‹ Poésies (volume 2)Chapitre 171 sur 208 · L'INCENDIE EN MER · texte numérisé non relu

L'INCENDIE EN MER

C'est un jeune homme aux noirs cheveux. Il te conduit d'une main forte; Le vent rapide qui l'apporte Est moins rapide que ses vœux !

Il vient, béni par deux cents âmes, Sur le vaisseau rongé de flammes ; Le premier élancé c'est lui.

A ceux que la force abandonne, Aux blessés, aux mourants, il donne L'espoir, le courage et l'appui.

L'œil éclatant, l'âme hardie, Il est debout dans l'incendie Tant qu'il reste un être en danger ; Puis, le dernier, pensif et sombre, Il quitte le vaisseau qui sombre Et que la mer va submerger.

Alors sa voix plaint et console ;

Il a pour tous une parole,

Pour tous un serrement de main ;

Et puis, retournant en arrière,

Sur une plage hospitalière

Les pose... et reprend son chemin.

Avant de nous fuir, ô jeune homme, Dis-nous de quel nom Ton te nomme; Et les matelots affligés Imploreront le Bieu suprême,

Afin qu'il te protège et t'aime, Toi qu'il envoie aux naufragés.

Combien aux bords qui t'ont vu naître, On doit aimer à te connaître 1 Béni pour le bien que tu fis Tu dois n'avoir pas d'heure amère.

Qu'heureuse doit être ta mère D'avoir mis au monde un tel fils I

Ceux que tu sauvas dans ta route Ne sont pas les premiers sans doute Que tu rends à leur cher pays.

Est-il un plus cruel partage Que de mourir loin du rivage Où sont morts ceux qu'on a chéris?

Le jeune homme, sans leur rien dire, Tristement se prit à sourire, Puis s'éloigna comme à regret.

Quand son vaisseau tourna la proue, Des pleurs, dit-on, mouillaient sa joue ; Mais il emporta son secret.

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