NOTRE-DAME DU SAULE
Sauvez l'enfant qui meurt et qu'emportent les ondes!
Elle était sur le bord, nattant ses tresses blondes, Et son tout petit frère, encor presque au berceau, Sur l'herbe allait cueillant des fleurs le long de l'eau. Il s'approche, imprudent! Sur le fleuve il se penche Vers un beau nénufar à la fleur rose et blanche; 11 glisse, il se débat, pousse un cri déchirant. Sa sœur l'entend, le voit; elle est dans le courant ; Sans prévoir le danger, elle nage, elle arrive, Et d'un prompt mouvement le rejette à la rive. Mais, l'enfant préservé, son courage a faibli : Le fleuve impétueux l'entraîne en son repli.
— Ah ! je meurs, cria-Welle, au secours, sainte Vierge !
Personne, en ce moment, ne passait sur la berge ; Mais sa main rencontra, dans un suprême effort, Un saule qui pencha ses longs rameaux du bord.
Le tout petit enfant a conté qu'une Dame, •
Dont les beaux vêtements brillaient comme la flamme,
Avait planté soudain le saule dans ce lieu.
Je crois que c'était vous, sainte mère de Dieu ;
Car les bons villageois, dans leur ferveur naïve,
Vous ont, depuis ce jour, consacré cette rive.
En signe de salut, leurs mains ont attaché
Votre image au vieux tronc sur le fleuve penché ;
Et le soir, en passant, la bêche sur l'épaule,
Ils invoquent tout bas Notre-Dame du Saule.
L'ŒIL DU LEZARD
Regarde! il court, il glisse, il rôde, Vif et léger; charmant à voir, Des vieux murs vivante émeraude, Le lézard a l'œil de jais noir.
Sous le lierre qui le recèle, Il est trahi par son regard.
J'aime à voir, comme une étincelle, Briller l'œil charmant du lézard.
Un œil noir en forme d'amande, Doux en face et fier de côté ; Un œil qui supplie et commande, Un œil ardent et velouté ; A la fois puissant et timide, De fasciner possédant l'art, Étincelant sans être humide, Tel est l'œil charmant du lézard.
446 L'ŒIL DU LEZARD.
Tel est aussi ton œil que j'aime, Ton œil qui m'atteint jusqu'au cœur, Soit qu'il ait la douceur suprême.
Soit qu'il ait le souris moqueur.
Voilà le rêve qui m'attire Auprès des vieux murs à l'écart ; Voilk pourquoi j'aime à voir luire Le charmant œil noir du lézard.