‹ Poésies posthumesChapitre 63 sur 125 · A BORD DE LA FRÉGATE · texte numérisé non relu

A BORD DE LA FRÉGATE

Pendaut que Bol bourgeois, Miaistres, Parlement, Tout l'ordre officiel, tout le gouveruement, *

Gens qui d'abord avalent en crAnes rats leurs Teutres, Beculent, mendiant la paix comme des pleutres. Et laissent l'Antri chien, le Busse, l'OsmanlI, L'Anglais — se ruer tous contre le vieil AU; Pendant que notre France encastrée en sa honte. N'espérant plus qu'un Jour son astre enfin remonte, Siffle, bafoue, et traîne au bourbier du mépris Le nom des zélateurs de la paix à lout prix, — On des fils de Philippe est en mer — qui ramène Sur son vaisseau -~ le mort captif à Sainte-Hélène.

Que dit-onî que fait-on, sur ce haut bord? — HoU, Huse I un coup de magie... et montre-nous cela.

La mer; la pleine mer. Un bon vent dans les voiles. La nuit. Le ciel et l'eau rivalisent d'étoiles. Rumeurs dans l'équipage. A bord point de sommeil. Avec les officiera le prince est en conseil. A leurs regards sa main ^présente et développe

TBOIS ÉLËGIES. 323

Des journaux de Paris, des messages d'Europe,

Qu'en masse II a reçus d'un léger brlgantln

De notre Salot-Malo — rencontrô le matin.

Ces papiers prouvent tous que la Toi britannique

N'a pas encor cessé d'être une fol punique.

Le traité de juillet, le déloyal traité,

S'y produit commenté, discuté, détestée

Un murmure d'airain de ces feuilles a'eibale-..

Partout la lUar$eitlaise y gronde colossale!

Nos officiers, le cœur Ivre de ce tocsin,

D'un poing tout frémissant se compriment le sein.

Le courroux tremble et rit sur leur lèvre hautaine.

Leur œil fond en éclairs. Alors, le capitaine :

— « N'en doutons pas, messieurs 1 Déjà notro pays

• Venge exemplairement ses nobles vœux trahis.

■ A l'heuro où nous parlons, la Méditerranée

• De nos vaisseaux tonnants est partout sillonnée.

■ Oh! Jeconnalsmonpërel Acetteheure, on combat.

• On canonne l'Anglais, on l'aborde, on l'abatt

■ Contre toute l'Europe, avec chevalerie,

■ On protège, on soutient l'Egypte et la Syrie 1

■ Ah t le vieux Méhémet, politique prudent,

■ Ne s^t pas choisir mal ses amis d'Occident...

■ Veillons. Préparons-nous. Nos chers voisins, sans doute, a En foroe, dans ces mers, vont nous barrer la route.

• Laisser Napoléon revenir & bon portl

a Nous donner un tel chef l...0hl comme ils auraient tort!

■ Cest pour mieux nous jouer qu'ils ont feint de le rendre-

■ Soyons certains qu'ils vont tâcher de le reprendre.

■ Quelle sainte fortune à nous se vient oflrirt

■ Français, vous comprenez} PlutAt que de souBï'ir, « Qu'aux mains de ces Judas le corps sacré retombe

■ Nous nous réfugierons avec lut dans la tombe...

■ Noos nous ferons sombrerl... n

POtSlES POSTHCHES.

Spectres deam&telots Qne Jadis le Vengeur a l&lssés bous les flots. Vous qui, pour honorer la Fraoce démocrate. Ayei fait ce que dit ce jeune aristocrate. Vous voilà révellléa, héroal Voua voua dressez Sur l'Océan qui houle — et vous applaudissez! Portez, portez ce verbe & la Mëre-Patrle. Qne ce soit comme un baume à sa fierté meurtrie. Faites-le retentir dans les cœurs mécontents. Ce verbe qui console et venge en môme temps. Que partout on oppose — avec rire et colère — Le fier honneur du fils à la honte du père. Que les fronts du pouvoir s'en couvrent de rougeur... — Soufflez dans ce clairon, fantOmes du Vengeuri

Quant à mol, je l'avoue, à cet accent stoïque, Mon être est parcouru d'une flamme héroïque; SI bleu que je surprends mon cœur républicain En admiration pour le fils de Tarquin'.

Un matin, Michel-Ange, errant à l'aventure. Dans une basilique où régnait sa sculpture.

lin CBban Pbilippel e t'émaocipet quel lemoidt plui taie iqD'on chants Citai ?

Dgl.iec.ïGoO'^lc

TROIS ÉLÉGIES. 23

Contemplait, d'un regard sévère et paternel,

Sa dernière statue. Image grande et rare, Sombre femme endormie éclose en plein carrare. Représentant la Nuit. — Le maître solennel Vit sur le piédestal quelques rimes tracées... Il lut. ■C'étaient des vers du poète Strozzi. On sait que Michèl-Ange était poète aussi. A son tour, sur la pierre, 11 mit de ses pensées, — Cette double légende on roua la donne Ici. —

VBRS DE STROZZI.

La A'uil, qui t'apparatt plongée en un doux somme, Est l'œuvre de la main d'unAn^e — non d'un homme-.. Elle vit — quoique marbre — ■ et parce qu'elle dort. Teux-tu qu'elle s'éveille? il n'y faut point d'eO'ort.

RÉPOKSE DE HICBBL-ANGE.

n me plaît de dormir. H me platt d'ôtre marbre. Tant que d'un plat tyran dure l'affreux pouvoir. Le mieux, c'est de ne pas sentir — de ne pas voir... Christ est là. Qu'on me laisse en repos soua son arbre-.

Ils ont tant de beauté, ces accents florentins, Quemémesouama rlmellsnesont pas éteints; Leur mode Intérieur est tellement sonore Que, sur mon luth débile, il vibre et règne encore. Posez un trait divin sur un arc faible et mol : Le trait part de lui-même; on reconnaît son voL

0 Florence, 0 déesse, 0 Fallas d'Ausonlel Qu'il fait bon l'évoquer, ton antique génie I Effleurés de son souffle* émns de sa vigueur.

Nous secouons un temps notre morne langueur; Caressés du reflet de sa clarté aalubre, Noos marchons moins hagards dans ce siècle lugubre; Et nous rouvrons notre Ame & l'espoir clandestin De mettre un jour & sac tout le camp philistin.

Oh ! quelle vision, que la libre phalange Que mènent dans l'histoire et Dante et Michel-Ange I Chœurs des flers citoyens. MaestrI radieux. Staturas de héros. Galbes de demi-dieux. Saints apbtres de l'art. Tribuns de flamme et d'ombre. Actions sans mesure— et chefs-d'œuvre sans nombre. Drame Immortel — faisant, pour la vieille cité. Vivre un enthousiasme Imbu d'éternité I

ReTlendra-t-il cet fige, où la foule elle-même Cherchait dans l'Idéal son lot, son bien suprême; Où l'art semblait (c'ét^t l'Instinct universel) Nécessaire — non moins que le pain et le set I

Où sont les beaux combats de ces temps énergiques? Je ne veux pas parler des révoltes tragiques. Des luttes, des grands chocs de pape et d'empereur. Où maint Brutus mêlait sa stoîque fureur. Non. J'entends seulement ces sublimes batailles Que les géants de l'art gagnaient sans funérailles; Ces joutes du génie, où les rivalités Au Heu de morts semaient des Immortalités; Ces assauts de lumière, où les nobles émules. Étaient des Apollons piutftt que des Hercules; Où le grand Michel-Ange et le pur Raphaël Confondaient la splendeur de leur sceptre éternel; Où le renom de Dante et celui de Pétrarque Dans la gloire traitaient de monarque à monarque; Où ce gladiateur ardent — le Cellini, Poussait comme un dieu Mars au fier B&ndinelli.

Aujourd'hui, nous avons encore d'amples luttes,

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De fulgurants conillts, d'olympiques disputes. Nous voyons dos croquaats, dos ogres financiers, Kos grands Sbylocks, joAter d^appétits carnassiers. Chaque antichambre auguste est pleine de bélîtres Biv^ilisant de croix, de crachats et de titres. Devers sultan Budget, nombre de bas coquins Mènent, entre deux eaux, des tournois de requins. C'est— dans )e haut négoce — un concours d'escalades. Une émulation de pièges, d'embuscades, Une cottrse au clocher frisant, rasant les lois. Au clocher de la honte... et le chauve bourgeois. Qui n'a pas un regard pour la lice artistique, Admire avec ferveur,ces combats de bouiique. L'artiste est désormais primé par le marchand ; Et le chiffre est plus fort que la ligne et le chant.

mosaïque

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