SUR LA MORT D'UN ENFANT
L'innocente victime , -au terrestre séjour,
N"a vu que le printemps qui lui donna le jour.
Rien n'est resté de lui qu'un nom , un vain nuage ,
Va souvenir, un songe, une invisible image.
Adieu , fragile enfant échappé de nos bras ;
Adieu , dans la maison d'où Ton ne revient pas.
Nous ne te verrons plus, quand de moijssons couverte
La campagne d'été rend la ville déserte ;
Dans l'endos paternel nous ne te verrons plus.
De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus.
Presser l'herbe et les fleurs dont les nymphes de Sein»
Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne.
L'axe de l'humble char à tes jeux destiné^
Par de fidèles mains avec toi promené ,
Ne sillonnera plus les prés et le rivage.
Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage,
N'inquiéteront plus nos soins officieux ;
Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux
Les efforts impuissants de ta bouche vermeille
A bégayer les sons offerts à ton oreille.
Adieu , dans la demeure où nous nous suivrons tous ,
Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.
Ah 1 j'atteste les cieux que j'ai voulu le croire,
J'ai voulu démentir et mes yeux et l'hisloire.
Mais non ! il n'est pas vrai que les cœurs excellents
Soient les seuls en effet où germent les talents.
Un mortel peut toucher une lyre sublime ,
Et n'avoir qu'un cœur faible, étroit, pusillanime,
Inhabile aux vertus qu'il sait si bien chanter,
Ne les imiter point et les faire imiter.
Se louant dans autrui, tout poêle se nomme
Le premier des mortels, un héros, un grand homme.
On prodigue aux talents ce qu'on doit aux vertus ;
Mais ces titres pompeux ne m'abuseront plus.
Son génie est fécond, il pénètre, il enflamme;
D'accord. Sa voix émeut, ses chants élèvent l'âme ;
Soit. C'est beaucoup, sans doute, et ce n'est point assez
Sait-il voir ses talents par d'autres effacés ?
Est-il fort à se vaincre , à pardonner l'offense ?
Aux sages méconnus qu'opprime l'ignorance
Prête-t-il de sa voix le courageux appui ?
"Vrai, constant, toujours juste , et même contre lui,
Homme droit, ami sûr, doux, modeste, sincère, Ne verra-l-on jamais Tespoir d'un beau salaire. Les caresses des grands, l'or ni l'adversité abaisser de son cœur l'indomptable fierté? Il est grand bomme alors. Mais nous , peuple innliie Grands hommes pour savoir avec un art facile, Des syllabes, des mots, arbitres souverains, En un sonore amas de vers alexandrins , Des rimes aux deux voix famille ingénieuse, Promener deux à deux la file harmonieuse!
Belles, le ciel a fait pour les mâles cerveaux
L'infatigable étude et les doctes travaux.
Pour vous sont les talents aimables el faciles.
0 le sinistre emploi pour les grâces. . . .
De poursuivre une sphère en ses cercles nombreux ,
Ou du sec A plus B les sentiers ténébreux!
Quelle bouche immolée à leurs phrases si dures
-4ura jamais la nuit de suaves murmures,
Et pourra s'amollir à soupirer mon cœur !
Mon âme! et tous ces noms d'amoureuse lanfîucur?