arbres de ses grèves Des fruits de gloire et d'heur assouvissant tous raves! ,.

Alternance de doute et de songe 1... 0 raison ! Ojour zodiacal! O nocturne horizon! — Sur l'être, le peut-Stre, et le néant, qu'importe Que ce soit tel ou tel sentiment qui l'emporte; Qu'au lieu du désiré, ce soit le redouté, SI l'on est sûr qu'on tient enfin la vérité? rotr wai ,' trésor caché payant tout ce qu'on souffre! Fleur de lumière êclose au plus noir fond du gouQ^e!...

Par son grand argument, — le triomphe du mal. Que l'athéisme est fort, concluant, doctrinal! Est-ce bien décisif? Est-il donc impossible. S'il est un Dieu, — qu'il soit malfaisant, inflexible? A-t-on prouvé jamais que suprême bonté Soit de l'Être suprême une nécessité?

Eh bien ! si le pouvoir du mal qui règne Immense, Sévit, doublé d'une ftme et d'une Intelligence, Cest cent fols plus affreux que, si, vide d'un moi, 11 n'était qu'une aveugle, une insensible loi. Et l'athéisme alors (ineffable ironie ! ) Devient une doctrine attrayante et bénie... Et le vrai Rédempteur, désormaiSi, c'est la mort; L'Éden à convoiter, c'est le neutre où l'on dort.

Qu'est-ce? Vu bref apologue. Il est là qui m'obsède. 11 ricane. Il m'excite à le rimer. Je cède. Un jour, certain dervia rencontre au coin d'un bois Uea marmots se battant pour quelques tas de noix. « Enfants, dit-Il, vos paris, je puis les faire comme Dieu même les ferait. Voulez-vous! ~ Oui, sainlljommel Oull dit la l)ande. « ^lors, il donne, bel et bien, Tout au plus petit nombre, — auplusgrandnombre.....rIen.

A Toirceglobeoù tout s'altère, et se dérange. Cirque où l'on s'entre-tire, arche où l'on s' entre -m ange, Où se gaudit l'absurde, où florit l'Inégal, Ah! que je le comprends, ce roi de Portugal, Qui s'écriait : t Si Dieu, quand il créa le monde, He tirant tout à coup de mon ombre profonde. Dans son laboratoire un instant m'eût admis, J'aurais pu lut donner, certes, de bons avis. »

Un grand fait se remarque aux destins des empires ; Celui-ci : que les plus longs règnes sont les pires. Alors cet univers est à jamais maudit.

Son monarque ayant nom l'Ëternel, — tout est dit.

C'est la nuit. Dans mes mains ma tête se fait sombre. Et je regarde en moi mon pâle esprit qui sombre.

L'absolu I l'absolul... n'ai-je pas souvenir D'ua vers déterminé qui prétend le tenir?

410 POÉSIES POSTUUHkS.

Je ne sais; mais, ce soir, ma muse est peu pressée De crier : Tabsolu, Trëres, c'est la pensée I Les deux critériums grâce auxquels nous restoDS Certains que nous pensons, certains que nous sentons, Comment s'appelleat-ilsï le douie et la souffrance. Je souffre, donc je lens. Je doute, donc je pense. Ainsi, les seules clefs qui nous puissent ouvrir L'huis du grand inconnu, c'est douter, c'est souffrir. Pour notre ûme qui cherche, ivre d'inquiétude. Voilà donc les meilleurs agents decertitudel Alors — oui, c'est fatal — de toute éternité. Quelque chose a souficrt, quelque chose a douté. Logique, allons, tais-toi. Ta flëvre me déroute. NoD, l'ahsolu n'est pas la souffrance et le doute.

De ia terre assoupie et du ciel étoile L'harmonieuse paix m'a souvent consolé.

Ouvrons cette fenêtre. Aspirons l'air nocturne. Les bois dorment; le ciel est pur et taciturne. Oui, taciturne. Eh bien, est-ce fait pour calmerT Hou. Je sens mes esprits sourdement s'alarmer. Que Pascal a raison quand il dit, triste et morne : Le silence éternel des espaces sans borne Est effrayant. — Jadis, Pythagore entendait (0 légende I) un murmure, un bruit qui descendait De l'éther ; il disait que c'était l'harmonie Des sphères poursuivant leur carrière infinie. Hélasl depuis son temps, nombre de gens de bien Ont écouté beaucoup, mais n'ont entendu rien.

Ce qui glace encor plus que l'éternel silence. C'est l'éternelle nuit, la nuit en permanence. Tout est nuit. Les soleils ne nous servent qu'4 voir Que partout, dans l'immense étendue, — Il fait Doir. Le jour? pur accident sur certaines planètes.

De quelque astre de Teu voisines et sujettes. La lumière n'est pas. Il n' existe — voyez 1 — Que des points de lumière aux ténèbres noyés. Et ces points lumineux que l'inflnl dédaigne, 11 faut trembler qu'un vent souffle qui les éteigne. Tout est nuit. La rigueur de ce fait me poursuit. O terreurl L'absolu, c'est peut-être la nultl...

Peut-être aussi le mal. Dans le monde psychique. De même que la nuit dans l'univers pliysique, Le mal règne, immanent, essentiel; le mal Est la règle, le fond, la loi, l'état normal. Comme lé^ astres d'or, parsemant les ténèbres, Les rendent d'autant plus sinisti'es et funèbres. Les fleurs du bien, perçant rares — l'immensité Des steppes de souffrance et de perversité, En montrent d'autant mieux l'horreur impitoyable. Allons, je te subis, conséquence effroyable! Dans l'ordre naturel et dans l'ordre moral, L'absolu, c'est la nuit, — l'absolu, c'est le mal.

Quand j'abordais, jeune homme, avec un sombre zèle La question de vie ou de mort éternelle. De la mort, du néant mon cœur épouvanté A tout prix réclamait une immortalité.

Cesser d'être à jamais me semblait plus terrible Que toujours exister dans quelque sphère horrible. Alors Je n'avais pas encore assez souffert Pour savoir préférer le néant à l'enfer. J'ai vécu. Sort d'esclave, espérances dupées. Lâchetés, vils dédains, chères âmes frappées. L'homme infâme aux honneurs, l'homme juste aux mépris, Tout cela m'a changé. Maintenant, j'ai compris. Aussi je cède, Imbu d'affaissement farouche.

En un coin, comme un chien fl^elté. Je me couche... Et je dis dans mon cœur, dans ma cbalr, dans mes os : Quoi de plus savoureux qu'un éternel reposl...

Ahl vieil homme! Ah! pauvre homme 1 En vaintu veuxt'abstnil

Des ennuis qu'à tes jours versa maint dieu contraire.

En vain tu crois pouvoir assez en triompher

Pour contempler à l'aise et pour philosopher.

Ton calme leur déplatt. Sans vergogne, ils le brusquent.

Hoir essaim, les voilà sur tes yeux, qu'ils offusquent.

Ils te troublent l'oreille... et tu ne perçois plus

Qu'à travers leur chaos plein de r&les confus.

Quoll mËme encor, tu vas, tu marches, tu regardes!

Moitié sourd, presque aveugle, ainsi tu te hasardes?

L'abîme est là pourtant. La vague vient toucher^

— Mugissante — ton pied qui commence à broncher.

De reculer enfin, rêveur, qu'il te soucie!

Pour marcher sur les Sots, tu n'es pas un messie.

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