‹ Poésies (volume 2)Chapitre 203 sur 208 · A MADAME AMÉLIE R · texte numérisé non relu

A MADAME AMÉLIE R

Tout vous regrette. Ah ! chère fugitive, Vous emportez les meilleurs de nos jours ; Mais yous avez passé sur cette rive.

Et tout, de yous, y parlera toujours.

Errant tout seul sur les rives désertes De cette Creuse où nous allions le soir, Je croirai voir entre les feuilles vertes Votre front pur ou votre grand œil noir.

Dans le sentier votre marche est tracée ; Le sable a pris l'empreinte de vos pas ; Je l'y verrai toujours quoique effacée : Mon cœur la garde et ne l'oublira pas.

Je glisserai dans ma barque de chêne, Dont votre main guida les avirons ; Pour moi, l'écho de la rive prochaine Dira vos chants aimés des environs.

Le souvenir, chimère caressante, Me parlera des beaux jours écoulés ; Je yous verrai sans cesse, quoique absente, Dans ce pays d'où vous vous en allez.

Auprès de nous si vous fûtes heureuse, Promettez-nous qu'en un prompt avenir Vous reviendrez aux rives de la Creuse ; Car, sans l'espoir, triste est le souvenir.

Longefont, 18 août 1856.

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