JEUNE FILLE ET LES FLEURS
L'âme de mille fleurs dans les zéphyrs semée.
Afldré Chénier.
Jeune fille des champs , vierge aux brillants cheveux ,
Tu souris et ne sais , enfant , ce que tu veux.
Tu butines des fleurs dont tu pares ta tête ,
Et seule tu te plais à des pensers de fête ;
Puis ces fleurs dont ta main , ta main aux légers doigts ,
Entrelaçait les nœuds recommencés vingt fois,
Tu n'en veux plus ; ces fleurs si bien faites pour plaire
Soulèvent, et pourquoi? ta mutine colère.
Ton giron s'embaumait de leurs flots diaprés,
Et tu vois en dédain ces dépouilles des prés,
Et tes jeux enfantins en ont jonché la route,
Et le soleil les fane. 0 jeune fille , écoute !
N'entends-tu pas des voix, de faibles voix, tout bas,
Comme un soupir du vent murmurer sous tes pas?
Dans cet air pur qui joue autour de ton visage,
Enfant , ne sens-tu rien te toucher au passage ?
Ce sont les voix , hélas , les spectres de ces fleurs
Mortes par toi , venant te chanter leurs douleurs :