‹ Poésies (volume 2)Chapitre 174 sur 208 · TRISTESSE · texte numérisé non relu

TRISTESSE

SONNET

Est-il rien de plus triste à l'âme solitaire Que dq se rappeler le temps qui fut heureux? Les oiseaux sont partis ; voici l'automne austère ; Le bois secoue au vent ses feuillages nombreux.

Ils ont fui tour à tour ceux qui m'aimaient sur terre ; Emportant un lambeau de mon cœur douloureux, Ils se sont envolés au pays du mystère : Dépouilles des forêts, vous retombez sur eux 1

Du bonheur fugitif n'êtes- vous pas l'emblème?

Chaque jour je m'attriste en vous voyant jaunir;

La mort qui vous moissonne effleure mon front blême,

Et j'ai besoin, pour croije encore à l'avenir, Que ta voix consolante, en me disant : Je t'aime! M'empêche de penser et de me souvenir.

LES XMES

Au premier jour, quand Dieu créa les âmes, Il les forma pour aller deux par deux, Pour s'éclairer de mutuelles flammes, Pour s'entr'aider dans leur vol hasardeux.

Mais le démon les chassa vers le gouffre, Foule confuse en proie au ravisseur.

Depuis ce temps chaque âme pleure et souffre En appelant l'âme qui fut sa sœur.

0 désespoir 1 ô tourment de la vie!

Chercher en vain, dans l'ombre, loin du jour, Cette âme sœur, à notre âme ravie, Et que Dieu fit pour notre unique amour 1

Mais quand Dieu veut que deux âmes pareilles Puissent ensemble accomplir leur chemin, Il leur ent'rouvre un Éden de merveilles, Un avenir qui n'a plus rien d'humain.

Sainte union de deux cœurs qui s'entendent, De deux flambeaux qui ne forment qu'un feu ! De tels bonheurs dans les cieux nous attendent C'est sur la terre un sourire de Dieu 1

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