‹ Poésies posthumesChapitre 28 sur 125 · PORTRAIT ROMANESQUE · texte numérisé non relu

PORTRAIT ROMANESQUE

Qa6 je t'ose doaner pour le complet symbole

De l'être d'an poëte, homme fier, brave enrant.

Tu me trouves le ton bien riche et triomphant;

liais vraiment, des aspects de sa double nature.

Je ne pouvais tracer plus fidèle peinture.

Celui dont je te parle o^^ dans ses dehors

L'impassibilité du Commandeur de pierre.

Bien d'urbain ne reluit sous sa creuse paupière.

Ses gestes, son maintien, ses membres, tout son corps,

Paraissent négliger, dédaigner (^'ëtre accorts.

Hais, souB ce domino farouche, hétéroclite,

II cache le parfum, la grAce, la beauté

D'un pur enthousiasme et d'une ardeur d'élite,

D*un paradis d'extase et d'Idéalité.

Toujours, à i'œit du monde, à sou soufde qui tue,

11 prend soin de fermer avec un roc brutal

L'abord de sa pensée, éden oriental.

Il ne montre aux bourgeois que des mœurs de statue.

Son &preté les raille et ne leur daigne point

Déboutonner un seul des crans de son pourpoint.

Ce n'est qu'aux fiers amants de l'idéale sphère,

Aux élus de la muse et de la passion.

Que de son beau jardin de contemplation

Il permet d'aborder la mystique atmosphère.

Voyez-le, mon poëte, assis, plein de langueur, Sous l'entrelacement d'une ramure opaque. Son front, qui vers le sol se courbe élégiaqne, Mous dit que sa pensée analyse son cœur. Un camée (un portraitT), des tablettes ouvertes Gisent ft ses côtés parmi les mousses vertes. Toulei-vous, avec mol, lire les vers qu'il vient

17e POÉSIES POSTHUMES.

De tracer sur la page où son crayoD repose T Peut-être de sou cœur sauroos-aous quelqoe chose. Sonnet.., C'est un towiel. Lisons. Nou» verront bien.

« De niA fidélité lorsque le jeûne austère

■ Se voit récompensé par son embrasse oient,

« Lorsque mon chaste cœur, s&ns qli'il se désaltère, * Boit de ses longs baisers le saint enivrement;

<c Toujours je vous défie, û femmes de la terre, € De romen ter jamais pareil embrasement.

■ Qu'est-ce que votre amourT Un sensuel mystère. « Son amour, c'est un feu né dans le firmament.

■ Oui, c'est le feu du cîel. — Oui, tu t'es élancée t Au delta flamboyant du pourpris étemel !

■ Et là, les deux ardeurs, — ton sang et ta pensée-'

■ (Dieu les encourageant d'un souris paternel ) a Se sont assimilé le plus pur de la flamme

d Dont le Grand-Tout compose et nourrit sa grande &mel •

IDYLLB PANTHÈISTIQUiB

Elle et lui cheminaient, Tun à l'autre enlacés, Par une balsamique et tiède promenade, . Écoutant <ie8 oiseaux la vive sérénade.

Et du soir qal venait les soupirs cadesc^. — Un chien monumental, laau de Terre-Neuve, Leur tenait lieu de page et de cavalcadour. — Ils se plurent longtemps & câtoyer un fleuve Dont mille verts buissons rehaussaient le contour. Leurs yeux chargés de rêve, épris de solitude, En admirant le clair et mobile trésor De l'eau qui souriait avec mansuétude.

Avisèrent u^e Ile — admirable décor.

Tout feuillage, herbe et fleurs— corbeille sérapbique — Où le soleil couchant, satrape magnifique, Faisait splendidement ruisseler tout son or.

Dne Ile!... Ouvre ton &me, 6-po6te! — Les lies

Furent de l'idéal en tous temps les asiles.

Dans l'océan païen je vois briller Délos

Et sur les flots chrétiens je vols régner Pathmos.

Cne lie d'aloês, de myrtes et de baume

De la blonde Vénus était le doux royaume.

Dne autre lie, aussi belle, avait dans son giron

TItania la fée et le sylphe Obéron,

Le monde antique est Ger de ses blanches Cyctadea;

Et le monde gothique a ses vertes Orcades. *

Donc, ici-bas, toujours les esprits et les dfeux

Pour demeure ont élu des Ilots radieux.

La foi;nie d'Ile est sainte et riche de mystère.

Elle n'existe pas seulement sur la terre ;

Elle déploie encor aux mers du firmament

Sa beauté, sa magie et son recueillement.

Nous bénissons la'uuit, lorsque, grâce à ses voiles.

Se produit & nos yeux l'archipel des étoiles. •—

1» POÉSIES P06THCUE3.

Le couple cependant fait signe au batelier. Qui transporte dans l'Ile infante el cavalier.

Or, la nuit, survenue avec ses pierreries Et sa brise qui flotte ainsi qu'un encensoir, Dressait compiaisarament son dais plein de féeries Sur nos deux promeneurs qui, pleins de rétaries, lassaient leurs yeux vaguer et leurs pas nonchalolr. Par les clairs des rameaux, la lune, au pied des arbres Descendait en rubans, en nappes de clarté. Qui, du morne gazon rompant l'obscurité. De loin leur paraissaient des moires et des marbres. La rosée effilait sur leurs Jeunes cheveux Son abondant collier de fraîches gouttelettes; Et rôdeur, que le vent prenait aux violettes. De sourdes voluptés trempait leurs sens nerveux. Mille douces rumeurs, miUe charmants murmures Uontaient des eaux— tombaient des airs et des ramures. Les suivaient dans leur voie et formaient alentour Comme une symphonie offerte & leur amour.

Sons les gfands pleurs d'un saule, ao bord de la rivière, Dans un bien-être vague, Ils allèrent s'asseoir; Ils pouvaient, de ce lieu, contempler tout entière La campagne endormie au manteau brun <lu soir. Près d'eux, leur terre-neuve, au bas d'un large groupe D'arbuatea épineux croisant leur densité. D'un air tout magistral établi sur sa croupe. D'un chien de bronze avait l'Impassibilité.

Devant eox, dans tes flots, tremblait le simulacra De la lune aux yeux d'or, au visage de Fiacre. Au lointain, sur les monts d'un bleu vague et changeant Bfoutonnait un essora de nuages d'albâtre; Et de longs murs onrlaient, de leur ligne gda&tre, L'on des pans fastueux de l'horizon d'argent. Puis au milieu, c'étaient des collines, des plidnea. De vignes et de blés magnifiquement pleines; ' Des vergers, des jardins, des cadres d'espaliers; Des sources, des lavoirs où flottaient les planëteg; Des roches que drapaient des caftans de halllers; Des maisons de plaisance aux blanches colonnettes, Aux terrasses de marbre, aux sveltes escaliers, A droite enSn, brodé comme nn tapis moresque, Dormait le déploiement d'un spacieux marais; Et l'on voyait, à gauche, un manoir pittoresque r ses vieilles tours sur de vieilles forêts.

Mais qu'importe aux faveurs de nos amants mystiques,

A leurs pensers de flamme, & leurs rêves profonda.

L'éclat du paysage et ses beautés plastiques?

D leur faut de plus purs et de plus saints rayons.

n leur faut l'inviaible aux charmes magnétiques.

Par delà les couleurs, les formes et les sons.

Les entraîne un torrent d'ardeurs pan thé i s tiques...

Us voudraient pénétrer jusqu'aux orbes sacrés

D'où la vie absolue incessamment ruisselle,

Marier les transports de leurs cœurs enivrés

Aux palpitations de l'ftme universelle,

Et du vrai sanctuaire entrevoir les degrés!

— Espritsl rendez pour eux vos voiles diaphanes.

Espritsl de tels amants ne sont pas des profanes-

tW POÉSIES POSTHOMES.

Cest leur droit d'admirer l'ordre immatériel. Tous ceux qiji de l'amour ont surpris les arcaues. Sont, comme Prospère, les mattres d'Ariel... L'amour — comme ta mort — donoe les ciers du ciel.

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