LÀ RONDE DÉS ÈEES
La nuit venait brumeuse et sombre , Il s'enfonça gaîment dans l'ombre En chantant plus haut sa chanson.
La lune , au travers de chaque arbre.
Dardant sur lui son œil de marbre ,
Le suit de buisson en buisson.
A peine son pied solitaire Froisse-t-il quelque feuille à terre ; L'écho ne répète aucun bruit Que le sifflement de l'orfraie , Dont la doleote voix effraie Plus que le silence et la nuit.
A ce cri , qui semble une plainte , L'âme d'un effroi vague atteinte , Il se détourne, il a pâli.
C'est l'endroit de la triple route, Où le ruisseau fuit goutte à goutte , Sous les vapeurs enseveli.
A travers le brouillard d'opàlè ,
Une apparition plus pâle
Que la pâle neige du Nord ,
Du flot dormant où son pied plonge,
Monte, incertaine comme un* songe,
Et se tient debout sur le bord.
La lueur de l'astre nocturne Éclaire son front taciturne Et semble glisser au travers ;
Un regard qui fascine l'âme Sort, froid et pourtant plein de flamme , De ses yeux fixement ouverts.
Nulle ombre à ses pieds ne s'étale; Autour de sa taille idéale Flotte un vaporeux vêtement; Son front aérien se penche....
On dirait une rose blanche Qui s'entr'ouvre languissamment.
— « Jeune et beau voyageur, dit-elle, Où vas-tu quand la nuit est belle , Quand la lune argenté les fleurs?
Tu cours vers une folle amante Qui te séduit, qui te tourmente , Et qui se raille de tes pleurs.
« Je sais un amour plus suave.
Viens à moi ! cesse d'être esclave , Lorsque tu pourrais être roi.
Viens danser sur l'onde azurée ,
Dormir dans ma grotte nacrée
Viens, beau voyageur, viens à moi! »
Alors son voile qui se lève
Laisse entrevoir, gracieux rêve,
Un sein tout palpitant d'émoi ;
Sa bouche lascive et mutine
A l'insensé qu'elle fascine
Redit : — « Viens à moil... viens à moi l... »