‹ Poésies posthumesChapitre 6 sur 125 · I40T1CB · texte numérisé non relu

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11 est vrai que les Misérables o'ont paru qu'en 1863, et que la copie de Miranda est de 1857 ; mais les iroisprénomsparaisseot ajoutûs après coup en interligne. Quant au nom d'Auguste, s'il a choisi pour le traduire celui d'Oltavio, c'est sans doute en souveuir du Don Juan de Mozart (voir le sonnet intitulé : Don Giovanni).

Dondey a écrit aussi une préface en vers pour le recueil de ses poésies de moins longue haleine ; elle est datée de 1858. Elle se compose de vingt-six sixains. Elle n'égale pas celle de Miranda et fait moins d'honneur à l'écrivain; mais elle est très-intéressante pour l'histoire de l'homme. Il nous dit comment il est né poëie ; comment il put croire un moment qu'il avait fait une œuvre et acquis un nom ; puis comment il sa trouva obscur et impuissant :

L'espoir me délaissa, puis l'orgueil, puis l'audace; Uais non la passion. Dans mon âme aux abois, Elle resia debout, nerveuse, âpre, tenace ; Elle me ramena de force h cette place, Oi!i je recommençai l'œuvre plus d'une fois Sans meilleure fortune, avec môme disgrâce.

Il y avait pourtant quelqu'un pour qui il était poëte :

Cependant quelquefois une aube éclaircissait

NOTICE. gS

Mes limbes ua instant; dans mon ciel gris passait Dne lumière, un ange aux sourires splendides; . Vers mes rameaui son vol alangui s'abaissait ; Il cueillait une Qeur, et dans ses mains candides, Comme lui tout à coup la fleur éblouissait!

Ce n'était qu'un moment, Irop rapide et bien rare. Mais que sa volupté me remontai! le cœuri

11 vivait donc par l'amour; il vivait aussi par l'admirattoD. 11 s'enthousiasmait pour toute belle œuvre, et se consolait de ce qu'il ne pouvait faire lui-même par la jouissance de ce que faisaient les génies aimés. Mais tout à coup tout lui manque, c'est-à-dire celle qui pour lui était tout. Il attendit vainement la visite de l'ange ; l'ange avait plongé dans la nuit.

Longtemps plein de stupeur j'habitai les ténèbres. Ayant abandonné sans esprit de retour Mon misérable champ, si rebeUe au labour. Enseveli, perdu dans mes songes funèbres. Je ne voyais plus rien de la vie et du jour, Et je n'entendais plus vibrer les noms célèbres.

Je Bois cependant par vivre en cello mort : Le moyen d'échapper au souille magnétique De notre Biècle obscur, voyant, démocratique ! L'esprit nouveau revint sur moi, brillant et fort. Et, sans rien proraner de mon deuil extatique, Il sut galvaniser mon cœur paralytique.

11 rentra dans la vie; il prit sa part du travail de ceux qui préparaient l'avenir. C'est sans doute alors, aux approches de 18fi8, qu'il écrivit la dernière partie de ses Sonnets, composés de pièces républicaines. 11 s'élançait, avec d'autres vifs esprits, vers une révolution.

On savourait déjà l'infaillible conquête. II se leva, le jour où l'on crut la tentrl... Elle se remontra, la sainte Sépubliquel...

Au milieu de ce juste enthousiasme, je voudrais trouver l'expression d'un r^et , sur ce que la République était venue, non par le seul mouvement de l'opinion publique, qui ne pouvait manquer en effet de l'amener bient&t, mais par un coup de surprise et de force; mais passons.

Ses ennemis alors l'adoraient à genoux : Tous, Pharisiens, docteurs, scrtbea, princes des prâtres. Plus que les vieux Bruius en paraissaient jaloux; Si bien qu'émerveiliés nous disions entre nous : Frères, bénissons Dieu, les justes senties maîtres. ïtisèrel nous comptions sans les fous, sans les traîtres.

Erostrsle et Judas surgirent de l'enfer : L'UD jeta ses brandons; l'antre empoisonna l'air. Les hiboux do Tartufe, amoncelés sans nombre, Entre le jour et nous mirent leur masse sombre.

L'étoile du progrès disparut sous cette ombre, Et l'ÂDge-Libené remoata dans l'éther.

Mon Ame retomba...

L'ange redescendra pourtant; il le croit; il en est SÛT; mais que l'attente est pénible I il redit après Mictielet combien on souiïre de a l'implacable longueur du temps ».

Dans le sentiment de ce vide, il s'est mis à relire ses vers, mais ils sont bien morts. Néanmoins il les recueille :

J'en ai mis en réserve un amas : pourquoi faire? Pour uue offrande. Â qui ce présent funéraire T A des vivants? Non pas : J'aurais honte et remords. A desmorls? En effet. Je destine à des morts L'hommage désolé de ces feuillages morts; A ceux des miens déjà descendus soua la terre.

En janvier 1859 enfin, Dondey ajoutait à ses Tcd>lettes amoureuses le post-scriptum suivant :

L'autre Duil, sous ma lampe, énervé de tristesse, Je tenais dans mes mains ces pages de jeunesse. Obi comme j'étais sombre! obi comme j'étais seul! Dans mon cerveau Qotlait une image au linceul; Puis des coteaux brumeux, pleins de funèbres arbres, De longs saules baisant des croix, drapant des marbres. J'écoutais ce penser, qui m'babite et me mord :

£lre mort dans la vie el vivre dans la mort1 Et je disais, sondant le mystère où loul tombe : Où donc est le repos, s'il n'est pas dans la tombe?

Et cependant il relisait ces vers, pauvres débris d'an amour évanoui :

Ck cendres remuaient, me brûlaient quoique éteintes ; Nous échangions tout bas de sympathiques plaintes.

Tout à coup il rit : il venait de relire un Épilogue, où il apostrophait son lecteur, lui qui pourtant, au temps même où lui échappait cette apostrophe :

Savait si bien déjà Que l'ombre réclamait ses vcrii, surtout ceux-là, Et qu'il n'était pour eux d'autrt^s kcLeurs possibles Que les dieua, les esprits, tes morts, les invisibles. A peine avais-je ainsi pensé, qu'il me sembla (Oh! personne pourtant, personne n'était là). Il me sembla, charmé de deuil, navré de joie. Entendre le frisson d'une robe de soie Et le soupir d'un sein gonflé d'émotion. Ces plis frôlés, ce bruit de respiration, C'était tout contre moi.. Je tremblais comme un saule. Je sentis regarder par-dessus mon épaule; Une haleine effleura ma joue, et je surpris Comme un toucher vivant parmi mes cheveux gris.

Ces mots trempés de larmes sont le dernier acte d'amour que j'aie trouvé dans ses vers.

Ed 1861, la mort frappa un coup sous lequel son âme s'enfonça eucore plus avant dans la nuit : il perdit sa mère. Déjà, depuis cinq ans, elle était atteinte de paralysie (elle était née en 1770); mais enfm elle existait ; chaque jour, en revenant de son bureau, il la retrouvait, et il avait la joie de se dire qu'il la faisait vivre. Celte mort acheva de l'abattre et de noircir ses pensées; il m'écrivait six mois

■ L'amére satisfaction d'avoir vu ma mèro... quitter la vie dans des conditions aussi dignes que possible ne m'aide pas à supporter stoïquement la disparition de ce qui restait do sa personne. J'y tenais, je m'y sentais attaché, non-seulement par ces forts liens de nature communs aux trois quarts des humains, mais par une juste et nette conscience du peu que j'importe aux gens et aux choses ; par le poids sans ce^se accru de mes vieux et constants chagrins; par l'accord étrange et l'harmonie que je croyais découvrir entre ses misères et tes miennes; par égoïsme enfin, ce n'est pas impossible. Donc, sans parler des sentiments naturels, des vifs souvenirs d'enfoncé, des motifs normaux, je m'étais mis secrètement à l'aimer do toute la violence do mes maux secrets. »

Nous pénétrons ici le mystère de ses plus profondes tristesses, le ne sais s'il pressentait qu'il devait être frappé aussi de paralysie, quoique d'une

autre manière que sa mère ; mais déjà il se regardait comme paralysd, paraisse . dans son génie. Il avait aspiré très-haut, et il n'avait pu atteindre : qiti l'en empêchait? Était-ce la santé7 les assujettissements vulgaires? les souffrances morales, dont sa vie lui paraissait plus pleine qu'une autre? II ne savait, mais quelque chose ftesait sur lui. Cependant, au temps ou il était jeune, son triomphe d'amour avait apaisé et charmé le tourment des autres ambitions non satisfaites; maintenant, abandonné de l'amour et de la jeunesse, il ne sent plus que son impuissance, et il ne cesse de retourner en lui ce sentiment sous toutes ses formes.

Il écrivit en 1861 et 1862 les Visions d'un mort vioant, dont le prologue, encore tout personnel, ne fait que mettre en image un vers que j'ai cité tout à l'heure :

Etre mort dans la vie et vivre dans la mort.

Ce prologue débute ainsi :

II a vingt ans a peine; il vague par un site Plein de merveille, oA loat le charme, où tout l'excite. Un soleil d'Orient, de» cieux profonds ot purs, L'éclat changeant d'un fleuve entre des bols obscurs...

Son personnage voit se déployer, sous ses yeux

avides, toutes les magairicences de la nature et toutes les belles émotions de la vie. Il veut en prendre sa part ; il veut s'avancer :

Au premier pas.

Par derrière une main surhumaine, invisible, La prend) le tient, et puis le traîne, irrésistible, Dans an prochain fourré. Là, sur le frais gazon, Un cercueil s'offre, ouvert, vide : en cette prison La main do fer le giet vivant, l'étend, le couche, Kt sur lui pose, ajuste avec un soin farouche. Non un couvercle, mais on large et long drap noir. Qu'on dirait volontiers vain obstacle, h. la voir, Mais qui réellement pèse plus qu'une pierre, Et dont les quatre coins s'enfoncent dans la lerre Comme racines d'arbre. A. son oreille alors : Tu peux, dit une voir, t'épuiser en efforts, Dépenser la vigueur de ta mâle jeunesse. Colle des ans futurs que le destin te laisse : Aucun de les fougueux sursauts ne parviendra A rejeter, ni même à remuer de ce drap; Tu ne quitteras plus cette étroite demeure; T'y voilà prisonnier jusqu'à la dernière heure.

Et qu'il ne se flalte pas même d'y dormir, car il y sera tenu éveillé sans cesse par tes bruits du dehors. Il faut qu'il attende le dernier sommeil ; mais celui-là n'est pas proche (il ne l'a pourtant attendu qu'une douzaine d'années) i

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