‹ Poésies (volume 2)Chapitre 189 sur 208 · A MADAME R · texte numérisé non relu

A MADAME R

Sous la verte futaie où les hêtres sublimes S'élancent vers le ciel, gigantesques berceaux, Et de leurs bras nombreux entrelacent les cimes, Comme une cathédrale aux gothiques arceaux,

Quand le jour est brûlant je trouve une ombre douce ; L'herbe étend sous mes pas son tapis de velours; Je m'arrête rêveur et, couché sur la mousse, J'écoute les oiseaux qui chantent leurs amours.

Gais habitants de l'air, chantez; troupe frivole,. Au hasard voltigez du tilleul à l'ormeau : L'amour ainsi que vous est un oiseau qui vole Et ne dort pas deux fois sur le même rameau.

Votre gatté ressemble à ces légers feuillages Qui parent tous les ans ce bois où nous passons ; Elle tombe, comme eux,, sous le vent des orages ; Mais un autre printemps vous rend d'autres chansons.

Vous, hêtres élancés, j'adtaire votre force. Calmés, vous étendez votre manteau sur tous ; Et les noms autrefois tracés dans votre écorce, Plus profonds chaque jour, grandissent avec vous.

Pour vos légers amours chantez, oiseaux champêtres. Je ne suis point jaloux de ce qui doit passer; Car mon cœur est semblable à l'écorce des hêtres : Les noms qu'il porte empreints ne peuvent s'effacer.

Au Parquet. Juillet 1857.

Le matelot sait bien que les mers sont perfides, Et pourtant il s'élance, à travers les écueils, Sur ces flots orageux, dont les lèvres livides S'ouvrent comme autant de cercueils.

Le chien sait que le maître est cruel et colère Et que le fouet barbare a déchiré son flanc ; Cependant il revient lécher la main sévère Qui tient encor le fouet sanglant.

0 mon cœur! sa tendresse est pareille aux flots mêmes; Elle t'a flagellé de son rire moqueur, Et pourtant tu reviens baiser ses pieds... tu l'aimes, 0 mon cœur, ô mon lâche cœur 1

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