‹ Poésies (volume 2)Chapitre 12 sur 208 · LE CHANT DES ORGUES · texte numérisé non relu

LE CHANT DES ORGUES

Quand le temple s'ouvrait à l'arche du vrai Dieu , Quand Eloïïn parlait et que sa voix de feu Brûlait la bouche des Prophètes.

Or, j'entendais un bruit , comme les grandes eaux

Se brisant aux rocs de la plage ;

La sueur baignait mon visage, Et je sentais courir le frisson dans mes os. Tantôt l'orgue roulait la note monotone , Tantôt rauque il enflait les trompettes d'airain ; Et mon cœur palpitait comme un voile de lin

Agité par le vent d'automne.

Soudain tout expirait... Alors de doux accents.

Hymnes d'amour et de mystère ,

Et tels que jamais sur la terre Souffle embaumé de fleurs ne parfuma nos sens ; Échos lointains du ciel et de ses divins charmes , Semblaient percer l'espace et rayonner sur nous ; Je me sentais faiblir, je tombais à genoux

Et mes yeux se mouillaient de larmes.

Salut , trône de Dieu , demeure des élus ,

Gloires de la vie éternelle !

Salut Sion, cité nouvelle, Divin parvis ouvert au juste qui n'est plus ! Je vois les séraphins aux ailes flamboyantes Toucher les cordes d'or des harpes de saphir; La vapeur des parfums d'Ecbatane et d'Ophir

Monte en colonnes ondoyantes.

Tout à coup Thosanna résonne dans les airs;

Le monde a tremblé dans l'espace...

Il vient! c'est lui ! c'est Dieu qui passe, En étendant la main d'en haut sur l'univers. Les chérubins courbés comme au vent les pervenches , Enivrés d'un bonheur qui ne finira pas , Contemplent en tremblant la trace de ses pas ,

A l'ombre de leurs ailes blanches.

Hosanna 1 gloire à vous, Dieu tout-puissant!... Et toi ,

Musique , voix des espérances ,

Consolatrice des souffrances , Écho d'une autre vie en qui nous avons foi , Répands sur nous l'éclat de ta sainte auréole ; Viens ! viens, âme nouvelle, en nos âmes vibrer, Prodiguant tes soupirs qui nous font tant pleurer,

Et ton doux chant qui nous console.

Gloire à Dieu !... Mais déjà tous les chants ont cessé.

Dans la nef aux sombres ogives,

De l'orgue les notes plaintives Roulent en s'éloignant comme un cri du passé. Sous le portail ouvert le peuple à flots s'écoule ; La vision s'efface, et je ne vois aux cieux Que le dernier rayon, glissant silencieux

Sur les fronts courbés de la foule.

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