A MADAME ANTOINETTE P
Il est de ces fraîches figures, Belles d'une candeur qu'on ne peut définir,
De ces apparitions pures Dont l'image sourit à notre souvenir.
J'ai vu tantôt, à la fontaine, Une mère tenant son enfant dans ses bras;
De sa cruche déjà trop pleine L'eau débordait , brisée en scintillants éclats.
Mais qu'importait l'eau renversée 1 Elle était tout entière à son petit enfant.
A lui son unique pensée , A lui son tendre amour, son regard triomphant,
À lui son plus charmant sourire, A lui ces mots du cœur, si frais, si gracieux ,
Et que les mères, pour les dire, Ont empruntés sans doute au langage des cieux.
Je la voyais, d'amour éprise, Couvrir de cent baisers tantôt ses blonds cheveux ,
Tantôt sa bouche de cerise, Et sa joue arrondie et ses deux grands yeux bleus.
Puis soudain , avec raillerie , Pour le mieux agacer faire mille détours ,
Retirer sa lèvre chérie, Et détourner la tête et sourire toujours,
Tandis que , vers la fugitive , Le gracieux enfant, l'enfant aux cheveux d'or,
Rapprochait sa face naïve Et ses petites mains pour l'embrasser encor.
0 vous qui , près de la fontaine , De la cruche pesante oubliant le fardeau ,
Ne pensiez pas que l'heure entraîne Le temps qui toujours passe et fuit comme votre eau
Je vous enviais, jeune mère !
Je disais : Tous ces biens qu'ici-bas Ton chérit
Ne sont-ils pas une chimère, Quand on a comme vous un enfant qui sourit ?