ÉPILOGUE
Voilà ce que chantait aux naïades prochaines Ma muse jeune et fraîche, amante des fontaines, Assise au fond d'un antre aux nymphes consacré, D'acanthe et d'aubépine et de lierre entouré.
L'Amour, qui l'écoulait caché dans le feuillage,
Sorlil, la salua sirène du bocage.
Ses blonds cheveux (loUants par lui furent pressés
D"hyacinlhe et de myrte en couronne tressés :
i Car ta voix, lui dit-il, est douce à mon oreille
• Autant que le cylicc à la mielleuse abeille. •
OKta, mont ennobli par celle nuit ardente, Quand l'infidèle époux d'une épouse imprudente Reçut de son amour un présent trop jaloux, Victime du centaure immolé par ses coups; Il brise les forêts : ta cime épaisse et sombre l'.n un bûcher immense amoncelle sans nombre l.cs sapins résineux que son bras a ployés. Il y porte la flamme; il monte : sous ses pieds IKend du vieux lion la dépouille héroïque , El l'œil au ciel, la main sur la massue antique. Attend sa récompense et l'heure d'être un dieu, i-e vent souffle et mugit. Le bûcher tout ou (eu Brille autour du héros, et la flamme rapide Porte aux palais divins l'âme du grand Alcide !
J'étais un faible enfant qu'elle était grande et belle ; IZlic me souriait et m'appelait près d'elle. Debout sur ses genoux , mon innocente main Parcourait ses cheveux, son visage, son sein, l-'.l sa main quelquefois, aimable et caressante, Feignait de châtier mon enfance imprudente.
C'est devant ses amants, auprès d'elle confus,
Ouc la fièrc beauté me caressait le plus.
Que de fois (mais, hélas ! que sent-on à cet âge?)
Les baisers de sa bouche ont pressé mon visage I
Et les bergers disaient, me voyant triomphant :
« Oh ! que de bierîs perdus 1 0 trop heureux enfant 1
lU.
Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche,
Quand lui-même , appliquant la flûte sur ma bouche,
Riant et m'asseyant sur lui, près de son cœur,
M'appelait son rival et déjà son vainqueur.
II façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre
A souffler une haleine harmonieuse et pure ;
Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts,
Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois,
Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,
A fermer tour à tour les trous du buis sonore.