‹ Poésies posthumesChapitre 99 sur 125 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DON niNALDO, ORCO, DONA MIRANDA.

UOH HINALDO.

Orco, tu disais vrai : le vent d'adversité

N'a rien pris à l'éclat de sa chère beauté.

Sa beautél qui pourrait l'empêcher d'être telleî

La mort même, la mort jamais le pourrait-elle T

N'est-il pas iosensé de craindre que ce corp?,

Cber-d'ceuvre harmonieux de grâces et d'accords.

Perde tout ce qu'il tient de l'ange et de ta fée

Et des vers du tombeau devienne le trophée!

Croyons plutôt, croyons qu'à l'imitation

Du corps de plusieurs saiots — dans une assomptioB

Mystique — défiant qu'un fossoyeur l'enterre.

Aux bras d'un cœur d'esprits il quittera la terre'....

— Mon sang brûle... •

ORCO, 1 pan. * •

Dieu bon, gouvernez ses transports.

Faites que le torrent ne brise pas ses bords.

OOnA HIRAHDA. Pndant la oonplM da nintlda, «lia ■ tnienf liDWment <l «bliqiitiii^iil ^la (BËna al «'»■! arrBl^a t la d»iu d>

Léocade — pourquoi sur mes célestes harpes

As-tu donc replacé ces funestes écharpes ?

Ce sont des voiles d'or qu'à ces doux instruments

Il faut à l'avenir donner pour vêtements.

Oui, del'oret des Heurs. C'est bien le moins, je pense,

HIRANDA. 337

Ces belle?, qu'on les tête et qu'on les récompense,

Après U sainteté du miracle Inonï

DoDt par elles tantôt J'eus le Œur ébloui.

DON niHALDO, t Ore».

Un niiracleï Mon Dieu! qu'est-ce doncT

ORCO

Je l'Ignore.

Hier soir, j'étais absent.

DONA UIRANDA, aUiDI t Oroo qn'ella prisé pour me contHiim

Çà, père Héllodore, Mon sage Directeur, on vous a raconté Le prodige par qui le ciel, dans sa bonté, Contrairement ft tous bénit et sanctlQe Ce coite funéraire où j'enferme ma vie t Vous ne prétendes plus qu'an séjour éternel, On s'offense d'un deuil et profane et charnel. Dans TOs sombres discours, du nom d'idolïtrie, Cette adoration ne sera plus flétrie I * non RinALDO.

Si près d'ellel... Martyre Infernal et dlïlnl — Ces harpesî que de fols, quand le Jour prenait fln. Tous deux nous les avons fait résonner ensemble 1

' ORCO

Le miracle Ignoré part de là, ce me semble I

nORA HIRANDA, irui mi wMBdr» BM rfpoiH it t. Rillodor*.

Bal voil& qu'à présent pour vous Justifier, Vous vous mettez, mon père, à me gloriSerl Hél non ; je ne suis pas une sainte, un modèle. Ce n'est pas le devoir à qui Je suis fidèle. C'est mon Rinaldo seul. Vantez moins ma vertu. Pourquoi me couronnerT Je n'ai pas combattu. Je n'ai fait que céder à l'ascendant de flamme Pour qui le ciel avait prédestiné mon Urne. Certes, ma race est digne! et sagesse et devoir

m POÉSIES POSTHUMES.

Comme Ils l'avaient sur elle, ont sur moi tout pouvoir.

Mais si d'un autre époux j'eusse été le partage.

Je n'aurais gardé franc l'or de moo pareniage,

Qu'à la condition de ne pas rencontrer

L'homme qui — disiez-vous — me fait Idolâtrer.

Le reste des galants m'eût trouvée invincible...

Mais triompher de lui l quel triomphe impossible!

Ahl je le seos : j'aurais risqué, pour son bonheur,

HoD céleste héritage et mon terrestre honneur.

Un tel péchélqul? MolTquoJl mon orgueil austère...

Eh bien, oui, j'eusse fait celai sombre mystère!

Allez, ce péché-là, je l'aurais épuré

Au creuset d'un amour si brûlant, si sacré,

Que Dieu, surpris devant la candeur de l'outrage.

En vain de me damner eût cherché le courage.

Ohl c'est bien de sa grâce un pur et simple don

Si je n'ai pas besoin d'un semblable pardon.

Cest la grâce — et non pas ma vertu — qui décide

De ma gloire. Qui saitT Peut-être au suicide

M'a- t-elleencor soustraite!.,. Oui, sainthomme, entre nous,

SI le mort tant chéri n'était pas mon époux.

S'il ne m'était qu'amant, — la terrible contrainte

De cacher ma douleur, d'être sans deuil ni plainte»'

De ne pouvoir tirer de mon affliction.

Comme autrefois mon père, une. religion,

Aurait pu me livrer consentante à l'envie

De me précipiter moi-même hors la vie...

DOK niKALDO.

Crime — attirant du ciel un foudre plus fatal Que toute félonie k l'honneur marital!

HliBiidd, d'un psi leDI et rAreiiri tb l'aueolr lur Is premier

âefré dn cénûupbfl.

ORCO

Bêlas I que la clarté de sa raison chancellel

MIIIA.NDA. 319

DON RIHALDO.

Oui, mais la passion dans sa force étincelle. J'admire son langage, et suis fier de savoir Que mon heur de mari ne doit rien au devoir. Et que de sa vertu l'amour seul est l'armure!

DOUA HIRANDA [slls «it à dmri concilia iD pied du cfinUplie).

J'ai beau tendre une oreille avide... aucun murmure.

Aucun soupir ne sort du cœur enfermé là,

Du cœur de Rinaldo... Mon Dieu! pourquoi cela?

Le mien, le mien si fort tressaille — et tant palpite.

Et si Tiolemraent vers lui se précipite!

Jadis, mon Binaido, ton cœur savait si bien

Frémir et s'enQammer au moindre appel du mien!...

Quoi, je n'ai pas d'aimant, de souffle, — qui déplace

Cette Immobilité — qui fonde cette glace ï —

Rien ne répond. Rien... Rien...

, DON niNALDO.

Mon Dieu! Mon Dieu! Mon Dteùl Sa démence me gagne — et je deviens de feu.

ORCO

Vous tentez le Seigneur. Il faut fuir.

* ' DON RINALDO

Non, Je reste.

onco.

Alors, maîtrisez mieux votre àmel Retenez Avec un frein meilleur ses bonds désordonnés!

DONA HIRANDA, lonjimn an ctnoupha.

J'ai parfois des instants pleins de rêve ~ oïl j'oublie Que Rinaldo n'est plus... — Dévorante folle I Qui m'en délivrera? — C'est un crucifiement ■ 28.

Que le réveil qui suit pareil eolvrement.

Ainsi, le désespoir d'apprendre la nouvelle

De sa mort — à plaisir pour moi se renouvelle.

De vérité, d'erreur après émotions.

M'épargnerez- vous pas vos persécutions^

Dans la nuit de mes mam, sans votre aiiernative.

Je me reposerais morne et contemplative.

(PanM.)

— Cependant... est-ce bien folie 7... est-li bien sûr Qu'il ne soit plus 7... qu'il dorme en proie au ver impur ? Est-^e que le Sauveur pourrait bien, ce doux mattre,

— Rinaldomort — souffrir que je conserve l'être? Est-ce que, dans mon sein, vie, ardeur et santé, De murmurer leur hymne auraient la cruauté,

SI dans le tien, mon preux, te grand poup d'agonie

Avait fait pour jamais taire leur harmonie ?

Est-ce que — toi dormant — ta moitié veilleraitî ,

Est-ce que toi glacé — ta chair palpiterait?

Si tu n'es plus, d'où vient que l'amoureuse extase

— Comme si tu vivais — me subjugue et m'embrase? D'où vient que mon front brûle et veut pour s'apaiser Le rafratcblssement de ton jeune baiser?

D'où vient que je t'appelle?...

non RliXALDO, chBDcelini d'IinH*

Attends, mon ange aimëel Bîent&t nous franchirons la limite enflammée Oui sépare pour nous le rêve du réel...

— 0 fortuné supplicel ô délice cruel I

DONA UrnANDA, SD comblB de U râTerls.

Ne suis-je pas assise en la vallée ombreuse Où son premier serment m'a faite bien heureuse? Oui, je vous reconnais, cieux et bois, chers témoinsi Si tout m'était ravi, vous me souririez moins. Portez k Rlnaldo, sur votre molle brise,

HIRAHDA. 331

lin peu du tendre ennui dont son amante est prise. Séduise2-le.-. qu*i! vienne, Ab ! réunissez-nous. Viens, mon cbevaiier, yiens. Reprends, ù mes genoux. Ta place accoutumée... appuie Ici ta tête... Des premiers rendez-vous recommençons la fête...

DOS RlnALDO.

Je foiblis.

DONA UIBAKDA.

Redisons nos plus anciens aveux...

Causon3chevalerie...—0hl viens, viens.. .jeté veuxl...

DON KINALDO.

Le sol manque SOUS moi... Le charme de i'ablme M'envahît tout entier... Je me sens sa victime...

DONA UlRAKDjf, 1 b«DI d< lufonir.

Vient-117 Vient-il 7

non RINALDO, an leatl de Ii folie.

Orco, sofs mon bon ange, toit Si vers elle je fais un pas -- poignarde-moi 1

DONA MIRANDA. Elle c)iani« loiil i oODp ds tdIi et d* liteg*.

Qui parle T

Elle 1* Uve d'an bDSd *l •■ dmll i Rinaldo.

Ah ! vous voilà, doo Brennus I Par mon père I M'annoncez- vous qu'enfin ma vengeance prospère ? Ont-ils eu, vos coureurs, d'assez bons destriers Pour atteindre le dos fuyard des meurtriers? Ces monstres sont-ils tous au pouvoir de vos armesï Puis-je mêler leur sang au fleuve de mes larmes? Les avez-vous, sénorl Dites: vous les avezî Mais donnez- les-moi donc. Mais vous me les devesl... Qu'on les rase I qu'on les enchaîne à triple cliatnel Qu'on prépare leur mort dans la salle prochalnel. Avant eox, sabre nu, soyez sur l'échafaud I Et décapitez-les vous-même!... C'est qu'il faat

33S POËSIKS POSTUDUES.

Que rhoflneur de frapper qui frappa votre frère Ne touche pas au bras d'uu Justicier vulgaire!

DOR RIHALDO. .

Que D'enlcnd-Il celai

DORA HIBANDA.

Qu'est-ce doncî vous semblez Tout coDfus Qu'avez-vous? Maïs vraiment vous tr^nbiei. Rien encore, est-ce pasï Valoe fut la poursuite... — C'est une injure à Dieu quel'heur de cette fuite! - Remettez- vous. ~- Croyons que l'on fera demain Ce que l'on n'a pu fuire aujourd'hui. — Votre mi^n, Mon frère! Pardonnez la clameur un peu forte Du farouche délire où le chagrin m'emporte. — Çà, voyons : votre main d'bidalgo, sans rancœurl

de iiupérgclioo.

DOn RIHALDO, (faia.

Grâce 1...

DONA UIRAHDA, se pirlaot t alle-iBéinB. DU c« ownMl ItcriM

Quel serrement l quel écho dans mon cœur!... Jusqu'ici nulle main de cavalier — hors celle Du mort — n'a fait courir une telle étincelle Dans mes sens. D'où provient ce surprenant émoiT Je ne puis démêler ce qui se passe en moi.

DOS RtNALDO.

Comment fuir maintenait?

D raie immabll*, eonine péiria^, apposatomlo, I» rorpa procM tui

Mlrandi, lea yeai datitt tur iLIr...

DOUA HIRANDA, tonjDurt 1 ell»4i«rag.

Dérobons-lui mon trouble.

— Mais comme II me regarde 1 Afa I mon émoi redoubla- Il a l'œil de son frère, et son regard de feu. Pourtant son frère et lui se ressemblaient si peu!

HIRANDA. 333

On dirait qu'il en prend le visage... ïa formel Ouil jusqu'au vêtement, tout chez lui se transforme! Oui! l'aspect de Brennus, comme un vague rideau. S'écarte — et laisse voir l'aspect de Rinaldol...

son RinALDO, arae «ploiLtm «l l'âliEgnal pou la ptndre

Ange! Amante!...

DONÂ HIRANnA, i«>snii« lostt eonp.

Ahin...

Sn Jettnt ce tmd cri, «Us lombt > la nattnt tant la* bna d'Orm, qui Ta la poier au plad du cjnolapba. Ll, alla ■'affalua airiaDIia,

Chère ombre... eDân...tODdoux empire...

M'aCTrancblt l'ame.,. enfin... je vais à toi... j'expire...

Sa léla ■■ebandcniu Domma il eUe tuil morU, DOn HIHALnC h prtclpItaDl iu alla arts on loodol dichliaM.

Non... Non... Non!...

Assassin 1 voulez-vous l'acheverT

DON RinALDO, lamantabla.

Sauve-Ial sauve-la!

ORCO

Dieu seul peut la sauver.

DOS RINALDO, ao priËm.

SouB^irez-vous— Seigneurmon Dieu, qu'elle suc combeî Et que pour Ht d'amour —je lui donne ma tombe?

D*Di tamaia) ««DSivinl dn fond da ihitae. ORCO, Btitn aidtfol«.

Femmes — c'est justement, lorsque le mal prévaut. Que votre piété se rencontre en défaut.

L« deni liliaataa aa IDnl agcnoullltaa 1 la droila at 1 U (ancba da doua MlraDda, «I naBjeni dg la lauinMC an loJ bliml rupim d«t «ncncai. EIIn n'7 parTlanati» pgi.

ORCO, dècoarift.

Hatheur t

DON RIHALDO, qui peut tom obirtnT it tu pinça. Il ■ (M

Me Tolci prêt, bien-aimée, à te joindre. Ensemble nous verrons l'aube éternelle poindre.

ORCO

Aucun mouvementl L'air d'ici-bas, vain secours,

Ar» toKnniK.

A la vertu d'en haut, femmes, ayons recours.

n tin 4< ton ponrroLnt bd rotaln qu'il pliu Hadi la main d* Hlnoda.

Ce rosaire est puissant.

■nuMnl d'atUnls. Paniitance d'ImniobllJlj dbti Hiranda.

Ehl quoi, rienï... mal étrange!...

non BIHALDO.

Nous avions trop d'amour. Le ciel jaloux se venge.

ORCO, eomna tnippi d'un* liupInlIOD inblta,

Ahl... ces harpes... oui... Oui.... peut-être...

DOH RtNALDO, pilpltant.

Quel espoirl...

ORCO, allant au barpH.

La sénora disait qu'un miracle... Il faut voirl...

U Mmt doDeamsiil la corda d« daui barpea, et lenr ttH nndrs dM MI) éoUani. Dona Hiranda » ranime, ae ment, a'aftte, ponue nn lOBf •OBpir «4 rsnna IM 7«u. Oreo Joint lei nalu.

Dieul •

DOn RIHILDO, trémiiaanl d-nne lola qui donle en»n.

Vivante? ^

ORCO, aiee aoUoni de gr»Mt.

Oull... ■

DOHA HIRANDA, triite et lantnitunta.

J'allais à lui. Qui me rappelle} Encor la vie, hélas!

DOn RINALDO, radieoi at ton, renfalaanl MB poifnard.

Ange, elle sera bellel

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