‹ Poésies (volume 2)Chapitre 202 sur 208 · ENVOI A JULES BOILLY · texte numérisé non relu

ENVOI A JULES BOILLY

Et toi, cher fugitif, toi qu'une ardeur dévore

De changer d'horizon et d'en changer encore ;

Toi, mobile rêveur, que de malins démons

Entraînent loin de nous et par vaux et par monts,

Qui vas, sous d'autres cieux, cherchant d'autres spectacles,

Vois ! tu rencontrerais plus de changeants miracles

Plus d'aspects imprévus dans mon feu de Noël

Que ne t'en peut offrir, là-bas, ton nouveau ciel.

Où vas-tu? quel pays te possède à cette heure?

Sur quelque route ardue, où le vent crie et pleure,

La lourde diligence, au coussin amaigri,

Cahote rudement ton corps endolori ;

Tandis que plus tranquille et me croyant plus sage,

Je vais sur l'oreiller faire un autre voyage.

A MADAME AMELIE R....

Pourquoi faut-il que le temps ait des ailes, Pour emporter notre ivresse et nos chants? Pourquoi faut-il que ses mains trop cruelles Fauchent nos jours comme l'herbe des champs?

Il me semblait que vous étiez venue Depuis hier seulement parmi nous ; Et vous partez ! vous n'êtes retenue Ni par nos vœux ni par nos soins pour vous !

Aussi voyez comme Dieu nous retire Son beau soleil, qui brillait sur nos fleurs 1 Vous nous quittez, et l'aquilon soupire, Et tout le ciel semble se fondre en pleurs !

Cette naïade à la course limpide, Qui vous berçait de ses bras transparents, Dans son regret plisse son front humide ; Son flot se trouble aux larmes des torrents.

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