‹ Poésies (volume 2)Chapitre 136 sur 208 · A FÉLIX ANDRY · texte numérisé non relu

A FÉLIX ANDRY

Mon cheval est roi de l'espace.

Moins prompt que lui , le coup d'oeil passe ,

Moins prompts les éclairs des fusils.

H boit le ventl et son crin sombre

Est bleu comme un pigeon dans l'ombre :

Mebrouck est l'orgueil du pays.

Mebrouck, ton cœur est- il malade?

Lorsque je suis en embuscade , Tu hennis , ô mon coursier noir, Tu frissonnes par intervalles ; C'est trop penser à nos cavales.

Va , mon fils, nous irons les voir !

Au loin nos tribus sont errantes.

Où rencontrer leurs larges tentes?

Où sont les vierges du Québla Et leurs pavillons d'écarlate?

Où sont le tapis et la natte Et l'hospitalité d'Allah?

N'avez-vous pas eu des nouvelles De nos juments , de nos chamelles , Des puits où mes frères ont bu?...

Dieu rende aveugles les infâmes Qui pourraient porter dans leurs âmes Haine aux enfants de ma tribu !

Leur course au midi se prolonge , Et mon cœur dans l'ennui se plonge.

Mebrouck , porte-moi vers les miens !

Mon oncle a des juments de race; De leurs aïeux on suit la trace Depuis les temps les plus anciens.

Chacune en sultane s'avance ; Un nègre de Kora les panse, Un nègre plus noir qu'un cercueil.

Il les mène au bain , il leur donne Le lait pur, Forge qui foisonne....

Dieu les garde du mauvais œil !

Dans leur troupe à l'amour rebelle, Mebrouck , tu prendras la plus belle , Et moi je verrai Chérifa , Chérifa , cette beauté fière, La plus noble et la plus altière Qu'un Dharaï jamais coiffa.

CHÉRIFÂ. 329

Ses cheveux, où l'or s'entrelace, Tombent autour d'elle avec grâce ; Vous diriez le plumage noir De l'autruche à la voix stridente , Qui demeure au désert et chante Auprès de ses petits le soir.

Son sourcil noir est l'arc du more ;

Les cils de cet œil que j'adore

Sont pareils aux barbes du blé

Mûri dans la saison nouvelle ;

Son œil est l'œil de la gazelle ; «

Qui pour ses petits a tremblé.

Sa bouche estl'aurore vermeille, Son haleine au musc est pareille ; De ses dents les deux rangs unis Semblent les gouttes de rosée , Dont au matin est arrosée La fleur qui parfume Tunis.

Près de sa peau douce et musquée , Du minaret de la mosquée L'albâtre étincelant jaunit ; Moins pure est la lune sans voile , Moins radieuse est une étoile Qu'aucun nuage ne ternit.

Le dessin d'un bleu tatouage Ajoute encore à so n visage

Je oe sais quel charme attrayaot; On dirait la fleur de la fève :

Dieu la fit belle comme un rêve, Pour ravir l'esprit d'un croyant.

0 toi , qui connais la contrée ,

Colombe à l'aile bigarrée ,

Qui portes un burnous d'azur

Si bienséant à tes épaules,

Toi qui roucoules sous les saules, *

Pars! vole à travers le ciel purï

Oiseau ! ma force est abattue ;

Car l'amour est un fer qui tue,

L'amour est un poignard vainqueur.

Va dire à ceile qui me charme

Qu'elle m'a porté , de cette arme ,

Deux coups, l'un aux yeux, l'autre au cœur.

LE

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