ENVOI A JULES BOILLY
Et toi, cher fugitif, toi qu'une ardeur dévore
De changer d'horizon et d'en changer encore ;
Toi, mobile rêveur, que de malins démons
Entraînent loin de nous et par vaux et par monts,
Qui vas, sous d'autres cieux, cherchant d'autres spectacles,
Vois ! tu rencontrerais plus de changeants miracles
Plus d'aspects imprévus dans mon feu de Noël
Que ne t'en peut offrir, là-bas, ton nouveau ciel.
Où vas-tu? quel pays te possède à cette heure?
Sur quelque route ardue, où le vent crie et pleure,
La lourde diligence, au coussin amaigri,
Cahote rudement ton corps endolori ;
Tandis que plus tranquille et me croyant plus sage,
Je vais sur l'oreiller faire un autre voyage.
A MADAME AMELIE R....
Pourquoi faut-il que le temps ait des ailes, Pour emporter notre ivresse et nos chants? Pourquoi faut-il que ses mains trop cruelles Fauchent nos jours comme l'herbe des champs?
Il me semblait que vous étiez venue Depuis hier seulement parmi nous ; Et vous partez ! vous n'êtes retenue Ni par nos vœux ni par nos soins pour vous !
Aussi voyez comme Dieu nous retire Son beau soleil, qui brillait sur nos fleurs 1 Vous nous quittez, et l'aquilon soupire, Et tout le ciel semble se fondre en pleurs !
Cette naïade à la course limpide, Qui vous berçait de ses bras transparents, Dans son regret plisse son front humide ; Son flot se trouble aux larmes des torrents.