L*AR€ DE TRIOMPHE
Il dort sur un canon ; la bataille est sa fête ; Il moissonne la gloire; il sème la défaite; Et l'Europe n'a plus de lauriers que pour lui.
Mais sur combien de renommées Il appuya son pied fatal !
Combien il écrasa d'armées Pour s'élever un piédestal î Clio, qui , sur ces vastes tables , Burinas nos faits mémorables , Redis à la postérité Comment se gagnent les batailles , Comment se font ces funérailles Qui donnent l'immortalité.
Voici les plaines de Jemmappe, Beau nom , parmi les noms guerriers.
L'ennemi succombe ou s'échappe ; Tout tremble devant Du mou riez.
Combien de palmes le couronnent !
Combien de héros l'environnent , Inaccessibles à l'effroi !
Un surtout brave la tempête.
0 France, veille sur sa tête, Un jour il veillera sur toi !
Là , quel est ce guerrier qui tombe, Bien jeune pour sitôt mourir?
•58 POÈMBB ET POASISB.
Etait-il donc fait potfr la tombe, Marcétiu, qui brillant d'avenir, Qeâfld le sort trahit son cotfragëj Pour se venger d'un tel outrage, Ne voulut qu'un sabre nouveau ?
Il meurt, et l'ennemi sans haine Vient , comme autrefois pour Turenne, Bénir avec nous son tombeau.
Plus loin , o'est encor Bonaparte, C'est le Corse au cœur de. lion ; C'est un fils de Borne ou de Sparte, Léonidas ou Scipion.
Dans les plis q> drapeau d'Arcole, Comme un Dieu dans son auréole, Il semble monter jusqu'aux pieux.
Il s'élance, il parait , tout plie ; Et les peuples de l'Italie Baisent ses pieds victorieux.
Mais , dans son essor magnifique, Le guerrier ne s'arrête pas :
Des vaisseaux! du ferl en Afrique !
L'Europe a manqué sous ses pas.
Suis-le, Kléber, sans plus attendre* La vieille cité d'Alexandre A nos soldats résiste en vain.
Ils anoblissent la Patrie, Et la palme d'Alexandrie S'unit aux lauriers du Tésin.
L'AflG DE tRlOMPHË. 269
A mort les cavaliers Numides !
Quarante siècles réveillée Ont vu , du haut des Pyramides, Fuir leurs escadrons effrayés.
Aboukir encor les rassemble; C'est qu'ils veulent mourir ensemble.
Secondez, votre chef, soldats L Entre ses mains la foudre gronde ; 11 est aussi grand que le monde, Quand vous le suivez aux combats !
Tout à coup, la France lui crie :
— « Sois consul, sois notre rempart! »
Il revient, venge la Patrie;
Et de consul se fait César.
11 ressuscite Charlemagne,
Il paraît; l'effroi l'accompagne.
Tremblez, Anglais, Prussiens, Strélilz!
Sa gloire, éblouissante aurore,
Grandit, monte, grandit encore.
Salut au soleil d'Austerlitz !
Qu'elle était radieuse et belle
La France de Napoléon ,
Quand l'aigle écrasait d'un coup d'aile
Le léopard et le lion ;
Quand , d'un œil rival de la foudre,
Il courbait les rois , dans leur poudre,
Autdur du trône impérial,
Posant , au bruit de la fanfare,
Un pied sur Moscou la Tartare Et l'autre sur l'Escurial!
Mais un seul jour fait pâlir ton étoile. Rallume , ô Conquérant ! tes astres éclipsés.
Sans boussole et sans voile, Le vaisseau de l'Etat cède aux flots courroucés.
La France, en proie aux angoisses mortelles , Se relève, appelant ses fils... Cris superflus !
Ses défenseurs fidèles Sont glacés par la mort ot ne répondent plus.
Hélas! hélas! les, grandeurs sont brisées, Les gloires ont voilé leur sublime tableau ;
Les villes épuisées L'une à l'autre tout bas répètent : — « Waterloo ! »
O Waterloo! déplorable hécatombe!
Sur l'aigle impérial s'acharnent tous les rois.
Il vole, combat, tombe...
Mais accable en tombant l'Europe de son poids !
France! réveille-toi de tes douleurs stériles,
Tu n'as que trop pleuré tes morts des Thermopyles;