PROLOGUE
Naguère, au cabinet de lecture — un grand livre S*offtit à moi. Je lus, Bientôt je fus comme ivre. C'était le livre dit : Paroles d'un croyant. J'en dévorai d'un coup le texte flamboyant. Puis, je sortis; — J'avais besoin d'air. Ma pensée Admirait avec peur. J'avais l'&me oppressée. • — Qtioi!dIsais-je— en notre Sgeencor, rautlquefol ' « Aurait un tel génie, un si grand cœnr pour sol I a Est-ce croyableî... Mais, st l'Église de Rome ' " Veut gravir la hauteur que lui montre cet homme, « Elle va retrouver son règne d'autrefois;
■ Nous, penseurs, nous allons retomber sous ses lois;
■ Nos drapeaux vont passer de nos mains dans les siennes
■ Et flotter désormais sur les cimes chrétiennes.
■ Eh I qu'importe après tout, si, mieux que la raison, « L'auréole du Christ éclaire l'horizon I
■ Et si, plus promptement que la sagesse humaine,
tu POÉSIES POSTHOMBS.
■ Aux Édeos du progrès l'Ëvangile nous mëaet...
c Allons, je rave... Au sang de sidéral flambeau
I J'élève un météore. Oui, mais comme II est beau I »
Taudis qu'ainsi mon Ame et s'étonne et contemple. Le soir vient et nie trouve errant non loin d'un temple- Par l'Immense vitrail, par le porche entr'ouvert. De grands jets lumineux, des lambeaux de concert. N'arrivent célestins dans ma profane voie. ' Ces rayoDS, ces accords, que le saint lieu m'envole. Ainsi qu'une magie en mon cœur se glissant. M'imprègnent malgré mol d'un trouble amollj^ant. Mes pieux souvenirs d'enfance catholique M'abordent tour à tour, dabs leur grâce angêllque. Je me revois faisant, bambino solennel, Ha petite prière au giron maternel; Puis, couvant tout un jour,.de mes grands yeux candides. Quelque dévot recueil aux images splendides ; Et puis, me gaudissant devers les reposoirs Aux belles fôtes-Dieu, parmi les encensoirs. Les corbeilles de fleurs, les chants, les croix, les cierges. Les blancs surplis des clercs, les bannières des vierges. Épris de ce concours touchant, prestigieux, Qui pour Diderot même était contagieux.
Je retrouve mon temps de zélé néophyte. Ce temps où j'honorais tout prêtre et tout lévite. Mes premiers tremblements dans la confession. Et ma première extase à la communion.
Et je traîne au logis cette foule confuse De fantômes — lesquels font si bien — que ma Muse Finit par s'émouvoir et par intervenir.
Lasse de regarder mon nocturne avenir, A ces reflets d'aurore elle sourit moins sombre. L'alexandrin a' éveille — et le rhythme — et le nombre. La lyre enfin résonne... et, cette même nuit
J'ébaache, ardent rimeur, le poSme qnl suit:
0 vieux Faust, si l'appel de la cloche pascale, Écartant de ta lèvre une fiole iofernale, A pu mettre en ton cœur, d'athéisme endurci,' Dne rémlaiscence émue — un doux souci Des longs recueillements que jadis, pure et blanche. Ton enfance à l'église éprouvait le dimanche; SI ton aube, noyée en ton passé profond, A pu de aa lueur atteindre encor ton front; Est-11 donc surprenant qu'un grand livre au saint verbe ITalt troublé, mol penseur jeune autant que aupcrbe; Et que, du sanctuaire un soufile, une rumeur, Venant dans mon chemin, m'ait laissé tout rêveur Est-il exorbitant que moi, plein de Jeunesse, Je sols pris d'une tendre et lyrique faiblesse Pour les illusions de mon ciel enfantin? Mon midi n'est-U pas tout près de mon matinï