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SCÈNE II

DON RINALDO, ORCO

ORCO, i'iTdlInl 1 danl.

Oh! cette volxl...

non RIMALDO

Eh bleni c'est une voix amie.

OnCO.aDun mal «TelU«.

Mais qui part d'une bouche au sépulcre endormie.

DOK RINALOO.

Rien de mol, grflce à Die», n'est vassal du tombeau. Mon domaine de vie est toi^ours ample et beau. Regarde-moi.

11 Au lOD maBlaiD, <l appuali gttai et tari, Jeune «I enpeiha^

OBCO, H lèia, al, 1 l'Hpnt d« Blsslda, neola l-iboM Iponrtnlt. m)! U *■ riSarmll blanUI.

SEiIut, cber fantâme du brave, Harquls don Rloaldo! Uranquitlement Je brave Ton apparltfonj car mon zèle poar toi H' assure qu'en ami tu te montres & mol.

DON BIKALDO.

Orco, c'est un ami vivantl

DKCD.

Fils des ténèbres, . Voici tantôt cent jours que les cloches funèbres, An front de ce château, sonnèrent en l'honneur Du cadavre sanglant de son maître et seigneur. — Ruinequltoujoursm'estpréseDte, — etmenavrel... Au caveau des ^eux repose le cadavre ; Et, dans ce sarcophage, au fond d'une urne d'or,* Est renfermé te cœur, magnanime trésor.

non RIDALDO

Tiens, touche-mol. Mets là ta main.

ORCO

Vierge divine!

DOn RlnlLDO.

Eh bien I mon cœur est-Il absent de ma poitrine? Suls-je vivant, ou nouT — Cet embrassement-lft Te lalsse-t-il encore un doute ï

Qu'est cela?

V«mé-jeî

non RrnALDo, Assurément, tu ne fats pas de songe.

Cette pompe des morts seule est fable et mensonge. Rlnaldo n'a jamais cessé d'être vivant Calme-toi. Ne crains pas de spectre décevant. Allons! reviens à toi. Je vis, c'est mpl, te dis-jel

301 POÉSIES POSTBDHES.

ORCO

Mon noble, moD bon maltrel ... Oh I quel joyeux prodige I C'est vrai, c'est vrai pourtant I il est ressuscité '. — La pauvre senorat quelle félicité Ta clore enfin sa nuit d'une aube ébloulssantel

DON RIillLDO.

Elle si radieuse, elle si florissante.

Cette conviction de mon sanglant trépas.

Doit l'avoir bien éteinte et flétrie, — est-ce pas?

Interrogez ce deuli. Que cette catacombe Dise à quel désespoir tout son être succombe. Voyez.

DOH RIHALDO.

S'il est assez tyran ce désespoir.

Pour métamorphoser en tombeau son manoir, Que lui met-li au front? que fait-ll donc en ellel Qu'est-ce donc dans son àmeT 0 clémence étemellel Son &mel... On la dirait prosternée au milieu De ce bols d'oliviers qui vit les pleurs d'un Dieu I

Je vois, j'admire encor sa fatale énergie, Loraqu'ayant secoué ce poids de léthargie. Que l'horrible nouvelle avait d'abord jeté. Comme un marbre écrasant, sur sa fragilité. -7 Elle nous défendit d'enlever la tenture Qui du palais entier couvrait l'architecture. Jurant que le soleil n'y rentrerait jamais. Faisant vœu d'y pleurer, d'y prier désormaisj

BON BINALOO.

Que Je reconnais là le sang de sa famillel De don Pèdreetd'lnez,ohI qu'elleest bien la fille! Le grand roi portugais, le sombre justicier, Comme elle en a )e cœur tout de flamme et d'acterl

HIBANDA. 3U3

Qu'on me trouve une atteinte, un coup du sort qui rende Cette fille des rois moins auguste et moins grande!...

— Mais, dis-moi, sa beautéî son mal en a respect. N'est-ce pas?

ORCO

Seulement il en change l'aspect.

Elle noua représente une sainte de pierre, Tout son front s'est Imbu de profonde pâleur. Tant elle s'est glacée au vent de la douleur.

— Sa beauté toutefois, en heureuse rebelle.

Se maintient dans la lutte. Oui, toujours elle est belle . Quoique toute pille, elle pourrait encor Faire un cœur d'Amadis d'un cœur de Galaor,

DON RinALDO.

Ah! comme je voudrais débarrasser sur l'heure Du mortuaire habit son âme et sa demeure I Mais, n'est-ce pas, il faut, pour ce dévoilement. Agir avec lenteur, choisir notre moment I Ce lui serait peut-étre"une épreuve mortelle. Que d'aller, tout à coup, d'un seul trait, devant elle. Tirer le rideau... NoDl de prudence remplis. Nous en devons lever un par un tous les plis.

ORCO

Ohl certes, monseigneur, tant de mesure est sage. Rien n'effare, n'aveugle autant que le passage Brusque de t'ombre Immense à l'Immense clarté. Le plus fort peut y choir. Mol-même, en vérité, J'en suis tout ébranlé, tout chancelant 1... Moi-même, 3'»\ peine à m'affranchlr du vertige suprême Dont vous m'avez rendu l'esclave, — en me prouvant. Subit comme l'éclair, que vous êtes vivant!... Je n'ai plus, il est vrai, d'égarement farouche; Je suis sûr de veiller : j'entends. Je vois, je touche Un être humain, palpable et visible et réel.

304 POÉSIES P0STHDUB3.

Hais comment n'dtre pas daas un trouble cruel,

Quand j« sooge, mon Dieu ! qu'au faite d'une estrade,

Dana ce mâme salon, sur un Ut de parade,

Je vous ai vu gisant, froid, pAle, Inanimé,

Cadavre par les soins des moines embaumé I

Ce n'était pas un vain simulacre de cire :

Cétait bien un vrai corps 1 C'était bien vous, messirel

Oui, c'était vous. J'ai vu le fer d'un médecin,

Pour en .tirer le coeur, vous entr'ouvrir le sein.

Enfin j'ai vu clouer et sceller votre bière,

£t, sur elle, se clore un sépulcre de plerrel

DON BinALDO.

n te souvient qu'un soir, en trMn de cbevancher Tous deux, nous avons fait rencontre d'un archer Très-surprenant...

ORCO

Lequel avait votre Gguret Votre voix, votre taille et toute votre allure!

non RIHALttO.

Oui, lequel de tous points me ressemblait si fort Qu'aucuns pour mon jumeau le prenaient tout d'abord.

ORCO

Je TOUS entends encor, devers lliûtellerle,

Dire à ce jeune brave, avec chevalerie :

« Maître 1 bois dans mon verre, et mange la moitié

De mon pain. Concluons un pacte d'amitié.

Hos cœurs entre eui, j'en jure, ont une sympathie

Sœur de la ressemblance i, nos traits départie.

Qui sait? bien que je sols favorisé d'un rang

Supérieur au tien, — peut-être es-tu mon sang.

Fils d'un furtif amour, peut-être es-tu mon fï^re.

Il a beaucoup aimé celui qui fut mon père I

Or, ému de soupçon qu'il fut aussi le tien.

Je t'offre, en homme juste, en chevalier chrétien,

De ma fortune heureuse une part fraternelle.

— Que l'aage du sermeut me touche de son ailel — Veux-tu vivre en seIgneurT Je t'ouvre mon château. Teux-tu paraître en courT Je te mets mon manteau. Béves-tu le voyage, — et la guerre lointaine?

Je te lève une troupe et t'en fais capitaine. Choisis. « Voilà ce que vous lui dites, seigneur, Et ce qu'il écouta rayonnant de bonheur.

DON KIKALDO.

Et puis II m'accola naïvement; et comme

C'était un romanesque et trës-ardeat jeune homme

A qui cet univers ne semblait pas trop grand,

n choisit le métier de capitaine errant,

St je lui recrutai dana mes flefs une troupe

D'aventuriers, menant dame licence en croupe,

Tous de fer, âme et corps, selon leur nouveau chef.

)e le vis avec eux, pavoisant une nef.

Fort de sa i>onne épée et de sa bonne étoile,

PourSamarcande — oupouc Bagdad —mettre à la voile.

n vouli^t, disait-il; engager ses destins

Aux guerres qui grondaient sous les deux palestlns...

Donc, c'est lui, c'est Alvar, qu'en nos bois ténébreux On a trouvé sans vie, atteint de coups nombreux. Peut-être 11 revenait, voyageur trop splendlde. n a dû choir parmi quelque bande sordide. A l'aube, passant là, des manants, des bergers,

— Qui n'auraient au jamais saisir les traits légers Par lesquels, voua et lui, différiez l'un de l'autre, — Ont relevé son corps qu'Us ont pris pour le vôtre. Va se sont mis en marche, et courant devant eux, Le bruit de votre mort a tonné dans ces Ilenx ;

Et, d'avance égarés, troublés Jusqu'aux entrailles, Noos avons avec fol mené vos funérailles I..,

306 POÉSIES P03THCUES.

Tout nous s provoquait : personne d'entre nons. Depuis vingt jours n'avait de message de vousl

dOh binaldo.

Et. le pape et le roi commandaient ce silence.

ORCO

Quel terrible danger qu'une muette absence t

DON RINALDO

C'est en effet le corps du Jeune bohémien Qu'on a mis au tombeau, te tenant pour le mien. Mais lu ne touches pas le plus noir du mystère. L'un de vous commettait une erreur voiontalre s Pleurant aux yeux de tous, et riant à part sol. L'un de vous savait bien que ce n'était pas moi.

— Ce fourbe, dont Jamais le masque ne trébuche, M'avait fait poignarder, la nuit, dans une embûche. — C'était sur un rocher qui dominait la mer.

J'avais plongé sangUnt au sein du gouffre amer... . Et sa recherche active. Inquiète, profonde, N'avait pu retrouver mon cadavre sous l'onde.

— Il lui fallait un CQrps... Alvar n'était pas loin... Alvar, qui me pouvait figurer au besoin...

On a dû l'égorger. — D'ailleurs, de mon supplice, Il avait refusé de se faire complice.

ORCO

Ohl seigneur, nommez donc le traître, rassasslnl Que Je...

DOO BIHALDO.

Non, non, pas toil... certes, un tel dessein . rhoQore; — mais prends garde au zèle qui t'entraîne. Aussi bien qu'en amour, je suis jaloux en haine. Que mon droit de vengance, ami, te soit sacré. Ce formidable droit, seul, je l'exercerai.

ORCO

Au moins, dites le nom! ■ -

DON ItinALDO.

Tu D'en as pas un doute T

OBCO.

Pas un. Ohl diles-le, monseigneur! ohl j'écoutel

DON niNiLDO.

Ce nom, que ton appel m'eicite & proférer, Si^s-tu bien, c'est l'abîme I... il va nous entourer D'un nuage d'borreur plus sombre et funéraire Que ce palaisl...

Grand Dieul

Votre frère l Est-ce réel? Pardon. Je ne me connais plus.

DON RIHALOO.

Cest vrai comme Satan I c'est vrai comme Jésus I La race de Caîn toujours tache le monde. Plutôt que d'en finir avec le meurtre immonde. Quand la race d'Abel & ses coups manquera, Contre sa propre chair elle se tournera. Dans la tribu de sang, c'est une tête haute Que mon frère Brennusl Va, ce n'est pas sa faute S'il encourt le chagrin de voir s'en revenir Abel ressuscité qui veut, qui doit punir.' Ab! ce faux pénitent, ce faux chrélien, cetraltre. Qui, l'an dernier, disait vouloir se faire prÊtreJ

OBCO.

^Hi^s pourquoi vous tuerT qu'avait-il contre vous?

DON BINALDO.

J'étais de Miranda le trop heureux époux... Pendant qu'on me frappait: ■ Enftnl elle est donc veuve », Murmuralt-il. — Ainsi pour toi c'est chose neuve Que son hideux amourl

OKCO.

Ouf, monseigDeurl

DOH HIKALDO.

Quel sphinx Que don Brennus, qui peut tromper ton œil de lyoxl

ORCO

liais avant l'attentat, vous-même, dans son âme Lislez-vousT Savl^z-vous sa convoitise Infâme I

DON BINALDO.

Nullement. Le bonheur m'absorbait de façon A ne me laisser pas le loisir d'un soupçon. Pour observer, il faut avoir l'esprit morose. L'homme heureux ne voit rien.

ORCO

BieoUt, je le suppose.

Le comte m'eât appris lui-même son amour.

DOH RINALDO.

Vr^mentT qui te le donne à penser?

onco.

L'autre jour.

Don Brennus, qui, depuis votre mort, me prodigue Les adulations au point qu'il m'en fatigue. M'a dit qu'incessamment II viendrait seul, de nuit. Dans ta paix de ces lieux, m'entretenir saus bruit. — Monculie — il sait cela— -me met souvent de garde A ce post^ la nuit.

n iidiqne la einotifha.

non RIKALDO. ,

Que Dieu toujours te garde, ClierOrcol

ORCO

Tout à l'heure 11 peut venir...

OOH BllftLBO.

C'est bien.— Le revoir 1...

Voua seriez prudentT

DOH niNALDO.

Va, ne crains rien.

— Je gage que céans sans cesse on le rencontref

ORCO

ParsafDtJacquesIiln'est pas de joarqu'llnesV montre.

DOn niNALDO.

Et comment juge-t-oo de cette assiduité?

oaco.

Mais fi passe pour faire acte de piété, En fréquentant le lieu de votre sépulture.

DOS RINALDO

Oui, d'accord ; cela masque au mieux sa forfaltare.

— N'ose-t-il pas tenter, par quelques soins discrets, Par des soupirs, échos de ses révea secrets.

De faire deviner i celle qu'il adore.

Quel martyre le tient, quel beau feu le dévorel

onco.

Oser prier d'amour femme qui se complaît Dans un deuil marital si ricbe et si complet 1

nON RIHALDO.

Ouoil tu n'as rien surpris? Rien & son préjudice?

Hoins aveuglé, j'aurais noté comme un indice,

Dn singulier regard que, sur la senora.

Certain soir, devant moi, longtemps il concentra.

non RIHALDO.

Quelqu'un de ces regards qui percent tous les voiles, Et dont l'impureté ternirait les étoiles?

ORCO

Peut-4tre... mais alors, j'observai faiblement.

' DON RIKALDO.

U faut, en cas semblable, œil de maître et d'amant

310 P0ËSI8S POSTHUMES.

— Et MiraDdaT comment, d'ailleurs, le reçolt-elleT Quels propos, quds regards, obtlnt-Il de sa beUeî

ORCO

ElleT Ah! DIenI lui parler? le voîpÎ le recevoir!... L*ingrate rarement daigne s'apercevoir S'il vient, reste, ou s'en va. Plus rarement encore. De quelque mot distrait et vague elle l'honore. Une (ois cependant — c'était aux premiers jours De son deuil —elle a fait pour lui presque un discours : — E Don Brennusl avez-vons ordonné les supplices Et de l'auteur du meurtre et de tous ses complIceaT •— Et comme il répondait, en s'incllnant bien bas. L'air désorienté, qu'on ne les tenait pas :

— a Hatei^vous donc alors de lancer en campagne Vos serviteurs, les miens! que l'on fouille l'Espagne, Et l'Afrique et le mondel.-.Etque feu, corde ou fer, Ouvrent k ces damnés les portes de l'enferl « —

nON RIBALDO.

Eh t c'est pour mon galant, comme dans mainte histoire

De paladin. Sa dame, un peu folle de gloire.

Lui donne mission d'aller mettre à néant

L'art des noira enchanteurs, d'occire le géant.

D'exterminer le monstre. — Aht cruelle aventurel

S'exterminer soi-même!... — Et puia, quelle torture

Qu'une telle constance envers un trépassé!

Que Je plains son mécompte! Amoureux Insensé,

Qui pensait qu'une fois le mari sous la terre,

La veuve accueillerait son aubade adultère I

Le raille-t-elle assez, cette fidélité

Qui dédaigne le temps et veut rétemité7

N'est-il pas de sa honte obsédé sans rel&cheî

Être en vain meurtrier t Dieu! s'être en vain fait lAchel

0 désarroi!... — Veillons pourtant; car, son cerveau

Doit machiner, dresser qnelqu'attentat nouvean...

Oui, pent-étre, déjà, sa Iftcheté hardie Comblne-t-eUe tut plui de rapt et d'Incendie! Mais Je sula là.

loi on dliUngn* as mb d* Inapa M mrWirltiiHintiii

J'«ntends comme le son d'un cor.

ORCO

Serait-ce don BrenousT

• OKCO, «prii «Tolr âcani«.

C'est lui qui vient chercher son entretien nocturne.

non RiHiLoo.

Dans quel lieuî

Je l'ai dll: dans ce lien tacltarne.

son alHALDO, d«ii(iunt It MUbUue.

Quoil devant- cet autelT... qu'il a peu de remordsl Le parfait mécréant I comme il brave les morts !

ORCO

Moins que vous ne pensez. Ses pâleurs, francs symptômes,

M'ont appris qu'il n'est guère Incrédule aux fantâmes.—

Mais, s'il peut redouter, dans le sombre parcours

De ce vaste tombeau, dans ses tours et détours,

De voir soudain surgir un spectre,— est-ce le vôtre?

C'est bien plutôt, je crois, le fantôme de l'autre,

Du pauvre Alvar I il sai t comme nous— mieux que nous—

Que le mort de céans, c'est Alvar, et non tousI

11 se dit que, la mer tenant votre cadavre,

Votre ombre, qui là-bas hante quelque vieux havre,

Ne pourrait, sans magie, à l'heure ofl tout est noir,

Beveoir de si loin visiter ce manoir.

Or, l'apparition de son autre victime,

Ne devant lui parler que de son moindre crime,

313 POÉSIES POSTHDUES.

Il ne la saurait craladre assez pour n'oser pas AIIh)Dter nuitamment ce temple du trépas.

DON BINALDO.

Ce deuil aux cent replis me sera favorable Pour entendre à loisir et voir le misérable, S^Ds en être entendu, ni ¥u,

OaCOf clrconipeiit.

Le bruit d'un pas...

Dérobez-vous.

l>On RITIALDOt ■■ nllr«nt iBDUmïDt dïirl^» le oénolapkB»

Ma haine, allons, rugis tout bas.

On» lil ■ RBti HT IM ipaaiu loii luge ttae,

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