A LEON RIVIERE
« A l'œuvre, fils des Arts , enfantez un prodige ! Je veux un monument tout brillant du prestige
De notre siècle colossal.
Je veux qu'il soit un jour le blason de nos gloires, Qu'il ait pour diadème un cercle de victoires,
Pour fleuron l'aigle impérial !
« Il sera de Paris la plus noble couronne , Rival du Panthéon , frère de la Colonne,
Patrie, il sera ton autel I Des temps accumulés il percera le voile, Et je lui donnerai le nom de mon Étoile,
Pour que son nom soit immortel ! »
Ainsi Napoléon, l'homme aux vastes idées , Voyait son monument, déjà de cent coudées,
Debout devant son œil de feu ; Alors il ignorait la fortune infidèle, Et rêvait dans son cœur la puissance éternelle. . .
Il n'est rien d'éternel que Dieu !
Dix ans après , les Huns débordaient dans la ville, Et sur le conférant leur populace yj.Ie.
Versait l'injure et la fureur.
Débris inachevé du règne de son maître, Le vaste monument , ruine avant de naître,
Longtemps pleura son Empereur.
Enfin , un Roi , jaloux d'un si noble héritage , Adopta des lauriers que Ton voulait flétrir; Heureux de conserver aux Français d'un autre âge Ce qui ne doit jamais mourir.
Et l'œuvre s'accomplit ! calme après les tempêtes
Le peuple, dans sa majesté, Libre depuis six ans , resserrait par des fêtes
Son pacte avec Ja liberté.
Le drapeau reconquis , éclatant météore, Palladium de vie et d'affranchissement, Déployait dans les airs sa flamme tricolore «
Sur le sommet du monument.
L'ARG tfE TRIOMPHÉ. $55 ,
Napoléeif Tatàit ôotifcu dans sa puissance,
Pbittjjpe l'avait: achevé ; La paix réalisait, avec roagniflceiice,
Oé que ia gttèrrè avait rèté.
La foule applaudissait par des elêtmèurè d'ivresse ; Car une voix semblait nous dire : — « Venez; tous! Sur ce tropné'e allier que de gloire se presse! foute cette gloire est à vous.
« Voyez comment les arts à la France fidèles
Savent venger nos demi-dieux , Et comment, héritiers des splendeurs paternelles,
Nous éternisons nos aïeux !
« Lisez ces noms guerriers, ces listes triomphales; Ce sont vos chefs , et tous au-dessus des revers , Ont toujours maintenu les balances égales Entre la France et l'Univers. »
Sublime monument y redis-nous notre histoire ;- Ressuscite nos morts dans leur lineeul de gloire) Que chacun appelé se réveille à son nom ! Rends-nous le grand Empire et ses combats épiques , Et nos républicains, à peine armés de piqueë, Soldats improvisés, grandis sous le canon !
Ils sont là , devant moi , ces jours de renommée ; Le peuple s'est levé, comme une seule armée :
— Où vas-tu donc, Guerrier? — Venger la liberté! •
— Où vas-tu donc, Vieillard? — Mourir sur les frontières!
— Où vas-tu donc, Enfant ? — Vaincre comme mes pères !
— Où vas-tu donc, Patrie? — A l'immortalité !
Gomme, autour des drapeaux déployés sur leurs têtes, Us marchent de ce pas dont on marche aux conquêtes ! Comme, dans le combat, naissent les généraux ! Bellone au-dessus d'eux étend ses vastes ailes Et leur montre de loin les palmes immortelles... Us sont partis soldats ; ils reviendront héros!
Les voilà! les voilà, les enfants de la France , Qui, vainqueurs et vengés, reviennent parmi nous! Ces ennemis hautains, qui, dans leur insolence, Se partageaient entre eux nos dépouilles d'avance, * Plus vils qu'ils n'étaient fiers , embrassent nos genoux.
Mais quel est ce héros que la gloire accompagne? Victoire, il est ton fils; me diras-tu son nom? S'appelle-t-il César, Cyrus ou Charlemagne ? — « Interroge les rois, du Caucase à l'Espagne, Les rois épouvantés diront : — a Napoléon !... »
Est-ce un homme? est-ce Dieu lui-même ou son Prophète? Hier, il n'était rien : il est tout aujourd'hui ;