ANCIEN REPRÉSENTANT
Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine.
Napoléon.
Comme aux jours glorieux de Jason et d'Alcide , Quand le vaisseau d'Argus, lancé vers la Colchide,
Fit jaillir l'écume des flots , La Grèce applaudissait , et la lyre d'Orphée Vibrait, et les accents du divin coryphée
Encourageaient les matelots;
Tel apparaît , semblable à la trirème antique , Un navire nouveau , sur la mer Atlantique ,
Vers des bords lointains entraîné.
0 poètes 1 chantez l'hymne de l'espérance ; Viens , ô peuple ! et salue à son départ de France
Le navire prédestiné.
Apportez des lauriers, des guirlandes fleuries 1 Couronnez les grands mâts, les vasles galeries
De ce géant prêt à partir ; Car la France lui dit : — a Cours, vole à Sainte-Hélène ! Que Joinville dépose entre tes murs de chêne
Ce qui nous reste du martyr. »
Et, semblable au coursier respirant la bataille, Qui hennit et se cabre au bruit de la mitraille ,
Puis se rue en mordant son frein , Sur le flot frémissant il glisse , se balance , Tourne au souffle du nord sa voilure, et s'élance
Sur les ondes en souverain.
Pars! suivi de nos vœux et chargé de nos palmes ;
Va chercher, à travers les ci eux purs , les eaux calmes ,
La victime sur son autel !
Pars! ô toi qu'au retour attendent nos hommages, Aujourd'hui vaisseau frêle et sujet aux naufrages ,
Demain monument immortel !
En avant ! c'est l'espace immense
Où les flots succèdent aux flots !
La mer qui toujours recommence....
En avant, braves matelots !
Mais tout à coup quels cris s'entendent?
— « Terre! terre! » — Les bras s'étendent
Vers un rocher sombre et noirci.
Sur le vaisseau les canons grondent ;