‹ Poésies (volume 2)Chapitre 109 sur 208 · LÀ RONDE DÉS ÈEES · texte numérisé non relu

LÀ RONDE DÉS ÈEES

La nuit venait brumeuse et sombre , Il s'enfonça gaîment dans l'ombre En chantant plus haut sa chanson.

La lune , au travers de chaque arbre.

Dardant sur lui son œil de marbre ,

Le suit de buisson en buisson.

A peine son pied solitaire Froisse-t-il quelque feuille à terre ; L'écho ne répète aucun bruit Que le sifflement de l'orfraie , Dont la doleote voix effraie Plus que le silence et la nuit.

A ce cri , qui semble une plainte , L'âme d'un effroi vague atteinte , Il se détourne, il a pâli.

C'est l'endroit de la triple route, Où le ruisseau fuit goutte à goutte , Sous les vapeurs enseveli.

A travers le brouillard d'opàlè ,

Une apparition plus pâle

Que la pâle neige du Nord ,

Du flot dormant où son pied plonge,

Monte, incertaine comme un* songe,

Et se tient debout sur le bord.

La lueur de l'astre nocturne Éclaire son front taciturne Et semble glisser au travers ;

Un regard qui fascine l'âme Sort, froid et pourtant plein de flamme , De ses yeux fixement ouverts.

Nulle ombre à ses pieds ne s'étale; Autour de sa taille idéale Flotte un vaporeux vêtement; Son front aérien se penche....

On dirait une rose blanche Qui s'entr'ouvre languissamment.

— « Jeune et beau voyageur, dit-elle, Où vas-tu quand la nuit est belle , Quand la lune argenté les fleurs?

Tu cours vers une folle amante Qui te séduit, qui te tourmente , Et qui se raille de tes pleurs.

« Je sais un amour plus suave.

Viens à moi ! cesse d'être esclave , Lorsque tu pourrais être roi.

Viens danser sur l'onde azurée ,

Dormir dans ma grotte nacrée

Viens, beau voyageur, viens à moi! »

Alors son voile qui se lève

Laisse entrevoir, gracieux rêve,

Un sein tout palpitant d'émoi ;

Sa bouche lascive et mutine

A l'insensé qu'elle fascine

Redit : — « Viens à moil... viens à moi l... »

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