A MADAME G*** S
Hier, j'étais aux champs; la soirée était pure; Le feuillage naissant n'avait pas un murmure , Et l'haleine du soir n'apportait d'autre bruit Que la voix de l'oiseau qui soupire la nuiU Au milieu de ces bois à la verdure tendre , Bien longtemps j'écoutai, sans me lasser d'entendre, Du rossignol caché l'hymne mélodieux , Triste comme la terre et pur comme les cieux. Soudain il s'envola; je vis , à travers l'ombre, Passer l'oiseau chétif à l'aile grise et sombre. Pourquoi , dis-je , le ciel n'a-t-il pas d'un beau corps Vêtu cette voix pure aux limpides accords?
Ce soir la même voix a séduit mon oreille Et, doublement charmé , ce soir je m'émerveille Que le ciel ait pu joindre à d'aussi purs ^ccents Ce radieux visage et ces yeux ravissants.
Chantez, chantez encor, voix délicate et pure ; A défaut du ciel bleu, de la verte nature,
Pour vous entendre ici vous trouvez réunis L'art, l'esprit , la beauté , que le ciel a bénis. Cela vaut certes bien un bosquet solitaire ; Vous n'avez pas besoin de l'ombre et du mystère : Laissez au rossignol l'obscurité du soir; On aime à vous entendre, et l'on aime à vous voir.