‹ Poésies (volume 2)Chapitre 191 sur 208 · A ALIDE D · texte numérisé non relu

A ALIDE D

Dans le ciel noir je vois reluire Une étoile au timide feu, Pâle comme un dernier sourire, Triste comme un baiser d'adieu ;

Pareille à la barque perdue Que Ton suit des yeux sur la mer, Tantôt dominant l'étendue, Tantôt plongée au gouffre amer.

On n'aperçoit pas d'autre étoile ; Les nuages sombres et lourds Sur son front, qui brille et se voile, Passent et reviennent toujours.

J'ai vu tes yeux, par intervalle, De la nuit sonder l'épaisseur; Était-ce cette étoile pâle Que tu regardais, ô ma sœur?

Je l'aime parce qu'elle est seule, Parce qu'elle brille et s'enfuit :

Tel un grain broyé sous la meule, Telle une onde que l'onde suit 1

Je l'aime comme toute chose Qui subit la loi du trépas, Comme le sourire et la rose :

0 ma sœur, ne l'aimes-tu pas?

Plus tard tu la verras peut-être, Dans les nuages crevassés, Briller encore et disparaître; Alors... pense aux beaux jours passés!

25 juillet 1857

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