L'INCENDIE EN MER
Vogue, navire ; étends tes voiles Entre le ciel brillant d'étoiles Et la mer abîme béant.
Sous ta mâture à triple tête, Pourrais-tu craindre la tempête, Toi, monarque de l'Océan?
Vogue à travers la nuit limpide !
Mais que vois-je? Un éclair rapide S'est élancé de ton flanc noir ; Un bruit sourd gronde en ta carène, Et la voix de ton capitaine Jette un long cri de désespoir.
— De l'eau! de l'eau 1 c'est l'incendie 1
Réveillez la fouje engourdie
Des matelots dans l'entre-pont !
Partout le cri fatal résonne.
Le feu que la cale emprisonne ,
Écho sinistre, lui répond.
Partout on s'empresse, on s'élance ; De la pompe qui se balance L'eau jaillit et coule à longs flots ; Mais la flamme grandit plus vite, Et déjà le pont qui crépite Brûle les pieds des matelots.
Il s'élève, l'hôte implacable,
Dans les mâts, sur le moindre câble ;
Et, comme un linceul agité,
Se déroule le flot avide ;
Et la lueur s'étend, livide,
Sur l'effrayante immensité.
Plus d'espoir! les marins s'embrassent; Les bras douloureux s'entrelacent Dans un long et funèbre adieu.
Les pleurs confus et la prière Montent, espérance dernière, Jusqu'au trône éternel de Dieu.
Nous entend-il, le divin mattre?
Oui 1 Vers lui notre voix pénètre.
La mer envahit notre bord, Le feu redouble sa furie ; Mais soudain une voix s'écrie :
Une voile! une voile, au nord !
Salut à toi, brick intrépide!
C'est un jeune homme qui te guide,