A ALIDE D
Dans le ciel noir je vois reluire Une étoile au timide feu, Pâle comme un dernier sourire, Triste comme un baiser d'adieu ;
Pareille à la barque perdue Que Ton suit des yeux sur la mer, Tantôt dominant l'étendue, Tantôt plongée au gouffre amer.
On n'aperçoit pas d'autre étoile ; Les nuages sombres et lourds Sur son front, qui brille et se voile, Passent et reviennent toujours.
J'ai vu tes yeux, par intervalle, De la nuit sonder l'épaisseur; Était-ce cette étoile pâle Que tu regardais, ô ma sœur?
Je l'aime parce qu'elle est seule, Parce qu'elle brille et s'enfuit :
Tel un grain broyé sous la meule, Telle une onde que l'onde suit 1
Je l'aime comme toute chose Qui subit la loi du trépas, Comme le sourire et la rose :
0 ma sœur, ne l'aimes-tu pas?
Plus tard tu la verras peut-être, Dans les nuages crevassés, Briller encore et disparaître; Alors... pense aux beaux jours passés!
25 juillet 1857