‹ Poésies (volume 2)Chapitre 170 sur 208 · L'INCENDIE EN MER · texte numérisé non relu

L'INCENDIE EN MER

Vogue, navire ; étends tes voiles Entre le ciel brillant d'étoiles Et la mer abîme béant.

Sous ta mâture à triple tête, Pourrais-tu craindre la tempête, Toi, monarque de l'Océan?

Vogue à travers la nuit limpide !

Mais que vois-je? Un éclair rapide S'est élancé de ton flanc noir ; Un bruit sourd gronde en ta carène, Et la voix de ton capitaine Jette un long cri de désespoir.

— De l'eau! de l'eau 1 c'est l'incendie 1

Réveillez la fouje engourdie

Des matelots dans l'entre-pont !

Partout le cri fatal résonne.

Le feu que la cale emprisonne ,

Écho sinistre, lui répond.

Partout on s'empresse, on s'élance ; De la pompe qui se balance L'eau jaillit et coule à longs flots ; Mais la flamme grandit plus vite, Et déjà le pont qui crépite Brûle les pieds des matelots.

Il s'élève, l'hôte implacable,

Dans les mâts, sur le moindre câble ;

Et, comme un linceul agité,

Se déroule le flot avide ;

Et la lueur s'étend, livide,

Sur l'effrayante immensité.

Plus d'espoir! les marins s'embrassent; Les bras douloureux s'entrelacent Dans un long et funèbre adieu.

Les pleurs confus et la prière Montent, espérance dernière, Jusqu'au trône éternel de Dieu.

Nous entend-il, le divin mattre?

Oui 1 Vers lui notre voix pénètre.

La mer envahit notre bord, Le feu redouble sa furie ; Mais soudain une voix s'écrie :

Une voile! une voile, au nord !

Salut à toi, brick intrépide!

C'est un jeune homme qui te guide,

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