‹ Poésies posthumesChapitre 69 sur 125 · FRAGMENT HUMORISTIQUE · texte numérisé non relu

FRAGMENT HUMORISTIQUE

Je songe qu'en mon livre il est certains passages Qui n'ont point le bonheur d'être InAniment sages; Qui, ne prenant souci de l'enfer ni des deux. Présentent des tableaux vraiment licencieux. Cest très-mat, je l'avoue... Aussi, je crois entendre Le rogue état-major du camp de la vertu Déjà m'admonester dans un style peu tendre : — (MallieureuK, qu'as-tu faitT Démonl ne pouvals-tu « Amuser tes lecteurs de façon mémorable, « Sans demander au vice un concours déplorable? « La verve libertine est-elle un talisman, a Un charme — Indispensable au succès d'un roman}

■ Ça, tu n'espères pas — tu n'as pas le délire

« D'espérer — que jamais les mères, les époiix,

■ A leurs douces brebis permettent de te lire :

■ Lea pasteurs au bercail n'amènent pas les loups, « Tu n'as sans doute écrit tes scandaleuse^, pages

• Qu'à l'effet de complaire à des vauriens de pages,

• A tous ces Jeunes fous, ces lions, ces rêveurs,

■ Qui du pervers don Juan singent la fantaisie, a EtTarouchent dans tout, la saine bourgeoisie,

• Criblent le pauvre hymen de sophlsmes railleurs,

( Embrouillent d'arguments et de doutes iuf&mes

■ La grande question de la vertu des femmes,

■ Se vanunt de jouer leurs râles sans souffleurs, « Et d'être assez vaillants pour sifiler les sjflleurs!

• Certes, à voir combien ta licence est extrême,

• Combien ta muse abonde, excelle en traits maudits,

• On aun^t quelque droit de te prendre tol-mfime

■ Pour un membre zélé de ce corps de bandits. • Sur ce point, mes Gâtons, le dehors vous abuse.

Vous me frappez à tort de ce blâme éclatant.

Gens d'ai'mes aveuglés, votre coup d'arquebuse

Immole un catholique au lieu d'un protestant.

Je suis un cavalier pur de libertinage.

C'est un culte pour moi que la femme et l'amour.

J'ai la fidélité d'un preux du moyen âge.

Les bonnes vieilles mœurs en mon cœur font séjour.

SI ma raison caresse un peu le scepticisme,

En revanche mon âme est toute au mysticisme.

Je suis tel. Je veux tel être & mon dernier jour.

— Ici, je vous surprends un rire dérisoire

Qui témoigne, t censeurs, que vous n'en croyez rien.

11 est assurément difficile de croire

Qu'un poète, fauteur d'un type Arimanlen,

Qu'un fougueux romancier coupable d'une histoire

OA le mal Insolent se gaudit dans sa gloire,

Alt un cœur si candide et si chaud pour le Bien.

Et pourtant c'est encor plus vrai qu'invraisemblable.

Oui, chez moi, Vhomme est fils d'Ormuz— et l'écrivain

D'Arlmané est enfant. Je tenterais en vain

D'expliquer ce mystère... It est inexplicable!

Il est également peu noble — et j'en rougis.

Comment puis-je endurer — quand j'a! par la sagesse

Tous mes comportements si volontiers régis, —

Que mon cerveau s'adonne â tant d'impure ivresse,

mosaïque. 8(3

Et qu'à ce point, chez mol, grAces à ma faiblesse, La folle du logis soit maîtresse au loglsl...

Ma fol, je ne sais pas pourquoi tant je demande A l'époque — pardon de la liberté grande. Sont-ilB donc si méchants les Calons d'aujourd'hui? ' Eh non ! Je suis certain que, m^gré ses sornettes. Mon conte sera lu par des gens fort honnêtes. Leurs tolérants loisirs, je les attends pour lui. Vous, Mesdames, j'attends, j'espère aussi les vôtres; Vous lirez mon roman. Vous en lirez bien d'autresl SI vous le condamnez, c'est qu'il vous ennuiera, Et noD pas que son ton vous scandalisera. Pardieu I je voudrais voir les charmantes lectrices. Dont la pudeur soutient si bravement le choc Des excentricités de monsieur Paul de Kock, Se faire contre moi prudes accusatrices, Lorsque leur estomac supporte ce gros vin; Lorsque le rigorisme assez peu les gouverne Pour leur laisser en pais goûter le plaisir fin De contempler les mœurs des loustics de caserne, Et le bon gros amour des filles de taverne. Que ce serait bouffon, si leur lèvre soudain Osidt avec dégoût repousser mon Faleroel SI de leur chasteté l'hypocrite dédain Allait répudier mon monde libertin Où l'aristocratie avec le luxe alterne, Oti l'archange Astarté trône sur le satin 1...

D'ailleurs, tous les héros que j'admets sur ma scène M'ont pas l'œil infernal et la démarche obscène. SI Je fais voir l'enfer, je montre aussi le ciel. Sur le volcan d'Éros ouvert profond et vaste. Je fais luire un delta d'amour mystique et chaste. Je n'id pat Callban sans avoir Ariel.

m P0£S1£S POSTHUMES.

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