XXXIV LE JEU DE PAUME
On nomme. Trois palais s'ouvrent pour recevoir Les représentants de l'empire
D'abord pontifes, grands, de cent titres ornés,
Fiers d'un règne antique et farouche , De siècles ignorants à leurs pieds prosternés, De richesses , d'aïeux vertueux ou prônés.
Douce égalité, sur leur bouche, A ton seul nom pétille un rire acre et jaloux.
Ils n'ont point vu sans effroi, sans courroux. Ces élus plébéiens, forts des maux de nos pères,
Forts de tous nos droits éclaircis.
De la dignité d'homme, et des vastes lumière» Qui du mensonge ont percé les barrières.
Le sénat du peuple est assis.
Il invite en son sein, où respire la France,
Les deux fiers sénats; mais leurs cœurs
N'ont que des refus. Il commence : ' Il doit tout voir; créer l'État, les lois, les mœurs. Puissant par notre aveu , sa main sage et profonde Veut sonder notre plaie, et de tant de douleurs
Dévoiler la source féconde.
On tremble. On croit, n'osant encor lever le bras,
Les disperser par l'épouvante.
Ils s'assemblaient; leur seuil méconnaissant leurs paa Les rejette. Contre eux, prête à des attentats,
Luit la baïonnette insolente.
LE JEU DE PAUME. xxxvi
Pour n'circ point Français? pour commander aux lois
Pour 1 amener ces temps de leurs exploits, Où ces tyrans, valets sous le tyran suprême,
Aux cris du peuple indifférents, Partageaient le trésor, l'État, le diadème? iMais l'équité dans leurs sanhédrins même Trouve des amis. Quelques grands.
Et de d.gnes pasteurs une troupe fidèle, Par ta cclc-sle main poussés, Conscience, chaste immortelle.
Viennent aux vrais Français, d'attendre enfin lassés, Se joindre, à leur orgueil ahamlonnanl des prêtres D'opulence perdus, des nobles insensés Ensevelis dans leurs ancêtres.
Dientôtce reslo nièine est contraint de plier.
0 raison ! divine puissance !
Ton souffle impérieux dans le même sentier Les précipite tous. Je vois le Meuve entier
Rouler en paix son onde immense Et dans ce lit commun tous ces faibles ruisseaux Perdre à jamais et leurs noms et leurs eaux. 0 France! sois heureuse entre toutes les mères.
Ne pleure plus des fils ingrats, Qui jadis s'indignaient d'être appelés nos frères; Tous revenus des lointaines chimères, La famille est toute en tes bras.
Mais quevois-je? ils feignaient?Aux bords de notre Seine Pourquoi ces belliq^ueux apprêts?
Pourquoi vers notre cité reine Ces camps, ces étrangers, ces bataillous français
xxxviii LC J LU DE PAUME.
Tramés à conspirer au lic'pas de la Franco? De quoi rit ce troupeau d'eunuques du palais? Riez , lâche et perfide engeance l
D'un roi facile et bon corrupteurs détrônés,
Riez; mais le torrent s'amasse.
Riez; mais du volcan les feux emprisonnés Bouillonnent. Des lions si longtemps déchaînés
Vous n'attendiez plus tant d'audace!
Le peuple est réveillé. Le peuple est souverain.
Tout est vaincu. La tyrannie en vain, Monstre aux bouches de bronze, arme pour celle guerre
Ses cent yeux, ses vingt mille bras, Ses flancs gros de salpêtre, où mugit le tonnerre : Sous son pied faible elle sent fuir sa terre,
Et meurt sous les pesants éclats Des créneaux fulminants, des tours et des muraille»
Qui ceignaient son front délesté.
Déraciné dans ses entrailles.
L'enfer de la Bastille, à tous les vents jeté, Vole, débris infâme, et cendre inanimée; Et de ces grands tombeaux, la belle liberté,
Allière , étincelante , armée ,
Sort. Comme un triple foudre éclate au haut des cieux,
Trois couleurs dans sa main agile Flottent en long drapeau. Son cri victorieux Tonne. A sa voix, qui sait, comme la voix des dieux,
En homme transformer l'argile, c^
LE .IF.Il HF, PAUME. XXXIX
La terre Iressaillit. Elle quitta son deuil.
Le genre humain d'espérance et d'orgueil Sourit. Les noirs donjons s'écroulèrent d'eux-mêmes.
Jusque sur les trônes lointains Les tyrans ébranlés , en hâte à leurs fronts blêmes , Pour retenir leurs tremblants diadèmes ,
Portèrent leurs royales mains.
A son souffle de feu, soudain de nos campagnes
S'écoulent les soldats épars scatts '«'^
Comme les neiges des montagnes , Et le fer ennemi tourné vers nos remparts , Comme aux rayons lancés du centre ardent d'un verre, Tout à coup à nos yeux fondu de toutes parts, ^^i^.
Fuit et s'échappe sous la terre.
Il renaît citoyen ; en moisson de soldats --^r'f^ Se résout la glèbe aguerrie.
Cérès même et sa faux sarment pour les combats. Sur tous ses fils jurant d'affronter le trépas
Appuyée au loin, la patrie Brave les rois jaloux, le transfuge imposteur, '*^ -
Des paladins le fiT gladiateur, Des Zoiles verbeux l'hypocrite délire.
Salut, peuple français! ma main TrÊSSe pour toi les fleurs que fait naître la lyre. Reprends tes droits, rentre dans ton empire. Par toi sous le niveau divin le^^e/i?)
La fière égalité range tout devant elle. Ton choix, de splendeur revêtu, Fait les grands. La race mortelle sur loi lève son front si longtemps abattu.
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