LA FALAISE D'ETRETAT
Le passé qu'on regrette et l'avenir qu'on rêve Sont comme la falaise où nous avons monté ; Le hameau des pécheurs, étendu sur la grève, C'est le passé tranquille avec regret quitté.
Le passé, d'où parfois nous reviennent encore De lointaines gaîtés qu'on voudrait retenir ; Comme l'écho des bois répète un chant sonore, Quand l'oiseau s'est enfui pwir ne plus revenir.
Le rocher c'est la terre où, l'un auprès de l'autre, Ton cœur près de mon cœur et ta main dans ma main, Nous suivons le sentier que le ciel fit le nôtre, Confiants dans celui qui sait le lendemain.
Sans cesse aiguillonnés par le temps qui nous pousse, H faut marcher, gravir, toujours changer de lieu, Foulant tantôt les rocs, tantôt la verte mousse, Jusqu'au bord de l'abîme, où nous apparaît Dieul...
Dieu qui nous a placés dans un monde où l'on doute ; Mais qui veille d'en haut sur nos deux cœurs unis, Mais qui se montre à nous, lumineux, sur la route, Et nous dit dans l'orage : — Enfants, soyez bénis!
Dieu qui, nous élevant par ces tableaux sublimes, Donne à l'homme, éperdu de leur immensité, A 1 homme, grain de sable entre ces deux abîmes, L'âme, qui d'un regard conçoit l'éternité.