‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 7 sur 93 · XXII NOTICE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE

» cru metlleur d'en faire l'essai en ne meltant au jour » qu'une petite partie de ses ouvrages. Car si le peu qu'il 1) publie est goûté, il en aura plus de plaisir et de cou- » rage à montrer ce qui lui reste; sinon, il vaudra mieux » pour les lecteurs d'être fatigués moins longtemps, et » pour lui de se rendre ridicule et ennuyeux en moins » de pages. »

Les deux autres portefeuilles , que sont-ils devenus? Celle question a trop d'intérêt pour n'être pas naturellement faite par nos lecteurs; nous souhaitons qu'elle soit résolue pour quelqu'un d'eux d'une manière plus heureuse qu'elle ne l'a élé pour nous jusqu'ici. Cette sorte d'enquête publique, nous l'avons commencée autrefois dans la Revue de Paris.

Les manuscrits qui, en 1819, nous furent confiés par les libraires, étaient dans un désordre à confirmer pleinement ces faits. Si l'on veut savoir par quels événements /es écrits du poëîe ont été livrés à l'impression pour la première fois, qu'on nous pardonne quelques détails dont fin térêt excusera peut-être la trivialité. Il nous fut dit par les libraires Baudoin qu'après avoir récemment publié en trois volumes le théâtre de Marie-Joseph Chénier, on leur avait, par convenance et comme assortiment de magasin , proposé d'acheter un volume de vers composé par un frère inconnu. Dès qu'on nous eut prié de parcourir les papiers de toutes formes qui composaient celle acquisition, nous reconnûmes combien il serait difficile d'y rien réunir de complet. Le peu d'ouvrages même de ce jeune ami de M. de Chateaubriand, dont les titres seuls s'étaient conservés dans les notes du Génie du christianisme, dans le Mercure de France, ou dans le Journal de Paris, auquel André Chénier avait confié plusieurs articles, ne se retrouvaient plus dans ce misérable dossier. Ainsi nulle trace de son poëme sur VArt

SUR ANDRÉ CHÉNIER. xxcn

d'aimer, d'un autre intitulé Hermès, d'un autre intitulé Suzanne. «Est-ce là, messieurs, tout ce que vous possédez? — Tout. — La famille n'a retenu aucun autre manuscrit? — M. Daunou, qui a fait l'office dami et d'exécuteur testamentaire, nous a appelés en présence des deux frères, MM. Sauveur et Constantin. Il a été apporté là deux liasses : une destinée à notre édition, et l'autre, n'enfermant, a-t-on dit, que des brouillons indignes de voir le jour, a été mise en la possession de M. Sauveur. »

On conçoit toute ma sollicitude. J'allai chez le dépositaire, dans un religieux désir de rendre au poète tout la reste d'honneurs que la mort ne lui avait pas ravis. D'abord on opposa, à la demande de consulter les papiers rejetés, les droits d'une propriété réservée. Mais, à travers la rivalité des intérêts, je fis comprendre aisément à un frère de Chénier que, désintéressé dans ces questions, je ne sollicitais une telle confidence que pour accomplir ce que je nommais mon devoir, et obtenir l'unique récompense que je voulusse de mon travail. Il se rendit à des considérations ainsi liées à la gloire de son frère, et consentit enfin, non à se dessaisir des originaux, mais à me permettre de les lire avec lui. On serait étonné d'apprendre aujourd'hui que ce fut là qu'ont été retrouvés l'élégie du Jeune Malade, l'idylle des Deux Bergers, et ces Fragments que les connaisseurs nous ont su gré d'avoir recueillis, malgré le peu d'étendue, des morceaux, et tout ce qu'il y avait d'inusité dans une pareille publication.

Toutefois je n'osai publier d'abord tous les fragments. Je ne saurais, pour les raisons que je dirai tout à l'heure, me repentir de cette discrétion d'alors : la réputation du poëte était toute à faire , et pouvait être compromise longtemps par tant d'imparfaites ébauches. Le volume

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