‹ Poésies (volume 2)Chapitre 33 sur 208 · A MADAME ANTOINETTE P · texte numérisé non relu

A MADAME ANTOINETTE P

Il est de ces fraîches figures, Belles d'une candeur qu'on ne peut définir,

De ces apparitions pures Dont l'image sourit à notre souvenir.

J'ai vu tantôt, à la fontaine, Une mère tenant son enfant dans ses bras;

De sa cruche déjà trop pleine L'eau débordait , brisée en scintillants éclats.

Mais qu'importait l'eau renversée 1 Elle était tout entière à son petit enfant.

A lui son unique pensée , A lui son tendre amour, son regard triomphant,

À lui son plus charmant sourire, A lui ces mots du cœur, si frais, si gracieux ,

Et que les mères, pour les dire, Ont empruntés sans doute au langage des cieux.

Je la voyais, d'amour éprise, Couvrir de cent baisers tantôt ses blonds cheveux ,

Tantôt sa bouche de cerise, Et sa joue arrondie et ses deux grands yeux bleus.

Puis soudain , avec raillerie , Pour le mieux agacer faire mille détours ,

Retirer sa lèvre chérie, Et détourner la tête et sourire toujours,

Tandis que , vers la fugitive , Le gracieux enfant, l'enfant aux cheveux d'or,

Rapprochait sa face naïve Et ses petites mains pour l'embrasser encor.

0 vous qui , près de la fontaine , De la cruche pesante oubliant le fardeau ,

Ne pensiez pas que l'heure entraîne Le temps qui toujours passe et fuit comme votre eau

Je vous enviais, jeune mère !

Je disais : Tous ces biens qu'ici-bas Ton chérit

Ne sont-ils pas une chimère, Quand on a comme vous un enfant qui sourit ?

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