LA FALAISE D'ETRETAT
A MARIE DÉSIRÉE
Laisse-moi revenir vers ces heures passées, Et bercé sur ton cœur, dans mes rôves d'espoir, Avec toi retourner, sur l'aile des pensées, Vers le vaste Océan que je voudrais revoir.
Souviens-toi d*Étretat sur la grève isolée, De la falaise abrupte où tous deux nous montions, Des humbles toits blottis au pli de la vallée, Gomme au creux d'un rocher le nid des alcyons.
Souviens-toi de la mer. Combien elle était belle!
Fière, tumultueuse, amoncelant ses flots,
Elle frappait les rocs de sa tète rebelle :
Les rocs, pour lui répondre, éveillaient leurs échos.
Tantôt elle gonflait sa puissante poitrine, Puis, rauque, rugissait et creusait ses sillons; Puis, secouant au vent sa crinière marine, S'élançait. On eût dit un troupeau de lions !
Devant nous s'élevait, creusé par les orages, Un rocher qui semblait l'arche d'un pont géant, Débris cyclopéen, témoin des anciens âges, Par des Titans construit pour franchir l'Océan.
Cherchant vers cette cime une route inconnue, Sous des cieux courroucés, malgré des vents amers, Je voulais de ce point, qui touchait à la nue, Embrasser d'un regard l'immensité des mers.
Les nuages s'ouvraient en torrents sur nos têtes : Tu serrais tes deux bras sur le mien appuyés, Tandis qu'autour de nous mugissaient les tempêtes : L'orage sur le front 1 Forage sous les pieds!
A ce terrible aspect, chancelante, éperdue, Enfant, plus près de moi tu cherchais un soutien. Ton regard n'osait pas affronter l'étendue, Et je sentais ton cœur palpiter sous le mien.
Tu voulais retourner vers la tranquille enceinte
D'où parfois s'élevaient des chants pieux et doux ;
Car les pêcheurs fêtaient alors la Vierge sainte,
Et leurs barques dormaient près des flots en courroux...
Tout à coup, du sommet des roches crevassées,
Le ciel et l'Océan s'ouvrirent devant nous.
Nos voix ne trouvaient plus de mots pour nos pensées :
Face à face avec Dieu nous étions à genoux!...