XXXII LE JEU DE PAUME
I^es antres de Paros de dieux peuplent la terre L'airain coule et respire. En portiques sacres» S'élancent le marbre et la pierre.
Toi-même , belle vierge à la touchante voix ,
Nymphe ailée, aimable sirène, Ta langue s'amollit dans le palais des rois, Ta hauteur se rabaisse , et d'enfantines lois
Oppriment ta marche incertaine, Ton feu n'est que lueur, ta beauté n'est que fard^
La liberté du génie et de l'art T'ouvre tous les trésors. Ta grâce auguste et fiére
De nature et d'éternité Fleurit. Tes pas sont grands. Ton front ceint de lumière Touche les cieux. Ta flamme agite, éclaire,
Dompte les cœurs. La liberté, Pour dissoudre en secret nos entraves pesantes,
Arme ton fraternel secours.
C'est de tes lèvres séduisantes Qu'invisible elle vole , et par d'heureux détours Trompe les noirs verrous, les fortes citadelles, Et les mobiles ponts qui défendent les tours ,
Et les nocturnes sentinelles.
Son règne au loin semé par tes doux entretiens Germe dans l'ombre au cœur des sages.
Ils attendent son heure, unis par tes liens.
Tous, en un monde à part, frères, concitoyens, Dans tous les lieux , d jns tous les âges.
Tu guidais mon David à te suivre empressé:
LE JEU 5JL t^AUME.
Quand, avec toi, dans le sein du passe, Fuyant parmi les morts sa patrie asservie,
Sous sa main , rivale des dieux , La toile s'enflammait d'une éloquente vie; Et la ciguë, instrument de l'envie,
Portant Socrate dans les cieux; Et le premier consul, plus citoyen que père ,
Rentré seul par son jugement,
Aux pieds de sa Rome si chère Savourant de son cœur le glorieux tourment, I/obgle mendié seul appui d'un grand homme; El l'Albain terrassé dans le mâle serment Des trois frères sauveurs de Rome.
Un plus noble serment d'un si digne pinceau
Appelle aujourd'hui l'industrie.
Marathon , tes Persans et leur sanglant tombeau Vivaient par co bel art. Un sublime tableau
Naît aussi pour notre patrie.
Elle expirait : son sang était tari ; ses flancs
Ne portaient plus son poids. Depuis mille ans, A soi-même inconnue , à son heure suprême ,
Ses guides tremblants , incertains Fuyaient. Il fallut donc, dans ce péril extrême. De son salut la charger elle-même.
Longtemps, en trois races d'humains.
Chez nous l'homme a maudit ou vanté sa naissance :
Les ministres de l'encensoir,
Et les grands, et le peuple immense, Tous à leurs envoyés confieront leur pouvoir. Versailles les attend- On s'empresse d'élire;