LE CHANT DES ORGUES
Silence dans la nef! Le soleil d'occident
Vers l'horizon pourpré s'incline,
Et son disque d'or illumine La rosace qui luit ainsi qu'un disque ardent. Peuple ! prêtres ! vous tous enfants de la prière, Laissez quelques instants les cantiques sacrés , Par les derniers échos vaguement murmurés,
S'endormir dans le sanctuaire 1
Silence ! entendez-vous comme en nos cœurs troublés
Un vague prélude circule,
Pareil au vent du crépuscule Qui court mélancolique et pleure dans les blés? C'est l'orgue qui répond à des mains palpitantes ; Sa voix s'enfle, grandit , et soudain , jusqu'aux cieux , Sous l'effort cadencé des doigts mélodieux ,
Jaillit en notes éclatantes.
Écoutez t écoutez ! c'est le souffle de Dieu Qui descend à travers l'espace
Dans les splendeurs de la rosace, Rayon divin formé de musique et de feu. Les grands tubes d'argent ont une âme , un génie , Ils vibrent tour à tour, éclatent à la fois, Chacun naît pour chanter, chacun prend une voix
Et respire son harmonie.
C'est le gémissement des lointains aquilons
Agitant la forêt profonde,
Le tonnerre qui roule et gronde , Par les monts répété de vallons en vallons. Ce sont des cris , des pleurs, des cantiques d'ivresse, Des hymnes palpitants d'amour et de terreur, Des soupirs à la fois pleins d'une sainte horreur,
Et d'une indicible tendresse.
Chantez ! échos du ciel , voix d'espoir et d'amour !
Et toi qui réveillas l'aurore,
0 musique , soupire encore Pour bercer la nature et fermer l'œil du jour ! Tes sublimes concerts donnent l'essor à l'âme : Elle frémit, s'élance, et, du pied de l'autel , Dans des flots d'harmonie et d'encens , jusqu'au ciel
Monte avec ses ailes de flamme.
C'est alors qu'une sainte et pure vision
Inonde le coeur du poète ;
Sous ses doigts la harpe inquiète Frémit , comme autrefois le kinnor de Sion , Quand des fils de Jacob il annonçait les fêtes ,