SOUS LES LILAS
Sous ces lilas à l'odeur fraîche et douce , Que le vent aime à caresser, 0 mes rêves chéris , à l'ombre , sur la mousse , Venez lentement me bercer !
Vers moi l'arbuste incline son panache , Qui fuit et revient tour à tour ; A chaque fleur éclose un insecte s'attache , Mille autres voltigent autour.
Les papillons aux ailes diaprées , Les abeilles , filles du ciel , Et les moucherons bruns , et les guêpes dorées , Y butinent les sucs du miel.
Lorsqu'ils s'en vont ainsi par le feuillage , Oublieux du dernier hiver, Que bourdonnent-ils donc en leur joyeux langage , Ces frêles habitants de l'air?
Ils disent tous : — « Allons ! ta vie est belle , Le plaisir est Tunique soin , Voltigeons dans l'air pur, aimons la fleur nouvelle : Le ciel est beau , l'hiver est loin.
a Les marronniers ouvrent leurs grappes blanches Et leurs feuilles en éventail ; Les frais pommiers pour nous ont, sur leurs vertes branches Mêlé la nacre et le corail.
a Les cerisiers sèment au vent leur neige , Qui vole embaumant les sillons ; Avec ses flocons blancs , vif et brillant cortège , Jouons-nous , légers papillons.
« Dans les vallons où gazouillent les merles , Où le ciel a moins de chaleurs , Pour nous la brume flotte et se condense en perles , Dans les calices d'or des fleurs.
a Vivons heureux de ce que Dieu nous donne; Poursuivons notre gai chemin ; Et qu'importe aujourd'hui, quand le soleil rayonne, L'orage qui viendra demain ! »