‹ Poésies (volume 2)Chapitre 172 sur 208 · REVES DE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

REVES DE JEUNE FILLE

Qui pourrait dire à quoi rêve la jeune fille, Quand ses yeux sont noyés d'une tendre langueur,

Quand une larme y brille, Liquide diamant qui monte de son cœur?

Qui pourrait dire où vont tant d'inconstantes choses? Le vent sur la colline et l'insecte au soleil ;

Où va l'odeur des roses Et l'âme à qui la mort est peut-être un réveil?

Elle est jeune, elle rêve... à quoi donc? le sait-elle? Quel œil a mesuré ces infinis sommets,

Dont la pente éternelle Montre sans cesse un but que l'on n'atteint jamais?

Est-ce le souvenir qui remplit sa pensée? Elle retrouve un front cher à ses premiers ans,

Une lèvre glacée Qui ne lui rendra plus ses baisers caressants.

Mélange amer et doux de douleurs et d'ivresses, Elle entrevoit son père en un rêve insensé,

Et sur ses brunes tresses Croit sentir une larme où son âme a passé.

Elle épanche en lui seul ses tendres rêveries ; Ineffable entretien où l'esprit se confond,

Muettes causeries Où la vie interroge, où la tombe répond.

Elle part avec lui vers la lointaine rive

Où sa meilleure amie, absente pour toujours,

Volontaire captive, Au culte du Seigneur a consacré ses jours.

Sublime sacrifice, amer et doux mystère, A l'invisible époux faire d'éternels vœux,

S'exiler de la terre, Et sentir l'acier froid grincer dans ses cheveux !

Il serait beau d'aller s'ensevelir près d'elle,

De prier dans son cloître en l'appelant : Ma sœur !. .

Pourtant la vie est belle Et l'on tourne si bien au bras d'un bon valseur !

0 le bal 1 Quand l'orchestre aux bruyantes cymbales Entraîne en les berçant les couples radieux,

Qui suivent leurs spirales Et murmurent tout bas des mots* mystérieux!

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