PAYSAGE
Les rochers éloignés brillaient comme des marbres , Aux rayons du soleil.
La Seine , découpant le vaste paysage , Errait , serpent d'azur au gracieux contour, Reflétant sur ses eaux et le ciel sans nuage Et les bois d'alentour.
Elle se divisait parmi de vertes fies , Puis dans un Vallon creux cachait son cours changeant , Enfin reparaissait entre deux champs fertiles, Comme un ruban d'argent.
Ce grand fleuve à mes pieds , et cet horizon vaste , Ces champs, ces monts, ces bois, ce village écarté, Composaient un spectacle immense, plein de faste Et de sérénité.
Alors je vis de loin apparaître les hunes De deux sloops qui voguaient ensemble remontant; Entre leurs mâts légers s'enflaient ces voiles brunes Dont l'aspect te plait tant.
Ils couraient tous les deux avec les mêmes brises; Pour tous deux le soleil n'avait. qu'un seul rayon, Et les flots, soulevés par leurs carènes grises, Ne formaient qu'un sillon.
Or doucement vers toi mon âme ramenée , Tandis que mon regard se perdait sur les eaux,
Comparait de nos jours la double destinée Aux deux légers vaisseaux.
Ainsi tous deux , bercés entre de beaux rivages , Sous un dôme d'azur et sur de calmes flots, Puissions-nous n'embarquer, pour nos heureux voyages, Que de gais. matelots;
Puissions-nous, si le vent séparait nos voilures, Après avoir du temps éprouvé les rigueurs, Nous retrouver, changés peut-être de figures , Mais semblables de cœurs ;
Alors, comme ces sloops remontant de conserve, Lassés de tous les flots rebelles ou soumis , Surgir enfin au port que le ciel nous réserve , Toujours, toujours amis!