‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 6 sur 93 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

qu'il commença à ce sujet ue fùl demeuré imparfait k cause de la dispersion des manuscrits en plusieurs mains et en plusieurs lieux.

Oserai-je exprimer l'impression que je ressentis lorsque ces ouvrages, enfin rassemblés, tracés tous de sa propre main, me furent confiés après vingt-six ans li'ouMi? Chargé de ce précieux dépôt, avec quel recueillement je contemplais les traces fragiles d'une pensée qui allait devenir immortelle I Je relus ces chants îvec quelque chose de lYmotion que donnent l'écrit d'une /nain chérie et les affections les plus proches de noire cœur. Que d'affligeantes idées me rappelaient quelquesuns de ces caractères furtivement tracés, ces lignes pressées sur d'étroits feuillets choisis pour être soustraits 'a l'inquisition d'un geôlier 1 Le temps commençait de es attaquer, et je les déployais avec un soin presque égal a celui que j'avais vu naguère employer à Naplcs à dérouler les manuscrits d'Ëpicure ou d'Anacréon. Une révolution de la nature avait presque anéanti ces vieux poêles , et nos discordes , plus terribles encore, avaient longtemps menacé un des admirables disciples de ces éternels modèles.

Toutefois le jeune poêle ne fui jamais satisfait de ses esquisses. Le sens quelquefois douteux d'une pensée, les lours trop elliptiques, les mots que peut noter la critique, il les ?vait remarques lui-même. Il se blâmait souvent, et j'ai retrouvé des passages qu'il a\ail soulignés ou censurés de sa main. Ceux de nos juges pour qui la correelion est le premier des inérilcs, cl qui sont moins touchés des beautés d'un ouvrage qu'offensés de ses défauts, pourront trouver à exercer leur blâme dans ce recueil; mais ces esprits armés contre leur plaisir se souviendront peut-être que l'auleur ne parcourut de la carrière humaine que le temps des troubles et des pas-

SUR ANDRÉ CHÉNIER. xxi

sions. Exigeront-ils les saveurs de l'aulomne d'un fruit naissant tombé sous les coups d'un orage? Si vous lui voulez une correction irréprochable, allez redemandei l'infortuné au tombeau qui se ferma sur lui prématuré» ment.

Mais qu ai-je dit? André Chénier, peu de jours avant d'avoir été joté dans les prisons de Saint-Lazare, avait classé ses manuscrits en trois portefeuilles , et les avait numérotés de sa main. Le premier contenait ceux de ses ouvrages qu'il jugeait terminés, du moins selon la portée de son talent, et, dans son respect pour le public, il ne destinait que ceux-là à une prochaine publication. Le portefeuille n" 2 renfermait des ébauches trèsavancées, lesquelles pourtant paraissaient à l'auteur manquer des profils d'une méditation plus longue, d'un plus assidu travail, ou de quelque inspiration fortuite d'une de ces matinées qui viennent illuminer votre esprit. Ce que la vie est à l'argile , le poêle l'attendait encore de l'approbation d'un ami sans complaisance, ou de cette émulation plus mystérieuse qu'il avait coutume de puiser dans le sourire de Fanny ou de Néère. Entin le dernier portefeuille n'était qu'un recueil d'esquisses indécises et de vagues projets. C'est celui-là , et celui-là seul, qui a été conservé, et que le public connaît.

Voici la préface que le poêle avait esquissée pour le portefeuille n" 1 :

« L'auteur de ces poésies les a extraites d'un grand » nombre qu'il a composées et travaillées avec soin de- » puis dix ans. Le désir de quelque succès dans ce » genre et les encouragements de ses amis l'ont enfin w déterminé à se présenter au lecteur. Mais comme il » est possible que des amis l'aient jugé avec plus de fa- » veur que d'équité, et aussi que les idées du public ne • se rencootreot pas avec les siennes et les leurs, il a

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