LES RHAPSODIES DU VIDAHE
Qui TBat, pour me garder, plus qu'une légion?
— U-dessus, vers mon cceur, ta tête sérieuse S'incline, pour me dire h voix mystérieuse,
Que tu st^s m'eicepter ; que, depuis plus d'uu jour. J'ai prouvé que je suis un bon prêtre en amour. — Tn crois en mol. C'est bien. — Mais si j'ai le mérite,
— En fait de chasteté — d'être comme un lévite. Ce mérite est pour mol plus aisé que pour lui.
n est tenté souvent, dans son claustral ennui. Je ne le suis jamais. Non, jamais le tumulte De mes sens ne s'égare en dehors de mon culte. Les fougues, les ardeurs qui s'empareut de mol. Ne parlent que de toi, ne demandent que toi. Que ta sécurité devienne donc parfaite.
On ne saurait sans lutte encourir de défaite. Mon TOBU se garde seul. Je n'y fais pas d'effort. De mon cœur, de mes sens, rien ne trouble l'accord. Hais le bon moine, hélas] quand un vent de fournaise A aa robe s'enroule, oh! que son vœu lui pèse! Comme 11 souffre! combien lui coûte sa vertu I il restera vainqueur, mais vainqueur abattu I Aux désirs révoltés l'assiégeant en furie, Il jette avec effroi l'exorcisme, — il leur crie :
— « Fuyez, fuyez, démons. Lalssez-moI! vous voules * N'entraîner aux enfers sur mes serments foulés.
t Par le saint nom du Christ, lâchez votre victimel a Loin, loint Retirez-vous pourvoyeurs de t'abîme! >
Moi, lorsqu'un beau nuage amène & mes cfttés Les spectres lumineux des Jeunes voluptés, J'accueille leur empire avec béatitude.
Et je leur dis : — ■ Restez, charmez ma solitude! ■ Ob I restez, triomphez, prenez-moi, visions, « Qui, venant me parler de ses perfections, a Me rendez bien beureui d'être pur et fidèle 1
lU POÉSIES POSTHUMES.
« Visions, qui savez récompenser moD zèle, « En me restituant ces fortunés transports
• Dont je tressaillerai jusque parmi les mortsi « De l'absence par vous que le deuil se dissipe. > Sur mes bonheurs futurs faites que j'anticipe.
■ Que mon être par vous rentre en possession « De ce qu'elle a fait mien dans sa dilection.
« Mettez bien sa brûlante et ravissante image
■ Entre mes bras chargés de délire et d'orage. « Sur son sein que j'é-voque, emparadisez-moi I
■ Que, croyant expirer sur sa lèvre en émoi,
( Mon pénétrant baiser, de sa chère &me avide,
■ Ne s'aperçoive pas qu'il se meurt dans le videl
* Faites si bien enfin que sa blanche beauté
■ Me soit palpable et vive en ma réliçité,
« Et que, pensant tenir sa personne réelle, « Hon cœur divinisé fonde et s'abîme en ellet »
Mon bon ange peut voir à cet embrasement. Que si la dure absence ouvre au fidèle amant Un désert tout de sable, aride. Apre, sauvage. Ce n'est pas cependant un désert sans mirage.
Quand un billet de toi m'arrlve et dit :
— « Ce soir, «Pauvreami,sanstémoias nous ne pourrons nous voir. ■ J'ai du monde. Mais viens, je t'en prie I Être ensemble, « Même sousToell d'au trul, c'est toujours, ce me semblCt « Un grand bonheur. » —
Alors, tout près de t'accuser.
Je froisse le papier que je devrais baiser ;
LES RBAPSODIBS DU VIDAHE. 35S
Un sourire mauvais voltige sur ma lèvre; Le doute me travaille, et le dépit m'enfièvre. — Elle n'aura pas fait tout ce qu'elle aurait dil. Subir ce monde! Encore un beau soir de perdu! 11 aurait fallu... mais on est calme, on est tiède-, On ne sent qu'à demi l'ardeur qui me possède. Elle Insiste, je crois, pour que jevienne...Eb bien, Je n'Irai pasl...MDncœur,àmoi, veut tout ou rieni —
Pour mieux persévérer dans ce dessein farouche. Je m'enferme parmi mes livres... Je m'abouche Avec certains auteurs disant beaucoup de mal Des femmes, de l'amour, de Dieu, de l'Idéal. Mais je m'efforce en vain de suivre une lecture. L'attention m'échappe, et le spleen me torture lies agitations d'esprit gagnent mon corps. Je ne puis demeurer. Je me lève, et je sors.
Je vogue dans la ville. .. Où vont mes pas I qu'en sais-je T Que l'été brûle l'air, qu'il fasse un temps de neige. Je n'en aperçois rien. La fièvre me conduit. En maint endroit banal j'erre jusqu'à la nuit.
Or, qpaad la ville enfin d'ombre est toute couverte. Je me réveille... Alors, je trouve... (ohl découverte Qui rabat mon orgueil ât confond ma raisoni} Que je Buis dans ta rue et devant ta maison. Ëmu tout à la fois de plaisir et de bonté. Je me consulte— et puis. ..et puis, j'entre et je monte... Cependant qu'aux abois ma pauvre dignité, S'efforçant de sauver un reste de fierté, lie fait jurer tout bas d'fitre froid, sardonlque, Sombre cbmme un Lara, comme un sot britannique. Mais j'entends frissonner ta robe... Mais ta voix, Charme absolu, m'arrive au cœur! Mais je te vois!... Je sens alors combien ton génie est mon maître ; Mes vilains dioAlet bleut sont prompts à disparaître ;
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SM POÉSIES POSTHtIHES.
Et cet heur sonveraln de vivre duis ton Kir
8n InelHible paix change mon trouble amer.
fitre li— près de toi — f aimer — te voir — t'eot^dre —
Téprouver bonoe, aimable — et te deviner tendrel
Mon cœur sourit — et j'ai des regarda Indulgents
Pour mes bourreaux, ces trois ou quatre braves gens
Innocemment venus mutiler ma soirée.
Us n'ont guère eoupçou de notre amour sacrée.
Fartant peu, ne laissant percer qu'uo doux respect.
Ce n*e8t pas moi, chétlf, qui leur serais suspect.
Toi, cependant, & qui nul penser mien n'échappe»
Tu m'avertis, d'un mot dont la bonté me frappe.
Que mon ennui méchant qui vient de s'envoler.
Ton cœur me le pardonne, et veut m'en consoler.
Dans un pur Idéal ton Orne épanouie.
Visible seulement à mon fLme éblouie.
Blet son zèle h Téter, sous des voiles discrets.
Le passé, l'avenir de nos bonheurs secrets.
0 rb^thmes salntsl donnez des iys, donnez des palmes.
Pour les apaisements, les douceurs, les grands calmes.
Que mon ange, eierçaat son mystique pouvoir.
Sur mes esprits comblés Tait descendre et pleuvoir !
— Ta vive causerie où règne un goût sans tache,
Oa le grand — sous l'aimable et le léger — se cache.
S'étudie k choyer mes thèmes favoris :
Tu tiens h me montrer combien tu les chéris,
Combien ta jeune ardeur vénère mes prophètes,
Mes penseurs et mes preux— surtont mes chers poètes.
Sans déranger ta grSce et ta simplicité.
Tu sais glorifier la sainte liberté;
Et, des bODs visiteurs charmant la béotle.
Tu leur fais tolérer le mot démocratie.
D'enthousiasme enfin, de Toi, d'opinion,
Ton ftme avec la mienne est en communion..