DERNIER VŒU
Quand vous rendrez ma dépouille à la terre , Ne placez point de marbre sur mon corps, Pour qu'au printemps quelque fleur solitaire Y puisse éclore et parfume au dehors.
Les morts couchés sous de pompeuses tombes Ne sentent pas nos larmes les mouiller, N'entendent pas roucouler les colombes , Ni les oiseaux le matin gazouiller.
A tout jamais pèse sur leur poitrine
Un marbre épais encor plus glacé qu'eux ,
Que le soleil vainement illumine ,
Sans qu'au travers passe un rayon joyeux.
De leur ennui rien ne vient les distraire , Et si le cœur que la vie a quitté Palpite encor dans son lit funéraire, Qu'il doit souffrir pendant l'éternité l
Déposez-moi daus les champs, sous la mousse, Semez autour des fleurs et du gazon, Qu'au renouveau quelque buisson y pousse , Que les oiseaux y fassent leur maison.
Que sans effroi les filles du village , Après la danse, y cueillent , vers le soir, La fleur des prés dont le muet langage Parle d'amour et présage l'espoir.
N'y mettez pas d'épitaphes ornées , Rien qu'une croix où tous puissiez venir, Et qui , détruite au bout de peu d'années, . Aura duré plu* que mon souvenir. .