A M. FLORENTIN DUCOS
0 fille de Latone, ô reine au front d'argent,
Blanche Phœbé , protège un berger diligent !
Je ne vais point, bravant tes nocturnes mystères,
Allumer les flambeaux des amours adultères ,
Ni , conduit par l'espoir d'un ténébreux larcin ,
Préparer l'embuscade et le fer assassin ;
Je vais (c'est le seul but qui, si tard, me soutienne) ,
Pour plaire à Phialé la blonde Athénienne ,
La jeune Phialé dont les cheveux dorés
Aux flammes de ton frère ont été colorés ;
Je vais surprendre un nid où dort une couvée ,
Qui près d'elle vivra par mes soins élevée ;
Car naguère , passant près de ces- arbrisseaux ,
Phialé s'est complue aux chansons des oiseaux.
Toi , Phœbé , si jadis , en sa grotte dormante , D'un berger comme moi tu daignas être amante ,
PHIALÉ. 241
Si tu vins caresser de ton pâle rayon Les beaux yeux assoupis du pâtre Endymion , 0 déesse , entends-moi du haut de ton ciel vaste , Prête-moi tes clartés, car mon amour est chaste, Et dans mon cœur limpide il rayonne aussi pur Que ton disque éclatant dans ce limpide azurl
Au mois de l'hécatombe , en nos Panathénées,
Quand de fleurs et de fruits les vierges couronnées ,
Sur leurs têtes portant le miel et les gâteaux,
S'assemblent dès l'aurore au penchant des coteaux ;
Puis traversant la ville en blanches Théories ,
Vont à Minerve offrir les guirlandes fleuries ,
Et le Péplum d'azur que leurs mains ont filé ;
J'ai vu , je ne vois plus dès lors que Phialé.
Phialé ! ton doux nom vient sans cesse à mes lèvres ;
Au penchant de l'Hymette, où je conduis mes chèvres,
Je m'asseois et je cherche, en redisant ton nom,
L'humble toit de ta mère au pied du Parthénon.
Je néglige , en pensant à toi , vierge adorée ,
Le soleil qui descend derrière le Pirée.
La nuit vient; le troupeau me demande en bêlant
Pourquoi vers le bercail le retour est si lent ;
Et mon père s'écrie au seuil de sa demeure :
— « 0 l'amoureux berger, peu soucieux de l'heure! »
C'est toi, vierge aux yeux noirs, au visage vermeil, C'est toi pour qui j'oublie et l'heure et le sommeil , Toi pour qui, m'arrachant à ma couche lointaine, Jusques à l'Uyssus j'ai traversé la plaine.
Paies m'a laissé voir sous ces yeuses verts
Un nid où trois oiseaux d'un blanc duvet couverts
Se pressent dans la mousse et ne font que d'éclore.
Moi , tandis que leur plume inerte et faible encore
Dans le liquide éther ne peut les appuyer,
J'ai tressé de mes mains cette cage d'osier.
Je veux y réunir les petits et la mère ,
Près d'eux elle oublîra la servitude amère ;
J'émietterai le pain et la graine pour eux ,
Puis, enflant mes pipeaux, en des rhythmes nombreux ,
Longtemps je chanterai , les instruisant moi-même ,
A moduler pour toi les chants que ta voix aime.
Juin 1851.
JE PÈftSË A VÔilÉ
A MARIE DÉSIRÉE
Je pense à vous , ma jeune bieri-aimée , Quand le jour najt , quand ta rose embaumée S'ouvre au matin scintillante de pleurs , Quand l'alouette ouvre son aile grise , Yole en chantant . vole au ciel , sur la brise Et le parfum des fleurs.
Je pense à vous quand le soleil décline , Quand le brouillard, sur la yerte colline, Étend au soir ses humides réseaux ; Quand la forêt à de plus doux murmures, Et que la lune , à travers ses ramures , Argenté les ruisseaux.
Je pense à vous lorsque l'éclair s'enflamme , Et dis : — « Seigneur, des orages de l'âme Épargnez-lui la fatigue et le fiel 1 » Quand le ciel bleu rayonne sur nos têtes,
Je pense à vous , mon ange , car vous êtes Pure comme un beau ciel.
Je pense à vous aux pieds de la Madone ; En implorant la Vierge qui pardonne , C'est votre nom que je dis à genoux ; J'espère alors que, sur ces mêmes pierres, Pour moi, plus tard, vous aurez des prières... J'ai tant prié pour vous!
Je pense à vous ; car sans vous point de joie ; Sans vous, les jours que le Seigneur m'envoie, Sombres ou purs , passent inachevés ; Il n'est sans vous nul plaisir que j'envie ; Mon cœur n'est plus en moi-même , et ma vie Est toute où vous vivez.
Je pense à vous, que j'aille, que j'arrive, Que je regarde , en rêvant sur la rive , Le ruisseau fuir, comme fuiront mes jours ; Je pense à vous, que je m'endorme ou veille ; Triste ou joyeux , 6 ma jeune merveille 1 Je pense à vous toujours. •