‹ Poésies (volume 2)Chapitre 137 sur 208 · ANCIEN REPRÉSENTANT · texte numérisé non relu

ANCIEN REPRÉSENTANT

Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine.

Napoléon.

Comme aux jours glorieux de Jason et d'Alcide , Quand le vaisseau d'Argus, lancé vers la Colchide,

Fit jaillir l'écume des flots , La Grèce applaudissait , et la lyre d'Orphée Vibrait, et les accents du divin coryphée

Encourageaient les matelots;

Tel apparaît , semblable à la trirème antique , Un navire nouveau , sur la mer Atlantique ,

Vers des bords lointains entraîné.

0 poètes 1 chantez l'hymne de l'espérance ; Viens , ô peuple ! et salue à son départ de France

Le navire prédestiné.

Apportez des lauriers, des guirlandes fleuries 1 Couronnez les grands mâts, les vasles galeries

De ce géant prêt à partir ; Car la France lui dit : — a Cours, vole à Sainte-Hélène ! Que Joinville dépose entre tes murs de chêne

Ce qui nous reste du martyr. »

Et, semblable au coursier respirant la bataille, Qui hennit et se cabre au bruit de la mitraille ,

Puis se rue en mordant son frein , Sur le flot frémissant il glisse , se balance , Tourne au souffle du nord sa voilure, et s'élance

Sur les ondes en souverain.

Pars! suivi de nos vœux et chargé de nos palmes ;

Va chercher, à travers les ci eux purs , les eaux calmes ,

La victime sur son autel !

Pars! ô toi qu'au retour attendent nos hommages, Aujourd'hui vaisseau frêle et sujet aux naufrages ,

Demain monument immortel !

En avant ! c'est l'espace immense

Où les flots succèdent aux flots !

La mer qui toujours recommence....

En avant, braves matelots !

Mais tout à coup quels cris s'entendent?

— « Terre! terre! » — Les bras s'étendent

Vers un rocher sombre et noirci.

Sur le vaisseau les canons grondent ;

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