‹ Poésies (volume 2)Chapitre 13 sur 208 · LE COIN DU CIMETIERE · texte numérisé non relu

LE COIN DU CIMETIERE

Au coin du cimetière il est un tertre humide

Où, près d'un saule en pleurs , la fleur humble et timide

Germe sur un sol consacré ; J'y voudrais déposer une blanche couronne Et dire au Rédempteur qui console et pardonne :

Hélas ! mon Dieu ! j'ai bien pleuré !

Sur mon âme est tombé le voile des tristesses ; J'implore en vain de vous , qui plaignez nos détresses ,

Un seul rayon dans mon ciel noir ; Mbn cœur endolori dans les larmes se noie, Ma force est abattue et sous mon front tournoie

Le vertige du désespoir ;

Car il s'est en allé l'ami de mon enfance,

L ami de mon bonheur, l'ami de ma souffrance,

Le compagnon de tous mes pas ; Il est parti ! Pourtant du retour quand vient l'heure, Je l'attends chaque soir, triste en notre demeure...

Et je sais qu'il ne viendra pas.

Il est parti! mais c'est pour l'étornel voyage.

Par un beau soir d'automne, à la fleur de son âge,

Il nous a légué son adieu ; Son œil a resplendi d'une lumière étrange, Comme un feu qui s'éteint... et son âme, jeune ange,

S'est envolée au seifi de Pieu.

Je le revois encor sur sa dernière couche ; Un sourire divin illuminait sa bouche

D'une auguste sérénité ; Ses yeux , si mollement pressés par leur paupière, Me semblaient éclairer sa face tout entière,

Comme un reflet d'éternité.

Baisant avec respect sa tète fraternelle, Je croyais ranimer, sous ma lèvre fidèle,

Ce front blanc comme son linceul ; Mais, hélas! ces baisers ^out d'ampur et de flamme, Qui Mis confondaient mon fyne avec son âme,

N'avaient. plus d'écho qu'en moi seul.

Je restais prosterné çiao» la funèbre enceinte, Regardant tour à tour les cierges et l'eau sainte

Où s'humectait un buis bénit ; Et ce Dieu qui , du haut de sa croix tutélajre, Accueille ensemble un roi qui périt grand sur terre,

Un oiseau qui meurt dans sou nia\

Et de mon frère alors contemplant la figure, Je frémissais de voir l'humaine créature

le coitf bu GÎilÈtlÈRE. h

Calme et pâle cbminè son Dieu.

J'aurais voulu prier, je ti'eus point de prière; J'aurais voulu pleurer, mais en vain; ma paupière

S'agitait sur mon œil eh feu.

Hélas! on sent parfois de ces douleurs brûlantes , Qui dessèchent té sein comme des flammes lentes,

Où l'on implore du Seigneur Une larme, fût-elle unique et bien amère, Comme en dés temps plus doux, au Seigneur moins sévère . On demanderait le bonheur.

Je pus enfin pleurer ! et mon âme ravie Rouvrait derrière moi ce sillon de ma vie

. Par la faux du Temps efface.

Je retournais glanant tes fleurs de ma jeunesse, Tristes et seuls débris d'une moisson d'ivresse, Épars dans le champ du passé.

J'évoquais ces beaux jours de notre heureuse enfance, Que le souvenir vague, à défaut d'espérance,

Peuplait de rêves séduisants ; Songe consolateur venu d'un autre inonde, Je revoyais l'enfant, avec sa tête blonde

Et son teint rose de dix ans.

Et nous courions tous deux , dans les vertes allées , Après les papillons aux ailes constellées;

Je tenais sa main dans ma main , Partageant avec lui d'enfantines caresses, Lui souriant du cœur, et nos jeunes tendresses

Interrompaient notre chemin.

Bientôt nous déflant à la course légère,

Nous volions au logis , où notre heureuse mère

Nous tendait les bras sur le seuil; Nous joutions de baisers sur ses lèvres chéries... Oh ! les beaux souvenirs , les douces rêveries !

Et je rêvais sur un cercueil !

Au coin du cimetière il est un tertre humide

Où, près d'un saule en pleurs, la fleur humble et timide

Germe sur un sol consacré.

J'y voudrais déposer une blanche couronne Et dire au Rédempteur qui console et pardonne :

Hélas! mon Dieu ! j'ai bien pleuré !

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