RÊVES DE JEUNE FILLE
Quand sur For, les bijoux et la soie et la gaze Les lustres vont semant leurs mobiles clartés ;
Quand une folle extase Remplit l'air de parfums, le cœur de voluptés !
Parmi tous les danseurs empressés autour d'elle, Savez-vous le jeune homme auquel elle eût le mieux
Aimé paraître belle, Celui qu'elle voyait sans le suivre des yeux?
Est-ce le rêveur blond à la fine moustache, Celui dont l'esprit fin s'aiguise tous les soirs?
Ou le cœur qui se cache Sous ces yeux bleus profonds voilés de longs cils noirs?
Est-ce enfin...? 0 cœur jeune! ô volcan tiède encore! Lequel lui plaît de ceux qui volent sur ses pas?
Peut-être elle l'ignore, Et moi," si je le sais, je ne le dirai pas.
Pourtant tu te penchais souriante et vermeille Quand il tenait ton bras à son bras suspendu,
Te glissant à l'oreille Un murmure confus plus compris qu'entendu.
Et tu penses encore à ton dernier quadrille ; Tu fais germer le grain qu'il semait en jouant.
Prends garde, jeune fille !
Comme toi pure, Elvire a rencontré Don Juan !
De fantômes trompeurs sois moins préoccupée : Reviens plutôt aux jours où, d'un air triomphant,
Tu berçais ta poupée, Te croyant une mère auprès de ton enfant.
Un enfant! c'est l'orgueil, le bonheur de la femme! Un sourire d'enfant, c'est le ciel entr 'ouvert ;
Son baiser, pur dictame, Peut guérir en un jour tout ce qu'on a souffert.
Jeune fille ! la femme est la manne éternelle. Consoler, c'est le rôle à sa vie ordonné.
Combien la femme est belle Entre sa vieille mère et son fils nouveau-né !
Car elle sait sourire et pleurer tout ensemble ; Car elle sait donner un courage nouveau
A tout être qui tremble, Pour entrer dans la tombe ou sortir du berceau !
FLEUR SECHEE
J'aime à trouver dans un vieux livre Un pétale de fleur séché ; Je m'imagine y voir revivre Quelque doux souvenir caché.
Je veux en deviner l'emblème, Et je l'interroge tout bas.
Disait-il : *— Aime-moi ; je t'aime !
Disait-il : — Ne m'oubliez pas !
J'examine avec soin les lignes Où le pétale fut placé :
Ont-elles gardé quelques signes D'un rêve à jamais effacé?
Sur le livre, inclinés ensemble, Elle et toi lisiez- vous tous deux ?
Sentais-tu sur ton front qui tremble Le frisson de ses noirs cheveux?
Regardais tu son doigt timide S'arrêter sur le mot amour, Ce doux mot qui rend l'œil humide Et qui fait rêver tout un jour?
Elle, qui se prit à sourire, D une fleur marqua le feuillet ; Et son regard cessa de lire, Car son jeune cœur tressaillait.
Elle suivait sa rêverie, Oubliant sa main dans ta main, Et le livre et la fleur flétrie .
Avaient glissé sur le chemin.
Ils ne lurent pas davantage; Le feuillet demeura fermé ; Mais la fleur, au muet langage, Y reste, et dit : — Ils ont aimé... !